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Quand la dignité de la Tunisie est bafouée

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J'ai appris à travers la presse que le gouvernement suisse vient de remettre à la Tunisie l'équivalent de 500.000 dinars tunisiens comme avance sur une hypothétique restitution de biens spoliés saisis en Suisse. Tout ça pour ça!!!

Après cinq ans de procédures et d'actions en justice, voilà ce que nous récoltons. Assurément moins, j'en suis convaincu, que le montant des frais en procédures engagées. Et nous sommes en droit d'en connaître.

Le citoyen tunisien que je suis est révulsé. En est-on réduit à cela?

Comment peut-on tomber si bas et accepter autant de mépris? Où est notre sens de l'État et notre dignité? Comment peut-on permettre à un État, qui plus est pas si innocent que cela, de se dédouaner à si bon compte en nous jetant ce montant ridicule? C'est quasiment de l'aumône.

A t-on perdu tout sens de la mesure et toute estime de soi? Comment peuvent-ils oser le faire?

Et pourtant, ils l'ont fait, sûrs qu'ils étaient que face à un exécutif timoré il n'y avait aucun risque de sursaut d'orgueil.

L'attitude digne d'un État qui se respecte et qui a le souci du statut de ses citoyens commande que l'on rejette avec fermeté ce genre d'offrande, que l'on demande réparation pour l'offense et qu'on le fasse savoir au monde entier pour que cela ne se reproduise plus.

Notre statut en tant que pays libre, fier de ce qu'il est et de ce qu'il représente, respecté et respectueux des autres sont à ce prix.

Il est clair que cette question doit être située dans un contexte plus large, celui de la récupération des biens mal acquis et de manière générale celui de la gestion des biens confisqués en Tunisie.

Cette "mésaventure" est symptomatique de la légèreté avec laquelle ce dossier a été géré et a manqué cruellement de vision, de stratégie et de plan d'actions.

L'inconséquence des politiques

La responsabilité en incombe d'abord et toujours au politique qui n'a pas su apprécier cette situation à sa juste valeur et a été incapable d'en mesurer les enjeux.

Les uns et les autres se sont contentés d'effets d'annonces, de montants fantaisistes et complètement loufoques sans aucune estimation sérieuse de personnes ou structures autorisées et encore moins d'indications sur les voies et moyens qui seraient utilisés pour les récupérer.

Résultat, cinq ans après rien n'a été récupéré. A qui la faute? Qui n'a pas fait diligence et assumé les devoirs de sa charge? A-t-on mis les moyens qu'il fallait en termes de budget, d'expertises nationales et internationales pour identifier, pister et confondre les contrevenants?

Tout le monde savait que ce genre de missions relevait du travail de cabinets spécialisés avec des équipes de juristes, de personnes issues du renseignement, de détectives et de deal makers rompus aux exercices de montage et de travestissement de transactions.

Cela a-t-il été fait? Qui plus est, et vu le capital sympathie dont bénéficie la Tunisie, des concours auraient pu être sollicités de structures officielles et associatives.

D'où le problème de la redevabilité (accountability) des politiques qui est un des fondamentaux de la bonne gouvernance et de l'Éat de droit. Les politiques doivent s'en expliquer et dire à l'opinion publique la réalité des choses. Faire leur mea culpa si nécessaire pour avoir nourri tant d'espoirs déçus.

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