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Le football aime le jeu: La France timorée et les qualifications européennes

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Dans les qualifications à la prochaine Coupe du Monde, le suspens n'était pas à son comble qu'en Afrique. La zone Europe a également attendu ses derniers matchs qualificatifs pour rendre son verdict et déterminer les dernières équipes à se rendre au Brésil cet été. Les tirages au sort nous ont donné deux matchs entre deux grands équipes.

Il y a d'abord eu ce Portugal-Suède qui est resté indéterminé jusqu'à la seconde mi-temps du match retour. Le match aller avait été très disputé et le Portugal a gagné sur le fil un match disputé de bout en bout et où les grandes vedettes, Ronaldo et Ibrahimovic, ont montré à la fois toute l'étendue de leurs talents et leur attachement à disputer cette Coupe du Monde si spéciale du fait qu'elle se déroule dans le pays où ce sport est roi. Le match retour en Suède a été de toute beauté et indéterminé jusqu'au moment où l'enfant terrible du football portugais et du Real Madrid, Cristiano Ronaldo, éclabousse le match de sa classe et de sa rage de vaincre. Un trait de caractère qui lui donne une terrible efficacité et qui, en même temps, le rend si peu sympathique par-rapport à son concurrent de toujours et gendre idéal, Lionel Messi, la star du Barca. Par ailleurs, Ibrahimovic, une autre grande star dédaigneuse et insupportable d'arrogance, ne prendra pas la route du Brésil cet été.

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Mais c'est surtout le match de la France contre l'Ukraine qui aura déchainé les passions. Et ceci pour plusieurs raisons. L'équipe de France en premier lieu. La France a changé d'entraîneur après une Coupe d'Europe désastreuse, après que des petites stars aient humilié le grand joueur qu'était Laurent Blanc devenu leur entraîneur un court moment. La coupe d'Europe s'était inscrite dans la logique d'une Coupe du monde épouvantable en Afrique du Sud, où, pour la première fois dans les annales du football mondial, les joueurs d'une grande équipe de football ont fait grève en pleine compétition. Des joueurs gâtés que le foot business et les salaires faramineux ont totalement coupés du réel. Le jeu frileux et stéréotypé et la crise de résultats ont totalement coupé l'équipe de France de son public et en ont fait l'une des équipes les plus haïes dans l'histoire des Bleus.

L'Italie évolue, la France stagne

L'arrivée de Didier Deschamps, ex-capitaine de l'équipe victorieuse en 1998, devait mettre un peu de discipline dans cette cour d'école d'enfants gâtés et offrir un nouveau style de jeu. Or, si des progrès semblent avoir été faits en terme de discipline, la révolution dans le jeu n'a pas eu lieu. En effet, l'équipe de France est restée prisonnière de ses schémas tactiques frileux et défensifs, dans lesquels les joueurs perdent toute imagination et créativité pour se soumettre à la discipline du jeu et à des schémas timorés et terrifiés. L'équipe de France a du mal à se débarrasser des schémas défensifs hérités des choix tactiques exportés par son voisin transalpin.

Même l'Italie a fait sa révolution footballistique en plaçant à la tête de la Squadra Azzurra Cesare Prandelli, dont les choix tactiques offensifs plaisants donnent aujourd'hui une totale liberté à la créativité des joueurs. Ces choix sont en totale rupture avec les schémas défensifs à la catenaccio qui ont constitué la quintessence du football italien durant des décennies. Au moment où l'Italie commence à aimer le football, la France continue à privilégier ses schémas craintifs et frileux. Un gâchis immense pour une équipe et une nation qui dispose de grands talents et de grands techniciens qui font les plus beaux jours des grands clubs du monde, du Bayern aux frères ennemis de Manchester, de Liverpool à Marseille en passant par Arsenal et la Juve.

Le premier match contre l'Ukraine a été une illustration de ces choix. Et comme le football aime le jeu, il a décidé de donner une correction à l'équipe de France en une défaite sèche de deux buts à zéro. A en croire les statistiques, l'équipe de France était alors quasiment éliminée. Il a fallu un tour de force des joueurs et une volonté sans précédent pour retourner la situation et marquer les trois buts permettant aux Bleus de se qualifier pour le Brésil. Mais en dépit de cette qualification à l'arrachée - et heureuse pour ceux qui aiment l'équipe de France au Sud de la Méditerranée - la philosophie de jeu reste un motif de préoccupation pour cette équipe. Il est clair que les choix d'aujourd'hui ne lui permettront pas de suivre le parcours des grands cet été.

La révolution de la société... et du football

Ainsi, ces derniers matchs qualificatifs nous ont permis de connaitre de grands moments de football, en dépit de l'élimination sèche des Aigles de Carthage. Mais à l'instar de ceux de la Coupe des confédérations l'été dernier, ce matches nous donnent des indications sur l'évolution du football global et sur les grandes confrontations qui nous attendent cet été.

Après des années d'un football ennuyeux et lassant, la philosophie de jeu semble rompre définitivement avec les schémas frileux, défensifs et timorés. Le football se remet à aimer le jeu et à donner la liberté aux grands joueurs sur les terrains, à chérir leur créativité et à encourager leur imagination. En somme, une évolution en rapport étroit avec le politique de notre temps où, après des décennies de résignation et de soumission, les pays arabes retournent à la révolution et les mouvements sociaux se font de plus en plus entendre de par le monde. Le désir d'utopie revient en force et imprègne toute la sphère sociale, politique, et culturelle jusqu'au football, où les joueurs sont, de par leur liberté et leur créativité, porteurs sur le terrain de cette quête de révolution et d'imagination.

Que la prochaine Coupe du monde au Brésil sera belle quand le désir de liberté, d'insoumission et d'utopie dans la société rencontrera les dribbles, les feintes et la maestria des footballeurs!

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