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Le football aime le jeu: Le potentiel des Aigles

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Les matchs de ces derniers jours ont un été de grands moments pour les amoureux du football. Nous avons pu assister aux derniers matchs qualificatifs pour la prochaine Coupe du Monde au Brésil. Ces matchs pour les zones Europe, Afrique et Amérique Latine ont donné lieu à des confrontations entre de grandes équipes et à des matchs épiques riches en suspens et en émotions.

En Europe, nous avons ainsi eu droit à un France-Ukraine très équilibré et surtout à un Portugal-Suède très incertain. Dans la zone Afrique, la confrontation entre la Côte d'Ivoire et le Sénégal était prometteuse en suspens et en beau football. De même pour les autres matchs et, même si, parfois, les forces en présence étaient déséquilibrées, l'issue était incertaine. Seul le match de barrage pour le dernier qualifié de l'Amérique du Sud avec celui de l'Asie paraissait sans enjeu tant l'Uruguay était plus fort que la Jordanie, invitée surprise à ce stade avancé des qualifications et dont les joueurs ont appris en peu de temps la maestria, le métier et surtout le vice des frères Hassan devenus sélectionneurs attitrés de ce pays.

Ces matchs nous promettaient de grands spectacles avec beaucoup d'émotions et d'indétermination. Contrairement à ceux de poules où les équipes peuvent se rattraper d'un match à un autre, les matchs de barrages ont en effet des enjeux importants et la qualification à une compétition aussi majeure qu'une Coupe du Monde peut se jouer sur l'erreur d'un gardien, d'un défenseur ou sur l'exploit d'un attaquant.

Ensuite, certains grands joueurs, dont Ronaldo, Ribéry, Ibrahimovic, Drogba ou Eto'o, n'étaient pas encore qualifiés et pouvaient rater ce qui est considéré par les footballeurs comme la plus grande manifestation sportive. Or, la prochaine est d'autant plus importante qu'elle va se dérouler au Brésil, là où sont nés les dieux du football. Mais l'intérêt de ces derniers matchs qualificatifs réside dans le fait qu'ils donnent le ton sur ce que ce sera la prochaine Coupe du monde en termes de jeu, de tactique et d'organisation.

Et ces derniers matchs n'ont pas échappé à la règle: On a eu du foot, de l'émotion, du plaisir, du suspens et de l'incertitude plein les yeux.

On nous a dit que...

Tout d'abord ce Tunisie-Cameroun et la défaite honteuse à Yaoundé, avec des erreurs à répétition d'une défense totalement dépassée par le match. En dépit de la défaite, les quelques jours d'exercice d'un entraîneur qui aime le jeu nous ont sorti de la médiocrité qui marque le jeu de notre équipe nationale depuis des années. Au bout de quelques séances d'entrainement et d'un match aller de grande facture qui nous a réconcilié avec l'équipe nationale, Ruud Krol a tordu le cou au mythe qui a accompagné le foot tunisien depuis des années. On nous a dit que la Tunisie n'a pas de bons joueurs, de fins techniciens ou de joueurs sachant manier le ballon avec élégance et talent. Du coup, on nous a convaincu que la Tunisie ne pouvait pas faire le jeu et on a construit depuis des lustres des équipes de laborieux qui ne faisaient que défendre et déjouer les autres équipes.

Qu'est-ce qu'on ne nous a pas servi en débats tactiques, autour de l'intérêt des choix défensifs italiens revus à la sauce française, sans oublier cette fameuse thèse que le football commence par la défense alors qu'on nous a toujours expliqué dans les quartiers que l'objectif d'un joueur de foot est de marquer des buts. Ces choix nous ont permis de gagner quelques matchs et surtout le titre continental en 2004. Mais que le jeu de l'équipe de Tunisie était ennuyeux! Que notre football était fade et insipide! Au point que regarder un match de l'équipe de Tunisie devenait un calvaire tellement nous refusions le jeu.

