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Système éducatif marocain: doit-on continuer de désespérer?

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COLE MAROC
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ÉDUCATION - Nelson Mandela affirmait: "L'éducation est l'arme la plus puissante pour changer le monde". Voilà pourquoi aujourd'hui l'accès à l'école est un enjeu politique de premier rang. Voilà pourquoi nos hommes politiques marocains ne savent qu'échouer sur ce plan. Voilà pourquoi notre corps éducatif ne sait que s'apitoyer sur son sort. Parce que d'aucun n'a l'ambition de changer le Maroc ni la face du monde.

J'écris après avoir visionné une vidéo que je décrirais comme choquante, celle de l'adolescente au visage porcelaine, du nord du Maroc, dénonçant l'état de délabrement dans lequel se trouve son école et l'inaction coupable des autorités locales et du Caid. Elle crie son désarroi face à l'injustice dont ses camarades et elle-même sont victimes et nous raconte comment deux élèves ont été piqués par des insectes venimeux et sauvés in-extremis par leurs maîtres. L'école est aussi filmée, un bâtiment où aucun de ceux qui liront cet article ne mettraient les pieds, ni pour s'abriter de la pluie et du vent glacial de la région, ni pour soulager leurs vessies puisque nous apprenons que les toilettes font grève.

Et l'ubuesque n'étant jamais très loin au Maroc, nous comprenons rapidement que l'école est implantée en plein milieu d'un champ d'éoliennes, ce qui empêche les élèves et leurs professeurs de s'entendre. Il y a de quoi s'interroger sur le bon sens de nos décideurs. En somme, bons points pour la COP22 et bonnet d'âne pour l'éducation !

Un ami à qui j'ai partagé cette vidéo se disait triste mais pas surpris. Il en a vu d'autres. Moi, j'étais en colère. En réalité, je me refuse à la tristesse, je me refuse à la résignation, je refuse de m'y habituer et je refuse de l'accepter comme une fatalité des Dieux. Cette jeune fille a droit à la meilleure éducation qui soit et il n'y a à cela aucun doute dans mon esprit.

Ceci m'interroge davantage sur ce qui nous lie, nous citoyens marocains. Reste-t-il le moindre soupçon de contrat social dans ce pays? Un contrat implicite qui définirait notre vie en communauté, sous le même drapeau. Un contrat où cette jeune fille accepte de se soumettre à l'ordre établi et en contrepartie, oui parce qu'il y a contrepartie à la soumission, l'État lui offre la sécurité, l'éducation et la santé. Si tel est le cas, si nous sommes encore en État de droit, elle devrait pouvoir espérer forcer à minima ses déterminismes physiques et sociaux pour devenir médecin, ingénieure, professeure ou danseuse. Elle devrait pouvoir lire Taha Hussein ou Voltaire et rire de Candide. Elle devrait pouvoir admirer un coucher de soleil tout en sachant qu'il s'agit là du spectacle mystique de l'étoile de notre système planétaire qui se consume. Il est là le droit universel à chérir, celui de la jouissance de la vie que seule la connaissance peut offrir. Lui refuser cela, c'est la condamner au temps mort et d'une certaine façon à une lente et douloureuse agonie. En sommes-nous vraiment arrivés là? Est-ce la nouvelle forme que nous donnons à la peine de mort? La peine capitale aux innocents?

Cette chute dans le néant nous la devons à nous-mêmes. Malala, 19 ans, prix Nobel de la paix en 2014, se battait contre les talibans, hommes des cavernes aux longues barbes. Notre Malala se bat contre notre bêtise, notre corruption et nos sourires de façade qui disent "tout va bien dans le meilleur des mondes" quand tout va mal. Un combat plus dangereux, car l'ennemi vit en chacun d'entre nous.

Au tout va bien dans le meilleur du monde, il faut opposer le réel: les témoignages et les statistiques. L'indicateur de développement humain de 2015 révélait des vérités sidérantes. Le Maroc se classe 149ème par son indice d'éducation. J'ai voulu challenger ce chiffre en comparant le Maroc avec d'autres pays que j'ai choisis soit parce qu'ils étaient du Maghreb, soit parce qu'ils connaissent une situation de guerre récente ou de graves tensions géopolitiques. J'ai donc pris, l'Afghanistan, l'Algérie, l'Egypte, la Libye, le Pakistan, la Palestine, la Syrie et la Tunisie. Sur les 9 pays, le Maroc est 7ème, devant le Pakistan et l'Afghanistan. La Palestine est 1ère dans ce classement réduit. De fait, je repose une question que j'ai soulevé dans un article précédent: sommes-nous en guerre? Serait-ce le moment de déclarer l'état d'urgence?

Finalement, cette jeune fille me fait penser que les mots des élites éduquées et dit-on éclairées, ne sont que coquilles vides et rhétoriques masturbatoires complètement détachées du réel. Faut-il enseigner en arabe ou en français? Faut-il encourager le public ou la privatisation de l'enseignement? Quel entrepreneur avec un minimum d'esprit et capable de calculer un ROI (retour sur investissement) irait ouvrir une école d'enseignement privé et en français dans les montagnes de l'Atlas? Je pense que notre Malala est plus pragmatique et ne se pose pas exactement ces mêmes questions. Elle souhaite d'abord comprendre pourquoi les toilettes sont insalubres.

Alors comme disait De Gaulle, "le dernier mot est-il dit? L'espérance doit-elle disparaître? La défaite est-elle définitive? Non!"

Je lance donc un appel à tous ceux qui ont le pouvoir et à ceux qui ne l'ont pas pour qu'ils le prennent. Que ceux qui ont un quelconque pouvoir le mettent au profit du combat de cette jeune fille et des autres. Ce combat est juste, ce combat est noble. Que les autres le prennent et fassent enfin preuve de courage parce qu'à ce jour cette vertu semble confisquée par les jeunes adolescentes.

Et pour la question: que pouvons-nous proposer? Je dirai d'abord des écoles construites ou rénovées jusque dans nos montagnes, l'apprentissage de l'écriture, de la lecture et du calcul, un déjeuner gratuit pour tous les écoliers et l'arrêt immédiat des brutalisations physiques faisant office depuis trop longtemps de pédagogie par les professeurs: quatre remèdes qui me semblent indispensables. Sachant que la liste exhaustive des propositions est certainement trop longue pour un article.

Résistons et nous serons victorieux.

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