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A Demnate, quand la femme étouffe...

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DEMNATE
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SOCIÉTÉ - Dans notre ville meurtrie de Demnate, petite ville historique située dans la province d'Azilal, oubliée et marginalisée, il y a une privation et une confiscation flagrantes du droit de la femme de bénéficier de l'espace public qui lui permettrait pourtant d'échapper à la routine et à la monotonie de la vie.

Cela constitue, sans doute, une injustice palpable et inacceptable à l'égard des femmes. Cette injustice est créée, d'une part, par un héritage sociétal conservateur qui est à son tour exposé aux coups forts d'un changement social qui le rend de plus en plus fragile. Et d'autre part, par le délaissement de l'Etat de cette ville malade à la merci de certains responsables indifférents qui continuent à l'affaiblir...

Le poids lourd des coutumes, le sentiment exacerbé de virilité et d'autorité, le non respect et le harcèlement exercé sur la femme par certains individus mal élevés dans les lieux publics sont autant de facteurs négatifs qui engendrent, automatiquement, un sentiment de non soulagement chez la femme en tant que victime et aussi chez l'homme demnati en tant que mari, père ou frère.

Malgré le vacarme et le manque de confort, l'homme réussit à se faire une place dans un café, alors que la femme est "jetée à la rue", elle erre dans l'unique "boulevard" et dans les ruelles étroites de notre petite ville.

Condamnée à une errance imposée, quand elle se sent fatiguée, elle s'assoit n'importe où. Sur les murailles d'un ancien jardin dénaturé à cause des conflits politiques, ou sur celles construites pour protéger quelques trottoirs. Tu peux voir aussi des femmes assises en groupe ou en famille sur les escaliers de certaines administrations ou de maisons.

Sortir, pour la femme demnatie, ne consiste qu'à "faire bouger ses pieds" expression usuelle chez nous. C'est-à-dire courir dans les petites ruelles du Mellah, aller et venir dans un trajet circulaire et à force de le parcourir, ressentir le vertige à cause de la petitesse et de l'imperfection de ces rues...

Si ce sentiment d'étroitesse étouffe déjà l'homme, pourtant libre d'aller là ou il veut, que dire d'une femme contrôlée et condamnée à se déplacer quotidiennement dans une grande clôture? Si l'espace public est une chose qu'on partage tous, les femmes devraient avoir droit à une grande part parce qu'elles sont prisonnières dans leurs propres maisons toute la journée.

Pour ces raisons, la femme demnatie ne mérite-t-elle pas un espace, un grand jardin ou un parc qui l'accueille et l'honore? Il y a une vingtaine d'années, ce problème ne se posait pas avec cette acuité. Car Demnate toute entière était un vaste jardin, les habitants en bénéficiaient en absence totale de ce sentiment d'insécurité qui règne ces jours-ci. Les femmes sortaient en famille en toute liberté et faisaient des pique-niques en pleine nature et personne ne les dérangeait.

Aujourd'hui, l'augmentation de la population a contribué à la disparition des espaces verts, au rétrécissement de ce grand jardin et à la montée de la criminalité. Les criminels se sont appropriés les champs et les lieux les plus fréquentés par la population depuis des années et empêchent les habitants d'en bénéficier... Il est grand temps de penser à trouver des solutions!

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