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L'économie mondiale est-elle enfin en train de voter Tunisie?

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C'est la question que je me suis posé ce mardi après la présentation du nouvel économiste en chef du FMI, Maurice Obstfeld, ancien conseiller du Président américain Barack Obama et qui vient de remplacer le français Olivier Blanchard, sur les perspectives de l'économie mondiale à Lima où se déroulent tout au long de la semaine du 5 au 11 octobre 2015 les Assemblées annuelles de la Banque mondiale et du Fonds Monétaire international.

Cette conférence est devenue un évènement couru par les experts, les hommes politiques et les organisations internationales dans lequel l'économiste en Chef du FMI donne l'analyse de la vénérable institution de l'évolution de la conjoncture économique mondiale. Or, après la présentation de cette semaine on est en droit de se poser la question de savoir si les vents ne
sont pas en train de tourner et si finalement la conjoncture globale n'est pas en train de nous
devenir favorable comme elle ne l'a jamais été depuis le déclenchement des printemps arabes
en 2011.

J'avais écrit en 2011 et quelques mois après le départ des dictatures que l'économie globale n'a pas voté en faveur de la révolution tunisienne. J'avais en tête à l'époque la chute du mur de Berlin et les transitions démocratiques effectuées par les pays d'Europe de l'Est à la fin des années 1980. Cette transition s'est faite dans un contexte économique très favorable marquée par une croissance relativement élevée. Par ailleurs, les prix des matières premières étaient relativement stables à un niveau bas. Les finances publiques des pays développés étaient florissantes ce qui leur a permis de dégager d'importants moyens financiers pour venir en aide aux nouveaux pays en transition et soutenir l'espérance démocratique qui renaissait des cendres de la faillite de feu les « paradis de la classe ouvrière ». Cet appui massif a permis à ces pays d'opérer les transformations nécessaires à l'ouverture de leurs systèmes politiques et économiques.

Or, le contexte mondial avait beaucoup changé depuis la fin des années 1990 et les années 2000 ont été marquées par la grande crise financière globale qui a failli mener le monde vers l'inconnu. La Tunisie et les pays du printemps arabe vont subir de plein fouet les effets d'une économie mondiale en turbulences. En effet, quatre tendances majeures vont l'économie mondiale et peser sur les pays du printemps arabe. La première est liée à la hausse vertigineuse des prix du pétrole, ce qui va constituer un coût important pour des économies fortement importatrices d'or noir en termes de subventions des prix à la consommation et sur leurs balances de paiement. Le second élément important concerne la hausse des prix des produits agricoles portée par la montée des classes moyennes dans les pays émergents et la hausse de leur consommation. Le troisième facteur est lié à la baisse de la croissance particulièrement en Europe le principal partenaire économique et financier des pays du printemps arabe. L'Europe s'est embourbée dans la crise des subprimes et elle est rentrée dans une stagnation économique que beaucoup considéraient comme séculaire. La fragilité de la croissance a été à l'origine de la baisse de la demande européenne à destination de ces pays et par conséquent d'une chute de leurs exportations qui avaient contribué à leurs performances économiques par le passé. Enfin, le dernier élément concerne la crise des finances publiques dans la plupart des pays développés ce qui a limité leur appui financier pour les transitions en cours.

La Tunisie a souffert de la fragilité et de la vulnérabilité du contexte global. En effet, les cours élevés du pétrole et des produits agricoles ainsi que la faiblesse de la croissance européenne ont pesé sur la croissance tunisienne post-révolution et ont fortement contribué à faiblesse. Par ailleurs, ces facteurs ont participé à la dégradation des déficits publics et de la balance externe. Ainsi, le contexte global a contribué à la fragilité de la croissance de notre économie et à sa « médiocrité » pour reprendre les mots de Christine Lagarde, la Directrice générale du FMI, et à la détérioration de notre situation macroéconomique.

Or, le vent semble tourner aujourd'hui. En effet, même si le FMI a revu ses prévisions de croissance mondiale à la baisse du fait des difficultés des pays émergents, il faut souligner que pour la première fois depuis 2011 les vents sont favorables à notre économie. Quatre développements majeurs sont au cœur de cette évolution. Le premier concerne les cours du pétrole qui après avoir atteint des sommets lors des dernières années s'orientent aujourd'hui
vers une baisse significative et certains experts n'hésitent pas à parler du seuil de 22$ autour duquel devrait s'établir ses cours dans les prochaines années. La seconde évolution concerne une autre baisse, celles des prix des produits agricoles. Ces deux évolutions devraient nous aider à gérer les tensions sur le budget en réduisant le montant des subventions et réduire les contraintes sur notre balance de paiement en diminuant notre facture d'importation.

La troisième évolution concerne le retour de la croissance en Europe notre principal partenaire commercial. En effet, même si elle est encore faible et devrait se situer autour de 1,5% pour l'année 2015, elle a enregistré une nette amélioration par rapport à l'année 2014 où elle était inférieure à 1%. Cette reprise devrait aider la demande européenne et encourager par conséquent nos exportations.

La dernière nouvelle importante pour notre économie concerne le probable report de la décision de la Réserve fédérale de relever ses taux d'intérêt. En effet, la récente crise financière chinoise et la grande volatilité des marchés internationaux auront fini par convaincre les autorités américaines de retarder la hausse de leurs taux directeurs. Ce probable report aura pour effet de réduire les pressions à la hausse du dollar et n'entraînera pas un glissement supplémentaire du dinar vis-à-vis de la monnaie américaine.

En dépit d'un contexte morose, l'économie mondiale ne nous a jamais été aussi favorable depuis quatre ans et les vents mondiaux semblent enfin avoir voté pour notre pays. A nous de savoir en tirer profit notamment en relançant la croissance et en opérant les réformes nécessaires à un fonctionnement plus efficient de notre économie et à promouvoir un nouveau modèle de développement plus inclusif et soutenable.

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