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Donald Trump, victoire ou défaite de la démocratie?

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TRUMP
Joshua Roberts / Reuters
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D'après l'un de ses conseillers, Donald Trump a décidé de se présenter aux élections un soir d'Avril 2011 après que ce dernier ait été ridiculisé par Barack Obama lors du diner des correspondants organisé à la Maison Blanche. En sortant de la salle, le président fraichement élu aurait déclaré "je vais leur montrer". Sa victoire aux élections américaines mardi dernier fait donc office de "revanche" du milliardaire new-yorkais. Néanmoins, ce n'était pas seulement sa revanche à lui. La répartition à la fois sociale et géographique des électeurs est un indice qui prouve que cette élection a aussi été la revanche de "l'autre Amérique".

En effet, une grande partie de l'électorat de Trump est constituée des "Poor White Americans", une classe sociale ouvrière, de couleur blanche, vivant dans des conditions misérables. On ne peut restreindre l'analyse du vote de cette classe à une question raciale, ou à une question matérielle, car c'est la juxtaposition des deux éléments qui a fait que les gens se sont tournés vers Trump. Le candidat républicain a bien saisi les attentes de cette classe: du travail et dans de meilleures conditions. Or, aux Etats-Unis, comme dans le reste des pays développés, la question du chômage est souvent reliée par les partis extrémistes à deux éléments: l'immigration et la délocalisation.

C'est une vision qui peut apparaitre simpliste à certains: les Blancs n'ont plus de travail car les entreprises quittent le pays, et l'entreprise qui reste préfère embaucher des immigrés à moindre coût plutôt que de recruter les "vrais Américains". Ainsi, Trump a utilisé ce raccourci et a donc insisté sur ces deux axes là, en y rajoutant un zeste de haine pour faire monter la colère de cette classe et l'attirer vers lui: la haine contre la Chine et la haine contre les Mexicains. Si l'on analyse bien ses discours, on verra que les mots "Chine" et "Mexicains" sont parmi les plus redondants.

Pour beaucoup, la guerre économique contre la Chine et la construction du mur avec le Mexique n'est qu'un énorme mensonge, mais la colère rendant aveugle, ces promesses font office d'espoir pour cette classe là.

Si la question de l'immigration est un peu plus complexe, et que dire que les immigrés "volent les emplois" n'est que de la rhétorique populiste sans fondement économique, la conclusion que l'on peut tirer de cet exemple est qu'il y a un réel méfait de la mondialisation pour cette classe là, et que le libéralisme à outrance est entrain de détruire les emplois dans plusieurs pays développés, et que ce schéma mènera d'autres pays vers le même sort que les Etats-Unis.

Cependant, il n'y a pas que cette classe là qui a voté pour Trump. La classe moyenne (voire moyenne supérieure) a aussi voté en grand nombre pour le candidat républicain. Si la condition matérielle ne peut expliquer ce choix, ce vote représente ce que l'on appelle communément un "vote sanction".

Le vote sanction est un vote en général pour les extrêmes, on l'a vu en France en 2002 ou encore en Grèce en 2015, qui témoigne d'un ras le bol général dans la population de ce que les Américains appellent "Establishment", c'est-à-dire l'ensemble des politiciens qui s'inscrivent dans la continuité de leurs prédécesseurs. Ici, Hillary Clinton représente parfaitement l'Establishment puisqu'elle est elle-même épouse d'un prédécesseur. On peut prendre l'exemple d'Hillary comme un symbole de l'Establishment même, et c'est d'ailleurs pour cela que s'il y avait un autre candidat démocrate, quel qu'il soit, il aurait eu plus de chance de gagner face à Trump. Mais voilà, Hillary est l'archétype de la figure du politicien classique: âgée (68 ans), longue carrière politique, accusée de manigances voire de corruption, maniant parfaitement la langue de bois.

Toutes ces caractéristiques sont celles dont la majorité des Américains (et pas que) n'a plus envie de voir. Les politiques menées depuis des décennies ont conduit à une stagnation du niveau global de la classe moyenne, à un accroissement des inégalités avec des riches qui s'enrichissent et des pauvres qui s'appauvrissent. Cet Establishment est aussi souvent accusé d'être à la merci des marchés financiers et des multinationales, et dans un monde où la colère envers les "grands patrons" et les traders monte de plus en plus (il n'y a qu'à voir les films Hollywoodiens pour s'en rendre compte), l'Establishment est de plus en plus rejeté.

Quelle conclusion en retenir? Les gens veulent un renouveau de la classe politique, des personnes honnêtes, qui proposent de nouvelles choses, qui cassent avec la langue de bois. Que l'on soit Pro ou Anti Trump, on ne peut pas dire que le candidat républicain ne remplit pas une bonne partie de ces conditions.

En définitive, cette élection peut être vue comme la victoire du peuple face à la classe politique. Néanmoins, c'est aussi la victoire de la xénophobie, de la misogynie, et du populisme. Si l'on définit la démocratie comme le pouvoir du peuple, alors oui, c'est la victoire de la démocratie. Mais la démocratie ne se limite pas au pouvoir du peuple, car la démocratie c'est aussi le pouvoir du peuple pour le peuple, c'est l'assurance du respect des libertés individuelles, de l'égalité de tous face à la loi. Or Trump, d'après ses discours, ne représente rien de tout cela.

Mais cette victoire témoigne aussi de la volonté du renouveau et du changement. Pendant des décennies on a eu une opposition entre l'Establishment conservateur contre l'Establishment progressiste. Dorénavant nous aurons l'opposition entre le radicalisme conservateur et le radicalisme progressiste. Ce sera le combat des années à venir.

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