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Homosexualité en Tunisie: Il faut abolir l'article 230

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LGBT FLAG
Andrea Comas / Reuters
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Le 17 mai est la date de la journée internationale de lutte contre l'homophobie. Malheureusement, cette date n'est pas célébrée comme il se doit en Tunisie. Et pour cause: l'homophobie est une chose tout à fait normale en Tunisie. C'est la norme. Même sur le plan juridique, elle est instituée: rappelons-le, l'article 230 du code pénal prévoit jusqu'à 3 ans de prison pour sodomie entre adultes consentants. Ceci est complètement absurde. Il faut abolir cette loi.

Alors, je vois de loin venir les attaques me traitant d'homosexuel et autres injures que je ne pourrais écrire ici. Je le dis dès maintenant: je ne suis pas homosexuel, et même si je l'étais, je le revendiquerais sans aucune crainte. Alors dépassons ces arguments de pacotille et venons-en au fond du problème, pourquoi faut-il abolir cette loi?

Je sais que c'est un problème très délicat, et il est inutile de le traiter avec passion en attaquant et fustigeant ceux qui sont contre cette abolition. Je pense que la meilleure manière de faire avancer les choses est le dialogue et le débat. Cet article 230 prévoit la prison pour un simple rapport sexuel entre deux adultes, qui plus est consentants. Cela est absurde car une sanction pénale devrait s'appliquer sur une personne ayant fait quelque chose de mal à une autre personne, à la société ou au bien commun. Ici ce n'est pas le cas. Il s'agit d'un acte, secret, qui ne touche que les deux personnes qui sont concernées et qui n'a aucune incidence autour de lui. Il n'y a donc aucune raison pour qu'il soit sanctionné, qui plus est, par trois années de prison!

Mais l'argument que l'on nous rétorquera à chaque fois est que ces personnes sont un danger pour la société et il ne faut pas normaliser leur présence. C'est faux. Les homosexuels sont des personnes comme vous et moi, qui ont juste une orientation sexuelle différente. Ce n'est pas parce qu'il y a des homosexuels dans la société et autour de vous que votre fils deviendra homosexuel. L'orientation sexuelle est un sujet bien plus complexe. Il ne faut pas laisser les préjugés alimenter une haine injustifiée. Ce n'est pas une affaire de "rjoulia" (virilité), il faut comprendre que l'orientation sexuelle ne doit pas déterminer notre perception de l'individu. Chacun est libre de faire ce qu'il veut de son corps, cela ne détermine en rien sa personnalité.

Ensuite, il y a l'argument religieux. Alors, c'est là qu'il faut être le plus subtile. Oui la religion interdit l'homosexualité. On ne peut débattre de cela. Ce que l'on peut débattre en revanche, c'est le droit que l'on a sur les homosexuels. Si la religion interdit l'homosexualité, sommes-nous les représentants de dieu sur terre pour punir les homosexuels à sa place? La Tunisie n'est-elle pas un État civil où chacun a la liberté de faire ce qu'il veut et de croire en ce qu'il veut? Si la religion interdit l'homosexualité, alors il faut laisser cette affaire entre la personne concernée et son dieu. Nous n'avons aucun droit d'ingérence dans ces affaires là. La liberté sexuelle est au même titre que la liberté religieuse, une affaire personnelle: on peut croire que cette personne a tort, mais on n'a pas le droit de la punir parce qu'elle a tort. Laissons-les vivre leur vie et gérer leur relation avec dieu comme ils l'entendent. Après tout, chacun est libre non?

Enfin, il y a l'argument du "contre nature". C'est d'abord un argument qui est faux, étant donné que l'homosexualité est présente chez toutes les espèces vivantes. Mais quand bien même cela serait contre nature, quelle importance ça a? Si deux personnes s'aiment, même si cela vous répugne à titre personnel, n'ont-elle pas le droit de pratiquer leur amour comme elles l'entendent? Est-ce que cela vous touche, vous, personnellement? Est-ce que vous avez déjà assisté à un acte sexuel entre deux homosexuels? Non, vous n'êtes pas concernés par ces pratiques là. Cela ne fait pas partie de votre vie, alors pourquoi vouloir les emprisonner? Juste parce que le fait que vous y pensiez vous met mal à l'aise? Ne trouvez-vous pas cela égoïste comme argument?

L'homophobie est un sujet très sensible, surtout dans une société conservatrice comme la nôtre. Il faut avoir une approche pédagogique afin de dépassionner le débat et de faire comprendre qu'il ne s'agit en aucun cas de menacer le modèle social ni "l'identité arabo-musulmane", mais simplement d'offrir à des personnes le droit de faire ce qu'elles veulent sans se sentir menacées car la loi punit le fait qu'elles s'aiment. Il faut comprendre que l'abolition de cette loi n'est pas une simple affaire d'homophobie, mais un combat pour la liberté individuelle. Il est insensé de vouloir emprisonner des gens qui n'ont fait de mal à personne. Les politiciens n'auront pas le courage de soulever ce problème devant le grand public, c'est à la société civile de se mobiliser afin de faire entrer cette idée dans le débat public.

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