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Comment sortir de la croissance médiocre? Eléments critiques sur le dernier rapport du FMI

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IMF
ASSOCIATED PRESS
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Le thème de la croissance médiocre est en vogue depuis son utilisation par Christine Lagarde, Directrice générale du FMI, pour qualifier la croissance faible et la morosité de l'environnement international depuis quelques années. Une fragilité et une morosité qui trouvent en partie leur explication dans la baisse de régime des pays émergents, et particulièrement de la Chine, qui avaient porté la croissance globale depuis la grande crise de 2008-200. Depuis cette date la question dominante est comment sortir de cette croissance médiocre et renouer avec une dynamique économique plus soutenue afin de résorber le chômage et d'offrir une espérance nouvelle pour des milliers de jeunes.

Cette préoccupation ne s'est pas limitée à la croissance globale mais concerne aussi la croissance nationale au sein de beaucoup de pays qui reste désespérément faible. C'est le cas de notre pays qui éprouve les plus grandes difficultés à retrouver le niveau de croissance qui était le nôtre avant la révolution. La faiblesse de la croissance trouve son fondement dans l'incertitude, la morosité et la montée du risque terroriste qui n'encouragent pas les investisseurs internes et internationaux.

La question du retour de la croissance est au centre des débats politiques et économiques. Les différents gouvernements ont essayé d'apporter leurs réponses à cette question dans les politiques économiques qu'ils ont menées pour relancer la croissance et l'emploi.

Plusieurs experts, des institutions de recherche et des organisations nationales, comme l'UTICA et l'UGTT, ont apporté leur pierre à ce débat. Les institutions internationales ne sont pas en reste en publiant plusieurs rapports et analyses pour sortir de cette croissance fragile.

Le dernier rapport en date est celui qui vient d'être publié par le FMI il y a quelques jours, intitulé "Tunisia's growth potential: recent trends, constraints, and opportunities for the future" (Le potentiel de croissance de la Tunisie: les tendances récents, les contraintes et les opportunités pour le futur).

Ce rapport revisite les dynamiques de croissance passées de notre économie et met l'accent sur la vigueur de la croissance lors de la décennie 2000 qui s'est située en moyenne autour de 4,5%.

Par ailleurs, ce rapport mentionne que cette croissance s'est opérée dans un contexte macroéconomique stable avec des déficits limités et une inflation relativement faible. Il a aussi mis l'accent sur les progrès effectués par notre économie en matière de diversification tout en indiquant qu'elle est restée en deçà des progrès réalisés par d'autres économies notamment les pays émergents.

Ce rapport a également souligné les faiblesses de cette croissance et ses limites. Il a mis l'accent sur la baisse de la productivité particulièrement dans les secteurs manufacturiers et agricoles qui ont pesé sur la compétitivité de nos entreprises. Il a aussi souligné les difficultés de l'accès au financement et notamment au financement bancaire par les entreprises et particulièrement les PME.

Le rapport du FMI a également mis l'accent sur l'inefficacité des institutions publiques pour assurer la transparence et le respect des règles de droits et la bonne gouvernance. Enfin il a mentionné la fragilité du cadre macroéconomique qui constitue un défi important pour les pouvoirs publics.

Ce rapport a omis de souligner d'autres questions essentielles et les limites de la croissance tunisienne qui ont pourtant été au centre de la mobilisation sociale et des déflagrations qui ont provoqué la révolution tunisienne et dans sa suite, les printemps arabes. Il s'agit des inégalités régionales et de la montée du chômage, particulièrement celui des diplômés. C'est le caractère inégalitaire de cette croissance qui a été au cœur des tensions sociales dont l'exacerbation a été la goutte qui a fait déborder le vase et a ouvert une nouvelle ère de changement et de rupture dans un grand nombre de pays arabes.

Ce rapport mentionne également une série de recommandations pour faire repartir la croissance et relancer les dynamiques économiques. Le rapport du FMI privilégie trois recommandations essentielles. La première concerne les réformes nécessaires pour favoriser l'accès au financement et notamment le développement du marché financier. La seconde proposition est relative à l'amélioration de l'environnement des affaires et la réduction des distorsions du marché.

La troisième recommandation concerne la réduction des tensions macroéconomiques, et notamment la maîtrise des "twin deficits", celui des finances publiques et de la balance des paiements.

Ces recommandations sont importantes et les différents gouvernements ont franchi des étapes dans leur mise en œuvre dont les réformes bancaires, la maitrise des déficits en dépit de l'augmentation des dépenses pour les finances publiques et le vote d'un certain nombres de lois dont le Code des investissements, les procédures collectives et la loi sur les Partenariats Publics-Privés qui devraient améliorer l'environnement des affaires.

Mais, ces mesures resteront insuffisantes si elles ne sont pas renforcées par d'autres initiatives majeures pour relancer la croissance et restaurer la confiance particulièrement des jeunes. A ce niveau, nous mettons l'accent sur deux éléments essentiels. Le premier est, parallèlement à la baisse des taux d'intérêt et la politique monétaire plus expansionniste de la Banque centrale, la nécessité d'une véritable politique de relance afin de redynamiser l'investissement. Certes, on assiste à une réduction de l'espace fiscal et les dépenses publiques ne pourront pas prendre en charge cet effort de relance mais le partenariat Public-Privé pourrait prendre en charge un programme ambitieux de grands travaux pour relancer la croissance. Le second est une initiative majeure dans le domaine social afin de redonner espoir à un grand nombre de jeunes chômeurs.

Plus que jamais le redressement économique de notre pays passe par une sortie de la croissance médiocre afin de relancer le développement et l'emploi et construire les fondements économiques de la transition politique.

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