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L'adieu au Professeur Habib Attia

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C'est avec les larmes aux yeux et beaucoup de recueillement que nous rendons un dernier adieu au grand professeur, au chercheur infatigable, et au militant pour la liberté, la démocratie et la justice sociale que fut l'éminent Habib Attia.

Au nom des générations d'étudiants que tu as formés et des collègues que tu as côtoyés, après ton retour de France, là où tu es passé, au Lycée Khaznadar, où tu as commencé ta longue carrière dans l'enseignement à l'École normale supérieure, puis à la Faculté des Sciences humaines et sociales de Tunis et à la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités de la Manouba, où tu l'as poursuivie, je salue un grand homme qui a tant donné pour son pays dans l'enseignement, dans la diffusion du savoir géographique et dans le renouvellement de la réflexion sur le développement en général et sur le développement régional, en particulier.

Je me recueille devant ta dépouille en compagnie de tes amis et compagnons, des membres de ta famille, des camarades qui étaient au fait de ton parcours de militant pour l'indépendance l'émancipation de la Tunisie au moment où tu avais choisi dès ta prime jeunesse d'adhérer au Parti communiste tunisien, là où tu t'es illustré par tes idées innovantes. Au lendemain de l'Indépendance, tu as fait partie du groupe des intellectuels qui ont appelé à venir à bout du repli, à mettre en œuvre le changement et à l'ouverture sur toutes les forces nationales.

Nous avons rendu, ces derniers temps, avec une grande affliction et une immense douleur, un ultime adieu à deux grandes figures de ta génération: le professeur Taoufik Baccar et le militant Abdelhamid Ben Mustapha. Tous deux ont, comme toi, soutenu l'enracinement de l'idée d'une conciliation entre l'engagement pour les valeurs de justice sociale et l'adhésion aux causes nationales. C'est la raison pour laquelle tu as gagné la confiance de tes camarades et que tu as appartenu, depuis le Congrès de 1957 et pour de longues années, à la direction du parti.

Dès l'annonce de la nouvelle de ton décès à Paris, tes camarades du parti Al Massar (La Voie démocratique et sociale), l'organisation politique qui a choisi, dans le contexte de la Tunisie d'aujourd'hui, de préserver le patrimoine à la constitution duquel tu as œuvré là où tu es passé, qu'il s'agisse du champ du savoir, de la recherche ou de la politique, ont publié un faire-part pour te rendre l'hommage que tu mérites.

L'Université tunisienne te sera toujours fidèle et reconnaissante pour les efforts que tu as consentis, du fait de ton appartenance à la génération des pionniers dans le domaine de la géographie avec toutes ses branches.

Les chercheurs se souviendront de toi comme d'un pionnier dans la recherche sur le développement régional, là où tu as consacré de longues années à l'étude des steppes et où tu as connu tous les détails relatifs à la vie de leurs habitants grâce aux études sur le terrain en compagnie de tes étudiants et trouvant des solutions spécifiques aux problèmes des régions steppiques.

Nul ne conteste que tu as été l'un des premiers à avoir plaidé l'ouverture de l'Université sur son environnement social et économique au sein du Centre d'études économiques et sociales ( CERES) où tu as joué un rôle fondamental pendant les années 60 du siècle dernier. Tout le monde a remarqué à quel point tu étais acquis aux idées du progrès et de la démocratie et ta détermination, avec une pléiade d'intellectuels universitaires, comme Salah Garmadi, Taoufik Baccar, Hichem Skik, Ali Mtimet, Jounaidi Abdeljawad et bien d'autres, à raviver la flamme de la pensée progressiste et communiste malgré l'interdiction par le pouvoir de ton parti. Tu as été victime de la répression et les tracasseries à cause de cette persévérance si bien qu'en 1968, tu as même été « enlevé » avec le Professeur Zouhir Essafi et subi la torture et les ennuis.

Malgré ton exil en France pour éviter les persécutions et les ennuis et continuer la recherche dans des centres mondialement réputés comme le CNRS sous l'aile tutélaire de l'éminent professeur Jean Dresh tu n'as jamais été éloigné de la Tunisie. Tu n'as jamais cessé de présenter des études et de proposer des solutions, pour participant par ton expertise à l'élaboration des plans de développement chaque fois que tu étais sollicité.

Tu n'as jamais cessé de prodiguer à tes camarades ton aide morale et matérielle à chaque opportunité. Tu as fait partie, à ce propos, après la Révolution, de la Commission économique du Parti Attajdid et tu as contribué à la préparation de son programme lors des élections de l'Assemblée nationale constitutionnelle en 2011.

Nous rendons un dernier adieu à ta dépouille, mais tes idées vivront en nous et parmi nous.

Nous rendons un dernier adieu à ta dépouille mais l'Université tunisienne ne t'oubliera pas, le mouvement démocratique et social non plus.

Nous nous consolons de ta perte grâce au bon souvenir que tu as laissé auprès de tous ceux que tu formés, de tous ceux que tu as connus. Notre consolation vient aussi du savoir que tu as produit et des recherches que tu as publiées au service des causes de ton peuple et de ton pays que tu as aimé et dont la terre accueillera ta dépouille.

En mon nom personnel, au nom des universitaires tunisiens, de tes amis et de tes camarades du parti Al Massar, au nom de toute la famille nationale et démocratique, je présente mes chaleureuses condoléances à tous les membres de ta famille et en particulier à Mme Monique Attia ta compagne et à ton fils Sami.

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