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Gauche, réveille-toi!

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OPPOSITION
Nacer Talel pour le HuffPost Maghreb
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Depuis 2011, le paysage politique tunisien n'a cessé de changer. Fragmenté, rassemblé, puis re-divisé, 5 ans après le départ de Ben Ali, on a toujours l'impression que le paysage est instable, et que tout est encore possible. Au milieu de ce véritable chantier, une seule constante résiste depuis 2011: Ennahdha.

Les islamistes sont en effet les seuls qui sont restés capables de mobiliser des électeurs à chaque échéance, et malgré leur relative "défaite" en 2014, ils restent aujourd'hui la première force politique en Tunisie. Le seul parti réellement organisé, avec des structures extrêmement puissantes, implanté dans chaque ville, chaque commune, chaque quartier. L'ogre de Montplaisir semble être imbattable.

Pourtant, sa taille, on la connait: un peu moins de 900 000 électeurs. 900 000 Personnes, qui, quoiqu'il arrive, donneront toujours leurs voix aux islamistes. Avec ces 900 000, ils arrivent à être premier parti. Pourquoi? C'est simple, seuls 35% des gens en âge de voter l'ont fait.

Or avec le 10ème congrès qui approche à grands pas, ils veulent donner l'impression que ce parti va se métamorphoser en un parti plus "civil", plus citoyen: un parti conservateur, patriote, et rattaché à sa religion. De plus, le rapprochement avec les ex-RCD leur confère un allié de poids.

Ennemis d'hier, ils risquent de devenir les frères de demain, voir de fusionner dans le cadre d'un grand parti, un parti qui ne ferait qu'une bouchée des autres partis dits "progressistes".

Ainsi, le Tunisien aura désormais le choix entre des conservateurs rassemblés et des progressistes divisés.

On expliquera alors la défaite des progressistes par le fait que le peuple tunisien est en majorité conservateur, rattaché aux valeurs traditionnelles, etc ... Pourtant, rappelez vous de 2011: au lendemain de la révolution, les premiers sondages étaient clairs: Ahmed Néjib Chebbi était le candidat favori des Tunisiens.

Ce n'est qu'après, et à cause d'erreurs stratégiques monumentales du PDP que les islamistes sont passés devant. En 2014, le seul candidat islamiste, avait récolté 33% des voix au premier tour. Un tiers de la population. On pourra alors m'objecter que ceux qui ont voté Caïd Essebsi n'étaient pas progressistes pour autant, cela reste vrai. Cependant, ces gens là, entre un candidat islamiste, et n'importe quel autre candidat, choisiront toujours le deuxième, car ils sont foncièrement anti-islamistes.

Le problème ne réside donc pas dans la population, mais dans l'organisation des partis. Dans mon titre j'ai évoqué le terme "gauche", mais pour être plus précis, je parlais des progressistes. En effet, la division économique droite/gauche n'a aucun sens en Tunisie, car les gens votent pour des visions de sociétés et non pour des programmes économiques. La droite tunisienne se réfère donc aux conservateurs, la gauche quant à elle, aux progressistes.

Le plus triste dans tout cela, c'est que les progressistes préfèrent se rapprocher des islamistes plutôt que d'assumer leur rôle de contrepoids. Ils l'expliqueront par plusieurs arguments: union nationale, intérêt du pays, calculs du nombre de sièges, etc ... Quel a été le résultat? Ettakatol a été trucidé en 2011, et Nidaa a implosé en 2014.

Malgré cela, je reste optimiste. Les islamo-conservateurs sont minoritaires dans la population.

Notre gauche a donc besoin de se rassembler, au sein d'un seul et même front. Ce front ira puiser ses voix chez les 65% d'abstentionnistes en leur proposant un réel changement et en leur redonnant foi en la politique.

Mais sans faire les erreurs du passé, ce front devra être construit sur des bases démocratiques. Elle aura besoin d'une vision de société commune: une société moderne, où la citoyenneté occupe une place plus importante que l'appartenance religieuse.

Économiquement, dans le cadre de la mondialisation, la Tunisie, petit pays qu'elle est n'a pas plusieurs choix devant elle, elle doit s'insérer dans ce processus, attirer les investissements étrangers, mais en même temps protéger son économie locale et savoir mesurer son degré d'insertion.

C'est dans cette optique là qu'une diversité dans la composition économique, que tout le monde avançait comme le principal frein à l'union peut devenir un atout dans la mesure et la non exagération.

Ce parti saura aussi encourager la démocratisation de la culture, un enseignement tourné vers les langues, la culture générale, et l'ouverture d'esprit, les premiers fondements d'une société moderne.

Un grand parti progressiste tunisien est possible. Le seul frein à sa constitution est l'ego et l'individualisme de la classe politique. Regardez comment vos adversaires s'unissent, regardez comment ils s'organisent.

Si vous persistez dans votre égoïsme, vous n'arriverez jamais à les concurrencer, vous resterez à jamais de petits partis, des "zéro virgule", qui pour arriver au pouvoir, devront s'agenouiller devant les conservateurs, limitant ainsi leur marge de manœuvre.

Alors, quitte à vous agenouiller, agenouillez-vous devant les autres progressistes. Faites des concessions dès maintenant, avec vos semblables, cela vaut mieux que de les faire après les élections, avec vos adversaires.

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