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Opter pour le solaire: De la dépendance au génie, il n'y a que 580 MW

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CENTRALE NOOR
Fadel Senna/AFP
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ÉNERGIE - "Une économie qui entraîne une amélioration du bien-être humain et de lʼéquité sociale tout en réduisant de manière significative les risques environnementaux et la pénurie de ressources. Sous sa forme la plus simple, elle se caractérise par un faible taux dʼémission de carbone, lʼutilisation rationnelle des ressources et lʼinclusion sociale". Le Maroc a opté pour une stratégie de développement basée sur cette définition de l'économie verte, celle des Nations Unies.

À la recherche d'autonomie énergétique, le Maroc a pour projet de réduire drastiquement son empreinte carbone. Quand un pays en voie de développement prend son destin en main de la sorte, il n'est que normal d'en faire tout un plat, surtout quand c'est le monde entier qui en bénéficie. Malheureusement, dans un pays ou le taux d'alphabétisation chez les femmes est à un triste 42,5%, ouvrir la plus grande centrale solaire sur Terre semble être une idée farfelue... Faisons l'enquête...

Le 4 février 2016, la première phase de la centrale solaire située 10 km au Nord-Est de Ouarzazate était opérationnelle. Quand elle sera achevée en 2020, Noor sera la plus grande centrale solaire au monde. Capable d'alimenter une ville de plus d'un million d'habitants, ce projet colossal épargnera à l'atmosphère 760.000 tonnes de carbone par an en fournissant plus de 40% de la demande marocaine en électricité. Cette entreprise d'envergure monstre est-elle viable économiquement? Rabat a dépensé 13 milliards de dollars en imports pétroliers en 2013, presque exactement le coût d'installation de la centrale solaire au milieu du désert.

En creusant un peu - métaphoriquement et physiquement - ce projet se distingue comme un choix judicieux. Mises en compte les récentes découvertes au sein de pays frontaliers au Maroc (en Mauritanie par exemple) de puits de pétrole et considérant la situation géologique locale, investir en recherche et forage d'exploration semble pourtant à première vue être plus profitable qu'une solution solaire. Fn 2005, il y avait déjà 19 compagnies étrangères cumulant 56 millions de dollars d'investissement par an à la recherche de pétrole sur le sol chérifien.

Jusqu'à aujourd'hui, il n'y a eu aucune découverte officielle d'énergie fossile exploitable dans l'enceinte du royaume. Peut-être qu'il n'y en a pas, peut-être qu'on ne cherche pas au bon endroit, ou peut-être encore que les conflits politiques dans le Sahara entravent la quête du pétrole, mais le résultat est le même quelle qu'en soit la cause: le Maroc n'a pour l'instant pas de ressource énergétique.

Au moins, nous sommes en tête quelque part: premier pays d'Afrique du Nord en terme d'import pétrolier avec 95% de l'énergie consommée a l'échelle nationale provenant de l'étranger. Cela est d'autant plus grave quand le coût du pétrole ne cesse de grimper. Entre 2005 et 2008, le prix du pétrole à l'import a quadruplé pour le Maroc. Malgré des petits efforts nationaux pour contourner le problème (libéralisation du secteur énergétique et allègements fiscaux), la réalité du bilan énergétique négatif pesait toujours lourd sur la croissance économique du pays.

L'un des nombreux avantages avec les énergies renouvelables, c'est qu'elles ont d'innombrables partisans. Le Maroc en a profité dans son initiative coûteuse d'installer Noor près de la cité emblématique du Sud marocain. L'étiquette de 13 milliards de dollars correspond à environ 4% du PIB marocain. On ne peut s'empêcher de penser aux 3 millions de Marocains qui vivent en dessous du seuil de pauvreté établi par l'ONU, ceux pour qui le prochain repas n'est pas garanti et pour qui l'empreinte énergétique du Maroc n'est pas un souci prioritaire. De mal en pis, avec une dette externe d'environ 20 milliards de dollars, le gouvernement marocain n'est pas Rothschild comme on dit ici.

Heureusement, plusieurs pays et organisations ont contribué au financement de "Lumière". Le ministre des Affaires Etrangères Mezouar a assuré que Rabat avait "reçu le support financier, politique et technologique nécessaire pour un projet stratégique de la sorte". Dans le magazine Forbes, il est dit que "le souci du financement ne dissuadera pas le Maroc d'accomplir son projet ambitieux grâce au soutien de pays européens, de certains pays du Golfe, des Etats-Unis, de la Chine et du Japon". Le roi Mohamed VI était d'ailleurs accompagné de Hillary Clinton, alors Secrétaire d'Etat, lors de la cérémonie de lancement du projet en novembre 2009.

Les États-Unis représentés par Barack Obama ont actualisé leur appui vis-à-vis de ce projet et du reste des initiatives marocaines pour le développement durable en 2013. L'Allemagne est un autre pays qui a indépendamment exprimé son soutien a cette initiative et a garanti un support financier (entre autre) au développement de la centrale.

Ce que l'on retient, c'est que cette centrale solaire est profitable, même nécessaire, pour balancer la donne de la demande en énergie du pays. En plus d'être justifiée économiquement, cette installation est soutenue financièrement par des acteurs nationaux et internationaux. Le Maroc bénéficie grâce a elle d'un retentissement considérable donnant au pays un rôle dans la conversation mondiale sans fin du développement durable contre le réchauffement climatique.

Prenons un moment pour apprécier cela car Noor place le Maroc à la tête de la coalition mondiale contre le réchauffement climatique et les émissions de gaz à effet de serre. Et parce que le Maroc doit tenir le rythme dans la course effrénée qu'est la mondialisation, ce projet ne devrait pas être remis en question seulement pour son coût d'opportunité.

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La centrale Noor en 10 images
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