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Pauvre Azilal, qui est responsable de ta vulnérabilité?

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AZILAL
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SOCIÉTÉ - La province d'Azilal est un ensemble de villages, de petits douars éparpillés entre de gigantesques montagnes et qui sont majoritairement isolés. Elle contient deux petites cités, Azilal et Demnate, qualifiées officiellement de villes. Mais cette dénomination ne répond pas aux critères mondiaux qui feraient d'elles de vrais centres urbains.

C'est une terre dure, montagneuse où s'embrassent le Haut Atlas central et le Moyen Atlas. Environ 90% de son territoire atteint des altitudes de 800 à 4.000 mètres. Sa superficie est estimée à 9.800 km2 avec une population de plus de 504.000 habitants. Riche en eau, elle est, par contre, classée parmi les provinces les plus pauvres du pays avec un taux de pauvreté dépassant 40%. Ses habitants souffrent d'une précarité et d'une vulnérabilité alarmantes.

Dans cette région existe une pauvreté humaine extrême qui, si l'on se réfère à la définition du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), correspond à "l'absence des capacités humaines de base à savoir l'analphabétisme, la malnutrition, la longévité réduite, la mauvaise santé maternelle et enfin la présence de maladies pouvant être évitées".

Dans ces contrées, le système éducatif a connu un grand échec à cause de l'absence d'une infrastructure scolaire réelle, une surcharge des classes, une déperdition scolaire très élevée, un rendement faible et l'absentéisme, dans certains cas, des enseignants. Par conséquent, le taux d'analphabétisme est considéré parmi les plus élevés sur le plan national atteignant approximativement 66,90% en milieu rural et 37,30% en milieu urbain.

On y enregistre aussi une forte mortalité infantile, avec 47 enfants qui décèdent avant cinq ans. Quand à la mortalité maternelle elle atteint environ 260 décès pour 100.000 naissances. À Demnate, par exemple, aucun gynécologue pour une population dépassant 40.000 habitants.

Alors que les critères de la Banque mondiale précisent un nouveau seuil international de pauvreté, fixé à 1,90 dollar par jour, chez nous les chercheurs et la communauté scientifique marocaine n'ont pas encore donné une définition précise de la pauvreté au niveau national et régional. La lutte contre la pauvreté est une préoccupation tardive au Maroc. Elle a débuté à partir des années 1990 et c'est tout à fait naturel que ces régions soient parmi les zones oubliées. Elle font en effet partie de ce qu'on appelait péjorativement "le Maroc inutile", concept créé par le protectorat français et qui perdure encore...

L'Etat marocain a récemment lancé des initiatives pour s'occuper du monde rural et quel que soit l'intention et le degré de sérieux de ses décisions, elles sont réelles et palpables. Plusieurs régions en ont bénéficié d'une manière positive. Il incombe alors à nos responsables régionaux et locaux d'assumer leurs responsabilités et d'être à la hauteur des attentes des citoyens, en proposant des projets rentables pour un développement durable.

Cette armée de fonctionnaires qui n'ont pas réussi, malheureusement, à donner naissance à une seule ville modèle et pilote dans cette région, avec des infrastructures suffisantes, doivent changer leurs méthodes de travail. Il est donc légitime de se demander: y a-t-il une pauvreté au niveau de la créativité de nos responsables au niveau régional et local? Y a t-il une mauvaise gestion et un gaspillage d'argent? Ou bien s'agit-il de l'absence de contrôle du pouvoir central et de subventions insuffisantes octroyées par l'Etat?

Ces causes seraient logiquement liées les unes aux autres, lorsqu'on remarque la nature de certains travaux qui se renouvellent avec la venue de nouveaux élus et responsables: un bétonnage de mauvaise qualité des mêmes quartiers, des factures avec des sommes non réelles gonflées pour l'achat du matériel d'équipement de routes déjà faites, qui ne cessent d'être l'objet de nouveaux entretiens et de la même façon. C'est un gaspillage d'argent pour faire semblant de vouloir réparer et de reformer au lieu de penser à la construction d'écoles et d'hôpitaux.

A titre d'exemple, la province d'Azilal a connu durant la période 2011-2015, la réalisation de plusieurs projets s'élevant à 461,3 millions de dirhams, relatifs aux cinq programmes de l'INDH, à savoir le programme de lutte contre la pauvreté en milieu rural, le programme de lutte contre la précarité, le programme transversal, le programme de lutte contre l'exclusion sociale en milieu urbain et le programme de mise à niveau territoriale.

Mais cela reste insuffisant. Des sommes d'argent versées ont été parfois investies dans des projets non créateurs d'emploi. Quel serait donc le sort de ces êtres innocents et pauvres sans diplômes, dans un pays ou des titulaires de doctorat en différentes spécialités reçoivent des coups et blessures devant le parlement lorsqu'ils manifestent?

Cette région serait-elle donc condamnée à un taux recrudescent de pauvreté et du chômage dans le moyen et long terme? À une criminalité et un taux de mendicité élevé, vu les problèmes de déperdition d'abandon scolaire, et d'absence de grands chantiers qui absorberaient ces gens "perdus"? Des fléaux graves dont souffraient déjà les ménages en milieux urbain et rural.

Dans l' imaginaire de certains Marocains méprisants et arrogants, il s'est constitué un stéréotype immuable, selon lequel des personnes pauvres devraient être des créatures plus misérables que les personnages figurant dans le roman de Victor Hugo. Leurs besoins devraient se limiter à manger du pain et à boire du thé de mauvaise qualité. Les détenants de cette mentalité arriérée refusent tout changement et travaillent pour leur propre intérêt. Ils sont capables de marginaliser tout le monde pour vivre eux seuls, dans l'opulence. Mais il faut leur rappeler que tout s'effondrera dans un court laps de temps...

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