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Soutien à Hamza Batti, soutien à la jeunesse engagée!

Publication: Mis à jour:
TUNISIA YOUTH
FETHI BELAID/AFP/Getty Images
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Hamza Batti. Vous n'avez certainement jamais entendu parler de ce nom. Moi non plus, jusqu'à il y a quelques jours.

Ce lycéen de la classe de 3ème (qui est en fait l'année précédant celle du baccalauréat), suivant ses cours au lycée pilote de Bizerte, a publié sur son mur facebook, il y a quelques jours, des photos montrant l'état pitoyable de son lycée, et dénonçant la saleté désolante du cadre dans lequel il passe ses journées. Pour la majorité des personnes, cet acte peut être considéré comme un acte citoyen et engagé et devrait même être félicité. Pourtant, ce n'était pas le cas de l'administration du lycée qui a décidé de le traduire devant le conseil de discipline.

Habituellement, on traduit un élève devant un conseil de discipline pour une faute grave, un irrespect du règlement intérieur qui pourrait nuire au lycée et aux lycéens, mais cette fois-ci, cette décision apparaît comme celle d'un ego bousculé, d'une administration qui ne veut pas que l'on touche à son image, d'une sorte de peur de voir les privilèges accordés à ses cadres disparaître.

Si cette affaire n'est qu'un simple fait divers pour certains, elle est pour une bonne partie des jeunes tunisiens tout un symbole.

Un symbole d'abord de la condition dans laquelle se trouvent bon nombre de lycéens tunisiens, qui sont contraints d'étudier dans des lycées sales, délabrés, voire pour certains carrément en ruine, bref, un cadre qui encourage à tout sauf à étudier.

Nous avons chez nous une culture qui donne très peu d'importance au concept de "cadre propice à", pourtant, si l'on veut révolutionner l'enseignement, comme je l'avais proposé dans un article précédent, le cadre d'enseignement est un vecteur majeur de cette révolution.

Si on ne donne pas à l'élève l'envie d'aller chaque matin à son lycée, comment voulez-vous qu'il soit motivé? Si on continue à construire des lycées tous neufs sans améliorer ceux déjà présents, comme dans le cas du nouveau lycée pilote de Boukornine, comment voulez-vous que l'élève ait conscience de la chance qu'il a de pouvoir suivre un enseignement secondaire?

Aujourd'hui, l'état des lycées en fait des prisons pour les élèves. Reconstruire et améliorer l'infrastructure des lycées, ainsi que leur environnement doit être une priorité nationale.

Un symbole ensuite, et surtout de l'oppression que subit cette jeunesse de la part de l'administration en général, et des administrations des lycées plus particulièrement. On ne fait pas confiance à cette jeunesse, on ne veut pas la voir prendre d'initiative, on la veut sage, limitée à son champ traditionnel à savoir les cours et le café, sans aucune intervention dans les affaires "des grands".

A titre d'exemple: le milieu associatif. Très peu le savent, mais le poids qu'occupent les associations composées de mineurs et de lycéens dans le paysage de la société civile tunisienne est loin d'être négligeable. J'irai même jusqu'à dire qu'aujourd'hui, il existe des associations de jeunes, filiales d'associations plus grandes, qui réalisent plus de projets et qui ont plus d'impact sur la société que leurs associations mères!

A chaque fois qu'un événement ou qu'une action est organisée par une de ces associations, les plus "vieux" sont étonnés par la capacité de ces jeunes à organiser, gérer, négocier, innover ... Autant de compétences que ces mêmes "vieux" -et ici cet adjectif n'a rien de péjoratif ni de discréditant- avouent ne pas posséder.

Le grand problème de ces associations est la bureaucratie de l'administration qui ne fait que bloquer leur projet, par peur de leur faire confiance, et donc ne les laisse même pas exprimer leur véritable intention. Tout ce qui guide les cadres de cette administration, c'est la peur de voir leur "boss" les réprimander car ils ont fait confiance à des jeunes.

Ici, pour le cas de l'administration du lycée pilote de Bizerte, on a puni Hamza non pas car il a fait quelque chose de mal, mais parce qu'il a montré que cette administration faisait mal les choses, et donc, par peur de leur « boss », on essaye de censurer Hamza, de ne pas le laisser s'exprimer, et de le rendre coupable.

Alors, Hamza, si tu lis ce message, sache que tous ceux qui ont entendu parlé de ton affaire te soutiennent et espèrent sincèrement que tu en sortiras gagnant. Mais dans tous les cas, le Hamza auquel je m'adresse est un Hamza général, ceci est en effet une lettre à tout jeune ayant une idée, un projet, ou une initiative: ne vous autocensurez pas, continuez votre combat, réalisez vos rêves: la révolution c'est aussi le renversement des rapports de force dans le pays, c'est à nous aujourd'hui ou jamais de confirmer ce renversement, et on ne peut le faire que par l'engagement!

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