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C'est à nous de révolutionner l'école!

Publication: Mis à jour:
TUNISIA STUDENTS
Zoubeir Souissi / Reuters
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Depuis quelques semaines, nos réseaux sociaux sont envahis par des messages et des statuts de personnes souhaitant une école républicaine, une école pour tous, moteur de l'ascenseur social, etc ... Tous ces souhaits sont compréhensibles, voire même honorables pour certains. Cependant, il ne peut y avoir de changement sans une volonté collective, réelle et concrète de changement, à la fois de la part du ministère, mais aussi de la part des instituteurs, des professeurs, des élèves et des parents d'élèves.

Cet article se veut être une sorte de catalogue de changements, que dis-je, de révolutions à opérer dans le domaine de l'enseignement.

Comme je l'ai dit, la volonté de changement doit être collective. Et pour moi, les premiers responsables de la décadence du système scolaire tunisien ne sont ni les ministres, ni les professeurs, ni les élèves. Ce sont bel et bien les parents d'élèves, et a fortiori, la famille.

En effet, la famille est le premier cadre dans lequel l'enfant commence son éducation. C'est là qu'il va apprendre à parler, commencer à construire son intelligence et sa curiosité.

La famille doit être dès les premières années de l'enfant un cadre qui lui permette de faire fonctionner sa matière grise, d'apprendre à poser des questions, à distinguer le bien du mal, non pas par la force, mais bien par la compréhension et les explications logiques.

La logique n'est pas quelque chose que l'on apprend à l'école, tout être est capable de réfléchir logiquement, il suffit d'entrainer le cerveau à ce mode de raisonnement et ce dès le plus jeune âge.

Mais le rôle de la famille ne s'arrête pas là. Les parents se doivent d'accompagner leur enfant tout au long de son cursus scolaire en lui permettant d'acquérir à la fois une curiosité intellectuelle et une culture générale qu'il n'aura pas forcément au sein de sa formation à l'école.

Malheureusement, nous avons plusieurs exemples de familles qui choisissent de "jeter" leurs enfants à l'école à 8h, les récupèrent à 16h, et le seul moment de discussion avec eux est le trajet en voiture de l'école à la maison.

Une fois à la maison, le parent va se mettre devant son poste de télé et n'accordera plus aucune attention au fils, au lieu de discuter avec lui de ce qu'il a fait en cours pendant la journée, de ce qu'il a découvert, de lui ouvrir de nouveaux horizons et d'enrichir son savoir pour dépasser ce cadre scolaire.

Pis encore, plusieurs parents ne prennent même plus la peine de suivre l'évolution de leur enfant, l'inscrivant dans je ne sais combien de cours particuliers et pensant que ce "remède" -qui n'est autre qu'un poison- suffit à l'enrichissement de l'enfant.

Enfin, le rôle des parents est aussi d'encourager l'enfant à prêter attention à toutes les matières qu'il étudie, pas seulement à celles qu'ils jugent "utiles", j'entends bien sur par là, les maths et les sciences, dans une société obnubilée par l'idée que le bac scientifique est le meilleur bac.

Exemple: si un élève prend un 4 en histoire, ses parents le rassureront en lui disant que ce n'est pas si grave que cela, que de toutes façons, l'histoire n'est pas une matière important et que donc il ne faut pas s'inquiéter. Tandis que s'il a la même note en math, c'est la catastrophe, on s'inquiète, on va gronder l'élève, on va parler au professeur de mathématiques, on va contacter 3 professeurs de cours particuliers, etc ... C'est malheureusement ce qui se passe dans notre société, les sciences humaines sont totalement marginalisées, et la vision que la société porte sur ces matières ne fait qu'aggraver les choses.

Les sciences humaines, sont d'ailleurs un autre sujet à révolutionner.

Même si je ne cesse de répéter cette idée, il est aujourd'hui primordial de redonner vie à ces matières: l'Histoire, la géographie, la littérature, les langues étrangères, l'éducation civique, la philosophie -même si cette dernière n'est pas réellement une science humaine- sont les points faibles de l'élève tunisien au terme de son parcours scolaire.

