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"À la tête de l'Unesco, j'instituerais un Davos de la culture annuel à Paris"

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UNESCO PARIS
Charles Platiau / Reuters
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Le 27 avril dernier j'étais le dernier des neuf candidats auditionnés qui venaient présenter leur programme pour briguer le poste de Directeur Général de l'UNESCO. Et il faut bien reconnaître que le hasard de l'agenda m'a été favorable, me permettant d'écouter attentivement les propositions successives des autres impétrants, et leur volonté de dessiner chacun les contours de leurs visions respectives. Ma tâche aurait pu sembler plus ardue, puisque je devais nécessairement me distinguer. Je l'ai fait avec conviction et de la manière la plus naturelle, sachant combien les approches relatives à la redynamisation de l'UNESCO ne m'étaient pas étrangères et me tenaient à cœur. Depuis de nombreux mois, je m'y étais investi et j'ai eu la satisfaction de constater l'extrême attention de l'auditoire devant lequel j'exposais mes convictions.

Car j'évoquais ce qui me tient le plus à cœur, et je soutenais avec force -moi, citoyen du monde- que le temps était venu de porter au plus haut les valeurs que sont la Culture, l'Education, la Science, le Patrimoine, la Jeunesse, l'émancipation des femmes... toutes ces valeurs qui font de l'UNESCO la conscience du monde.

En effet, j'ai toujours considéré que la crise que traversait l'UNESCO aujourd'hui n'était pas uniquement strictement financière mais que la politique y avait, malheureusement, alourdi le climat relationnel entre les membres. Lorsque j'ai évoqué l'impact navrant de la politique au sein de l'UNESCO, la question m'a été posée de savoir si je faisais référence à la question palestinienne. Je répondis spontanément par l'affirmative, en précisant aussitôt que l'incompréhension politique s'étendait bien au-delà encore, et que pour y faire face, il fallait un Directeur Général impartial, bénéficiant d'une expérience politique et administrative solides. Et lorsque l'on m'a demandé comment je souhaitais travailler avec les délégations israélienne et palestinienne, j'ai expliqué qu'un fonctionnaire international était tenu de traiter toutes les Nations sur le même pied d'égalité, comme en témoigne mon passé. Cette impartialité m'a toujours accompagné, dans tous les postes que j'ai eu l'honneur d'occuper, en tant qu'Ambassadeur du Qatar en France, aux Etats-Unis ou à l'ONU.

Aujourd'hui, comme j'ai eu l'occasion de le déclarer lors de nombreuses rencontres et débats à travers le monde, je considère que l'UNESCO est le meilleur rempart contre le terrorisme, qui est actuellement notre ennemi public numéro un et celui de l'Humanité. Un ennemi que l'on ne peut abattre avec les seules armes des engagements militaires. N'oublions pas que lorsque l'UNESCO a été créé, ses pères fondateurs avaient souligné l'importance de contribuer à disséminer les semences de la paix dans l'esprit des peuples, et non la guerre dévastatrice. Ils avaient planifié d'activer les leviers de l'éducation, de la culture, de la liberté d'expression, de l'autonomie pour la femme, de l'équité sociale, du soutien aux jeunes et de la lutte contre la pauvreté et l'exclusion. Et ils avaient raison. Il convient, en effet, que le futur Directeur Général soit porteur de ces mêmes convictions, qui sont profondément les miennes.

Ce sont là les moyens les plus efficaces pour tarir les sources de ce terrorisme dévastateur qui jaillit tel des geysers, ici et là. C'est l'une des raisons majeures qui justifie mon intention de mener une action puissante à l'UNESCO et de regrouper la communauté internationale autour de cette stratégie de lutte.

Après les affres de la Seconde Guerre Mondiale, dont l'Holocauste fut une si grande tragédie, je loue la décision de l'UNESCO de consacrer une journée de commémoration à la mémoire des victimes. Et il est naturel que je la perpétue, une fois élu Directeur Général, suivant la voie de mes prédécesseurs.

Je voudrais de nouveau, et particulièrement à travers cette tribune, m'adresser à l'opinion internationale afin que toutes les Nations soient persuadées de l'aptitude affirmée de l'UNESCO comme rempart contre le terrorisme et tous les fanatismes. Encourager l'éducation et l'esprit critique, divulguer les valeurs communes et partagées de la tolérance, de la compréhension, du dialogue entre les cultures, du respect mutuel et de la lutte contre la pauvreté et l'exclusion, tel est mon credo et je ne cesserai jamais de le proclamer.

C'est l'esprit critique qui manque terriblement à nos jeunes générations. Or c'est pourtant, j'en suis intimement convaincu, l'arme adéquate contre l'embrigadement.

Ainsi, quoi mieux que la Culture pour lutter contre le lavage de cerveau? Quoi mieux que l'Education pour éradiquer les fanatismes qui conduisent au terrorisme? Quoi mieux que la Science pour faire face au fléau et à l'obscurantisme?

En 2016, au Forum d'Avignon à Bordeaux, puis à plusieurs reprises, j'ai appelé à création la d'une "Journée Culturelle Mondiale contre le Terrorisme", qui serait une occasion renouvelée de rendre hommage à la mémoire des victimes, et de forger chez les jeunes générations les principes universels de la paix et de la concorde.

Mais j'annonce également ici par cette tribune que nous créerons ici, à Paris, capitale des Lumières, un "Davos" international de l'Education et de la Culture.

Je réitère le besoin d'harmonie, qui a été jusque-là l'une des recettes majeures de la réussite de l'UNESCO par le passé, afin qu'il se trouve consolidé. Certes notre Organisation se compose d'Etats-membres et chaque Etat a sa propre politique. Il revient donc au Directeur Général de chercher à faire prévaloir à nouveau ce consensus précieux, si apte à calmer les ardeurs de la politique partisane.

Nous sommes sur la même embarcation, c'est bien la même "Terre des hommes", et nous sommes tous, sans exception, sur cette même planète. La politique devra servir les vocations de l'UNESCO et ne devra pas prendre sa place dans cette enceinte imprégnée de notre "mémoire créatrice".

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