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Le Bac, et après?

Publication: Mis à jour:
EXAM TUNISIA
FETHI BELAID/AFP/Getty Images
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Cette semaine, près de 135 000 candidats passent l'épreuve du baccalauréat en Tunisie. Une épreuve tant attendue par certains, tant redoutée par d'autres, c'est très certainement un des événements majeurs dans la vie du Tunisien.

Dès le plus jeune âge, on ne nous parle que de ça, on nous rabâche les oreilles avec "le bac", on nous explique que ça sera l'épreuve la plus importante de notre vie, celle qui décidera de notre avenir, celle pour laquelle nos parents font des sacrifices pendant 18 ou 19 ans.

Tout notre famille n'attend que ça, l'année de notre bac, nous sommes la star des repas familiaux, avec cette fameuse question "Comment va le bac?" (chnahwel el bac?). On nous met tellement de pression qu'on finit par croire que nous allons l'avoir pour faire plaisir aux autres, pour rendre heureux nos parents ...

Je ne nie pas que la joie du bac est aussi celle des parents et de l'entourage en général, mais je pense qu'on en fait vraiment trop. On pense que le bac est une fin en soi, qu'il suffit de l'avoir pour que toutes les portes s'ouvrent devant nous, et ainsi, on idolâtre en quelque sorte cet examen, en omettant l'avant et l'après bac.

Ce que je veux dire par l'avant, c'est l'éducation et l'instruction.

Pendant 13 années, nous sommes encadrés par l'école, le collège puis le lycée pour faire de nous les citoyens de demain. Des citoyens qui savent vivre en société, qui savent respecter les règles du civisme, qui savent accepter l'autre et collaborer avec lui.

Le deuxième but de l'école, c'est l'instruction: Un niveau de langue acceptable qui permet à l'individu de s'en sortir tant en français qu'en anglais, une culture générale qui lui permet de comprendre le monde dans lequel nous vivons, un niveau scientifique et une capacité d'analyse qui lui permettront de passer à l'enseignement supérieur avec un bagage solide qui l'aidera à se construire sur le plan académique.

Pour ce qui est de l'après, je parle bien sur de l'orientation post-bac.

Si le bac "ouvre des portes" comme ils le disent si souvent, l'année du bac est sensée être l'année de choix de l'élève, qui, par des recherches et un accompagnement approfondi, saura mûrir son choix d'orientation et son projet professionnel, pour se diriger vers la filière qui lui correspondra une fois le diplôme obtenu.

Or, le problème est que rien de tout cela n'est réalisé.

Aujourd'hui, à défaut d'être le lieu d'éducation, l'école est devenue le lieu des mauvaises fréquentations et des dérives délinquantes.

Une bonne partie des professeurs a laissé tomber son coté "éducateur" et donne même le mauvais exemples, par le biais des cours particuliers et des attitudes avec leurs élèves qui laissent à désirer.

Des élèves qui, pour beaucoup, au bout de 13 années d'enseignement, se retrouvent avec un niveau médiocre en langues, une culture générale proche du néant, et un niveau scolaire très moyen pour la plupart, les résultats du bac de l'année dernière le prouvent.

De plus, le système d'orientation a changé la nature du bac -qui en principe est un examen- en concours: on oriente vers une carrière professionnelle suivant ses résultats sur un examen!

N'est-ce pas aberrant? L'orientation se fait en fonction des résultats de l'élève et non de ses préférences: quand un élève a 17 par exemple, le choix le plus logique pour lui est médecine, même s'il ne s'est jamais intéressé au domaine médicale.

Celui qui aura eu son bac avec 10 par contre, sera orienté vers les filières les moins demandées, parfois littéraires, alors que ce dernier n'a jamais lu un livre de sa vie, et qu'il aurait fait un très bon technicien.

Notre système éducatif est donc un réel échec, et le Bac en est la parfaite illustration.

Il est temps de réformer en profondeur toute notre philosophie dans ce domaine, en misant plus sur les compétences réelles des élèves et leur bagage culturel et scientifique. Il faut que l'orientation devienne un choix fait par l'élève et non imposé à ce dernier.

Le Bac doit être réformé et retrouver son essence d'examen de fin d'enseignement secondaire, et non de début d'enseignement supérieur.

Il faut donner plus d'importance au parcours complet de l'élève plutôt qu'à sa performance sur une semaine.

Il est temps de désacraliser le Bac et de valoriser ce qui en fin de compte est le plus important: le niveau des élèves.

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