Comment est-ce possible, qu'arrivé à l'âge de l'année du bac, un élève idolâtre encore Adolf Hitler? Comment pouvons-nous construire une société dont une bonne partie de la population ignore l'existence des pays dont l'équipe ne participe pas à la coupe du monde de football? Comment se fait-il qu'après 11 ans d'apprentissage de la langue française et 9 ans d'anglais un élève soit incapable de rédiger une page sans commettre de fautes?

Ces questions ont une réponse bien simple: il y a un problème structurel, à la fois au niveau des programmes et des manières d'enseigner.

C'est pour cela qu'une révolution est nécessaire, tout d'abord dans l'esprit de l'élaboration des programmes. Allez demander à n'importe quel élève ce qu'il a retenu de ses cours d'Histoire-géographie, il vous répondra que chaque année il faisait la même chose, à savoir les conquêtes islamiques et l'histoire de la Tunisie.

Même si d'autres chapitres de l'histoire de l'humanité sont présents dans les programmes, les réactions des élèves, qui convergent souvent sont un signe qu'il y a un problème de redondance et d'enfermement sur notre propre culture, sans ouverture sur les autres cultures, avec un seul point de vue qui n'aide pas l'esprit à réfléchir autrement et à adopter une nouvelle vision du monde qui l'entoure, autre que celle du complot judéo-americano-sioniste qui veut détruire la civilisation arabe. Or dans un contexte comme le notre, à savoir celui de lutte contre le terrorisme, cette diversité de points de vues peut être une étape clé dans l'immunisation des élèves face au danger intégriste.

D'un autre coté, l'élève n'accorde pas non plus d'importance à ces matières car les manières d'enseigner ne sont peut-être pas les bonnes. Tout élève, quelque soit son niveau, si le professeur arrive à capter son attention, aimera la matière qu'il étudie. Or, peu son les élèves qui aiment ces matières là, c'est donc un indice qui montre qu'il y a un problème dans la manière de les enseigner et les techniques pédagogiques adoptées.

Je ne suis pas expert en la matière, mais peut être que des cours moins magistraux, avec une participation active de l'élève à l'élaboration du cours, avec des documents intéressants, voire des documentaires à l'appui pour illustrer des propos qui peuvent être vagues pour certaines pourraient aider à enlever ce dégout qu'éprouvent les élèves pour ces matières.

Seulement, même si toutes ces méthodes sont révolutionnées, même si les programmes changent, même si les salles étaient équipées des dernières technologies, rien ne pourra être fait s'il n'y a pas de déclic chez l'élève lui-même.

Je ne ferai pas le discours de "l'école n'est plus un endroit où on va pour apprendre mais c'est désormais un endroit de prolifération de la délinquance, etc ... ". On nous a assez rabâché les oreilles avec cela.

Si on veut réellement (re)donner la soif d'apprendre à l'élève, il faut lui parler dans une langue qu'il comprend, avec des éléments auxquels il peut-être sensible.

Personnellement, je ne vois plus en l'école le seul endroit de culture. Aujourd'hui, la culture est partout autour de nous grâce à internet. Il faut que les élèves se rendent compte de cette opportunité qu'ils ont d'avoir tout à portée de main.

Une citation que j'ai rencontrée il y a quelques semaines disait "à l'heure d'internet, l'ignorance est un choix", et cela est totalement vrai. C'est pour cela que l'éveil de la curiosité intellectuelle dont j'ai parlé en début d'article est une chose plus que jamais nécessaire aujourd'hui.

Il y aurait tellement d'autres sujets à réformer: la place qu'occupent les notes, les cours particuliers, les emplois du temps, etc ... Mais l'article serait alors trop long.

Je me contenterai de dire en conclusion que la révolution de l'enseignement, est comme vous le savez tous une des priorités majeures du pays. Mais ce que beaucoup ignorent, c'est que cette révolution est une révolution de l'éducation en général, dont l'école n'est qu'un acteur parmi tant d'autres, et dont nous devons jouer les premiers rôles.

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