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Lettre à Maroc (ceci est un message d'amour)

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MOROCCO FLAG
Rafael Marchante / Reuters
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SOCIÉTÉ - Depuis Paris, je pense à toi, tout haut, très fort. Les informations, les vidéos, les lives Facebook défilent et aucun ne me rassure. Nous bouillonnons tous de l'intérieur et de l'extérieur, à Marrakech et à Amsterdam, à Al Hoceima et à Errachidia. Rabat ne répond plus de rien. Casablanca travaille matin, midi et soir. Beaucoup ont peur de devenir le prochain Damas et beaucoup d'autres n'ont plus rien à perdre. Les problèmes s'accumulent, les crises empirent, la situation s'enlise. Et moi, j'ai mal pour nous, j'ai mal pour toi.

Il y a l'éducation qui souffre d'ignorance et les vidéos de lycéens violents ou aux propos incohérents qui pullulent sur YouTube. Il y a le chômage qui ne cesse de monter et nos jeunes qui font le mur ou le trottoir. Il y a le système de santé malade et la petite fille qui meurt faute d'hôpital. Il y a la recherche de la dignité perdue et les ethnicités et les communautarismes qui renaissent de leur cendre avec le souvenir d'un passé meurtri. Il y a le Sahara, sable mouvant dans lequel nous sommes pris depuis 1963. Il y a un makhzen coupable et corrompu mais fantôme, que tous sauront nommer mais dont personne ne pourrait reconnaître les visages. Il y a une justice injuste et des lois archaïques qui s'appliquent aux minorités et aux femmes, population majoritaire en terre de misogynie. Il y a une mémoire lobotomisée et une histoire tronquée, des peines et des chagrins inconsolables.

Nous avons eu cinq ans de répit pour faire changer les choses mais nous avons choisi d'hiberner en plein printemps sanguinaire. Les gouvernements continuent à signer des décrets et à appliquer des programmes mais serait-il trop tard? Les ruptures sont assurément trop profondes et nos référentiels aux uns et aux autres si différents.

Il y a les arabophones, les amazighs, les francophones, les anglophones, les hispanophones et puis beaucoup qui ne savent parler aucune langue. Il y a une religion que nous voulons imposer à tous dans sa forme la plus intolérante. Il y a une vie culturelle en déchéance. Il y a l'exploitation des plus faibles par les plus forts, des petites bonnes des campagnes par les familles casaouies. Il y a nos garçons qui regardent la Méditerranée avec envie. Ils meurent avalés par les vagues, sous-traités dans les champs espagnols ou sous effets de la drogue. Il y a ces adolescents qui se baladent dans les ruelles de Paris tels des Gavroches d'un autre temps, à la main, des mouchoirs imbibés de colle. Image si commune à Casablanca et si grave à Paris.

Enfin, il y a des gens comme moi, des MRE que j'appelle les exilés, apparemment chanceux. Nous devons refaire une vie loin des nôtres, s'intégrer et s'assimiler après avoir vécu un séisme identitaire irréconciliable.

Pourquoi, pourquoi, pourquoi? Je ne me lasserai jamais de poser cette question car sans pourquoi il n'y a pas de comment, car depuis que je suis loin de toi, je suis comme loin de moi.

En attendant de trouver les solutions à ces équations, je t'envoie mon amour et toute ma tendresse.

("Il était une fois, toi et moi, n'oublie jamais ça")

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