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Terrorisme: Une "tumeur" sociale

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"Connais-toi toi-même et tu connaîtras l'univers et les dieux"
Maxime du Temple de Delphes

Il serait superficiel de lier le terrorisme qui commence à investir la Tunisie au contexte actuel, à un parti politique, ou bien, à un siècle marqué par la décennie noire algérienne et par la montée des groupuscules fondamentalistes armés. Celui qui fait ce lien n'aurait pas pris en considération une donnée très importante: Le terrorisme nait et s'épanouit dans une société qui lui tend les bras.

Si ce phénomène s'est implanté en Algérie, puis au Pakistan, en Afghanistan et un peu partout dans le monde arabo-musulman, c'est que cela est dû, en grande partie, à nos sociétés qui ont noué depuis des siècles des liens solides avec le fondamentalisme religieux.

Le terrorisme ne serait que l'épiphénomène d'un ensemble complexe de pathologies sociales profondes et délétères qui ont été, de tout temps, révélées et appuyées par les événements historiques ainsi que par des discours politico-religieux précis et ciblés.

Le terrorisme a, aujourd'hui, retrouvé un terreau fertile en Tunisie car plusieurs facteurs prêtent à sa réinstallation:

Les prémices d'un éveil démocratique engendrant une lutte pour le pouvoir avec tous les moyens subversifs qu'il faudrait utiliser pour s'en accaparer.

Contrairement à ce que pensent certains d'entre nous, la crise économique arrange les acteurs du terrorisme. Elle aggrave la pauvreté et le sentiment d'abandon parmi les classes sociales les moins privilégiés favorisant, ainsi, l'émergence et l'épanouissement des idéologies fondamentalistes, en témoigne l'histoire du nazisme et du fascisme en Europe.

D'un autre côté, l'influence croissante du néo-fondamentalisme sur la société tunisienne, via les chaînes de télé-prédication, a fini par convertir de nombreux Tunisiens à l'extrémisme religieux. Ce travail d'endoctrinement long et méticuleux a débuté depuis deux décennies. Il continue jusqu'à ce jour à travers une panoplie de téléprédicateurs citant, quotidiennement, les vertus du voile pour les femmes, ou bien, incitant les jeunes hommes à aller au jihad contre les "infidèles" et "les croisés".

L'affaiblissement naturel puis systématique des fondements de l'Etat tunisien, suite à la chute du régime de Ben Ali et à la mise en place d'un projet de restructuration à échelle islamique, engendre une période de transition qu'on pourrait qualifier de chaotique ou de violente, mais qui devrait déboucher, au final, sur le renversement total de l'ordre établi. Pour se faire, rien ne vaut le terrorisme dans la création d'un univers symbolique de chaos et de violence où même les relations intrasociales et le champ lexical quotidiens contribuent à sa prolifération.

Par ailleurs, l'expérience terroriste des années 80 n'a pas abouti sur un travail de fond concernant le problème du terrorisme. L'élite pensante tunisienne n'a pas bénéficié du soutien nécessaire des autorités pour se plonger dans l'étude du phénomène terroriste. Quant aux adeptes de la solution facile, ils se sont, clairement, positionnés en faveur du retour de l'autocratie afin de remédier à ce mal.

Sur le plan internationale, force est de constater que la problématique palestinienne, les deux guerres du Golfe et la colonisation de l'Irak n'ont pas arrangé la situation, causant ainsi une plaie narcissique dans l'inconscient collectif arabo-musulman et suscitant haine et désir de vengeance.

Finalement, une allégorie du terrorisme peindrait ce phénomène comme tumeur maligne s'agrippant au corps sociétal et qui croît, sournoisement, en se nourrissant des déséquilibres, des mauvaises habitudes et du mode de vie que la société a fabriqués et adoptés tout au long de son parcours. Aussi, il ne sert à rien de traiter cette tumeur sans traiter les facteurs endogènes qui en sont responsables.

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