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La visite du président rwandais au Maroc, une percée diplomatique hors des sentiers battus

Publication: Mis à jour:
PAUL KAGAME MAROC MOHAMMED VI
MAP
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DIPLOMATIE - Loin de n'être qu'une petite nation du plus pauvre des continents, le Rwanda, pays au passé tumultueux, reste une des plus belles promesses d'avenir en Afrique, et un pays doté d'une nouvelle position stratégique, hautement intéressante pour le Maroc. La récente visite au sommet du président Paul Kagame le confirme.

Un président pas comme les autres

Paul Kagame n'est en effet, pas un président comme les autres. Arrivé au pouvoir en 1994, il reste dans l'esprit comme le combattant ayant mis fin au génocide d'une partie des Rwandais contre une autre. Il est celui aussi qui, pour la première fois depuis l'indépendance, a mis fin à toute distinction officielle, entre les deux grandes ethnies Hutu et Tutsis.

Car rappelons le, entre avril et juillet 1994, plus d'un million de tutsis et de hutus modérés, seront exterminés par des franges extrémistes de hutus, majoritaires au Rwanda (80%), sous la conduite de la funeste AKAZU, organisation secrète ayant comme seule raison d'être, l'extermination à la machette d'une partie de la population par une autre.

Juillet 1994 sera le mois durant lequel Kagame fera une entrée triomphale à Kigali, la capitale, avec des troupes de toutes ethnies, mettant un coup d'arrêt au génocide et instituant les bases du nouvel état rwandais.

Le génocide face à la justice

Toutefois Paul Kagame reste aussi le combattant ayant laissé derrière lui des zones d'ombres, que de nombreux adversaires lui reprocheront par la suite, et c'est le cas notamment du traitement qu'ont fait subir ses troupes à quelques milices responsables des pires massacres. Cependant, son souci de la justice, et sa philosophie en matière de justice pénale internationale, auront raison plus tard d'une grande partie de ces critiques.

Car tant les tribunaux Gaçaça (sorte de tribunaux traditionnels) que la coopération avec la justice pénale internationale ont par la suite consacré l'image d'un Rwanda plus soucieux de l'avenir, que du passé. Ce génocide finira par devenir un cas d'école, et fera tellement parler la littérature de la doctrine pénale internationale, que d'aucuns finiront par évoquer une justice face au génocide, et non l'inverse.

1994 année zéro: de huit à sept millions d'habitants, en moins de trois mois!

Dès 1994, le monde découvre avec effroi les méthodes utilisées par les milices Hutu dites interrahamwe, qui ont rivalisé avec celles des SS ou des khmers rouges. Au lendemain de la libération de la capitale, Paul Kagame n'aura finalement gagné qu'une bataille, mais pas la guerre. Commence alors la reconstruction d'un état traumatisé, ayant vu sa population passer de huit à sept millions d'habitants, en moins de trois mois.

Mais dès le début des années 2000, de nombreux reporters internationaux notaient la paix et la sérénité qui régnaient à Kigali, Butaré et autres villes du Rwanda, contrastant avec le passé immédiat du pays. La vengeance n'aura pas eu lieu, le peuple rwandais, désormais uni, avait tourné la page, et œuvrait pour la paix au Rwanda et dans les pays voisins. Le pays adopte même une nouvelle bannière, et abandonne l'ancien drapeau aux couleurs panafricaines.

Le Pays des milles collines, la Suisse de l'Afrique centrale

Ce sont là les hétéronymes du Rwanda. Car les paysages de ce pays, parsemé de collines verdoyantes, de lacs et de petits bois, évoquent davantage les paysages européens ou nord-américains que les savanes peu arborées des pays voisins. Devenue unes des nations prospères d'Afrique de l'est, en terme de croissance du PIB, de stabilité, d'hygiène et même d'innovation ou encore de contrôle des naissances, le Rwanda est en passe de se transformer en un dragon africain, porte d'entrée vers l'Afrique de l'Est. Seul bémol, des élections aux scores soviétiques, et un paysage politique toujours tétanisé après le génocide.

Mais en quoi le Maroc a-t-il réalisé une percée?

Parmi les réformes notables du président Kagame figure l'adoption dans les années 2000, de l'anglais comme langue officielle, à l'instar du français et du Kinyarwanda. Car cet ancienne monarchie (jusqu'en 1962) installée par le pouvoir colonial belge, restait tributaire de l'ancienne puissance coloniale, ainsi que de la France, jusqu'en 1994.

La passivité de la Belgique et l'attitude maladroite de la France, ayant soutenu les génocidaires, avant de se rétracter et de finir par chercher une réconciliation à la va-vite, aura eu raison de la francophonie au Rwanda. Aujourd'hui, ce pays est considéré comme faisant partie des pays d'Afrique de l'Est anglophone. Ces mêmes pays qui, en plus d'être les plus prospères du continent avec des taux de croissances à deux chiffres, restent les plus réfractaires au Maroc, et sont considérés par l'Afrique du Sud, pays autoproclamé anti-marocain, comme un pré-carré.

Dans cette configuration, Kagame s'avère être d'autant plus intéressant qu'il reste très apprécié par ses voisins et désormais alliés anglophones, plus qu'il ne l'est avec ses autres voisins francophones. Ayant anciennement reconnu le Polisario, le Rwanda tranche très vite avec cette position, et, soucieux de multiplier les alliés fiables, a fini par comprendre la supercherie.

En nouant un partenariat stratégique, le Maroc espère trouver en Kigali la capitale pouvant faire office de relai pour ses intérêts économiques loin des sentiers battus d'Afrique de l'Ouest, renforçant ainsi sa vision pour le continent: une Afrique prospère et inclusive, pour tous les Africains. Et l'accueil somptueux réservé par Mohammed VI dans la capitale économique à son hôte rwandais, confirme bien la portée tant économique que politique du déplacement.

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