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L'interdiction de la manifestation du 20 juillet a été une erreur

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HOCEIMA
Youssef Boudlal / Reuters
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AL HOCEIMA - Je l'ai pensé immédiatement après l'annonce de la décision et me suis abstenu de l'exprimer publiquement pour ne pas mettre de l'huile sur le feu et, je dois aussi l'avouer, parce que je ne suis pas sûr de bien saisir tout ce qui se joue en ce moment dans le Rif. Deux jours plus tard, et au vu des images et des comptes rendus de presse, j'affirme encore plus fort que l'interdiction de la manifestation du 20 juillet à Al Hoceima a été vaine, contre-productive et coûteuse.

La loi relative à l'encadrement des manifestations sur la voie publique suppose l'existence d'organisations légitimes capables de planifier, organiser et maîtriser le déroulement et la conclusion d'une manifestation. La procédure légale ne pouvait pas être respectée à Al Hoceima en raison de l'absence de corps intermédiaires (partis, syndicats, associations) susceptibles de canaliser le mouvement.

Au lieu d'investir le terrain, les partis de la majorité ont condamné la manifestation. Les autres partis, notamment celui qui revendique la plus grande représentativité démocratique dans la région, ont observé un silence assourdissant. Les syndicats nationaux restent très discrets et s'en tiennent à leur mission de représentation de catégories professionnelles.

Ainsi, et sauf faits contraires que la justice devrait révéler le cas échéant, ce qui se joue à Al Hoceima (le hirak) semble être un mouvement social spontané horizontal, sans organisation verticale, qui vit et s'exprime essentiellement sur les réseaux sociaux. Par sa nature même, un tel mouvement ne peut pas suivre les dispositions légales pour descendre dans la rue.

Une analyse plus sociologique de la situation aurait amené les décideurs à s'accommoder d'une manifestation pacifique et faire en sorte que les choses se passent le moins mal possible.

Au lieu de ça, les autorités ont engagé un bras de fer qu'elles ne pouvaient pas gagner.

Comme je l'ai affirmé plus haut, l'interdiction a d'abord été vaine puisque la manifestation a quand même eu lieu. L'interdiction a été contre-productive puisqu'elle a donné, paradoxalement, plus de visibilité nationale et internationale à la manifestation. Enfin, l'interdiction a été fort coûteuse sur les plans humain et médiatique.

hoceima

L'affrontement, inévitable, dès lors que les autorités ont maintenu l'interdiction et que les gens sont descendus dans la rue, a fait de nombreuses victimes dans les deux camps. Les images de guerre urbaine parvenues d'Al Hoceima font mal, très mal, dans le pays et à l'étranger.

Les décideurs auraient dû comprendre que l'apaisement des tensions et l'image du pays sont plus importants que la conformité à une procédure légale qui ne pouvait pas être observée.

Espérons qu'il n'y aura pas de gros incidents jusqu'à la fête du trône et que le discours royal changera la donne et remettra le pays sur sa trajectoire de développement.

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