Puis la roue a tourné, car le football n'aime que ceux qui le respectent et qui lui donnent l'émotion, la créativité et la fantaisie pour en faire un domaine du rêve et de l'imagination. Ainsi, les choix de jeu mis en place depuis des lustres en Tunisie commençaient à se coincer et notre équipe avait non seulement de plus en plus pâle allure, mais ne gagnait plus. Les défaites commençaient à se multiplier jusqu'aux plus honteuses, comme celle face au Cap-Vert lors du dernier match de poule qualificative à la Coupe du Monde. D'ailleurs, sans l'erreur administrative des Capverdiens, le parcours de la Tunisie aurait été stoppé bien avant le Cameroun.

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Politique et football, même combat pour un rêve

On s'est alors rendu compte que, depuis deux ans, un entraîneur qui officiait en Tunisie et avait fait du jeu le cœur de sa philosophie du foot. Ruud Krol, l'ancienne gloire du football batave, comme tous ses compatriotes, dont le plus illustre Johan Cruyff à Barcelone, a voyagé à travers le monde pour développer leur philosophie d'un certain football total qui a fait la gloire de la Hollande dans les années 1970 et a surtout opéré une révolution dans les systèmes de jeu en faisant du terrain de foot un lieu de liberté, de joie de vivre et d'insoumission aux schémas tactiques rigides et conservateurs hérités du catenaccio de Heleno Herrera et de l'Inter des années 1960.

La décision la plus importante qui ait été prise dans notre football depuis des années a été d'appeler Ruud Krol à la tête de l'équipe nationale pour les deux matchs qualificatifs contre le Cameroun. Et le changement a été radical, en dépit de la grosse défaite à Yaoundé. Le premier match a comblé nombre de Tunisiens et les a réconcilié avec l'équipe nationale. Il a définitivement remis en cause cette fumeuse thèse de l'absence de joueurs et de jeu et a montré que la Tunisie, comme tous les autres pays, a de grand joueurs qui aiment le foot et qui peuvent faire preuve de créativité, d'imagination et de révolte, comme l'ont fait les Tunisiens un certain 14 janvier 2011 pour renverser un dictateur qui a cru priver définitivement les Tunisiens d'utopie et de rêve. Politique et football: même combat !

Totale incertitude

Les autres confrontations africaines nous ont donné d'autres grands matchs. On peut mentionner le match Algérie-Burkina Faso, où l'Algérie se devait, avec ce rassemblement de joueurs talentueux qui évoluent dans les plus grands clubs européens, de se qualifier à cette Coupe du monde et renouer avec les heures de gloire du foot algérien du début des années 1980 et la fameuse victoire contre l'équipe d'Allemagne lors du Mondial de 1982 en Espagne. Mais en face, l'équipe du Burkina a fait d'importants progrès et les centres de formation installés dans le pays depuis plusieurs années ont commencé à produire de grands joueurs, partis parfaire leur formation dans des clubs européens pour faire des Etalons une grande équipe d'avenir. La confrontation fut ainsi pleine de suspens et d'incertitude jusqu'aux derniers instants. Si l'Algérie a fait un grand match à Ouagadougou, c'est la peur au ventre qu'ils ont terminé le match retour à Blida pour conserver le petit but d'avance qui les a envoyé au paradis.

L'autre grande confrontation africaine a opposé la Côte d'Ivoire et le Sénégal. L'équipe de stars vieillissantes des Eléphants a usé de son expérience et de sa maestria tactique pour battre une équipe de jeunes Sénégalais fougueux. La qualification était acquise pour les Ivoiriens après les trois buts marqués lors du premier match d'Abidjan. Une qualification acquise... jusqu'au but sénégalais inscrit lors des dernières minutes du match, signe d'espoir pour les Lions. Le match retour fût d'une grande beauté et d'une intensité extrême. Un grand match de foot comme on en voit rarement. La Côte d'Ivoire a résisté aux assauts et à la marée sénégalaise et a même réussi à marquer un but assassin lors des dernières minutes du match pour se qualifier. Ce fut l'un des rares contre-exemples de notre thèse: le football n'a pas offert la victoire à l'équipe qui a joué. Comme quoi le football reste, à l'image de la vie, de la politique et de la société, un lieu où l'incertitude est totale.

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