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L'activiste, le morceau de pain et la touche de clavier

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Ghita El Bouamri
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Le statu quo est une bizarrerie beaucoup plus ancienne que le plus ancien métier. Une bizarrerie paralysante, engourdissante et addictive. Est-ce bien de prétendre de ne pas y être accro? Nous vivons une époque où tout est rapide sauf le changement social. Malgré les efforts de quelques individus, il y a une force résistante qui oeuvre pour maintenir le statu quo. Quelle résistance dites-vous? Le gouvernement sous toutes ses formes y participe: l'absence de législations et d'initiatives efficaces, la répression policière, le système judiciaire archaïque et des politiques incohérentes.

Mais il y aussi une résistance citoyenne, surtout sur Internet. Dans les commentaires, on trouve toujours un groupe de personnes qui n'arrive pas à saisir que des citoyens et citoyennes qui s'indignent ou manifestent ne sont pas forcément des marionnettes de l'Algérie, de l'Occident ou des Franc-Maçons. Et une seule touche de clavier est obstacle avant qu'il n'annulent les efforts de leurs courageux concitoyens.

Au Maroc, les notions d'activisme et de citoyenneté sont tellement mal comprises que pour certains, elles sont opposées. Pour un pays où l'on est fier d'être indépendant grâce aux sacrifices de la résistance, on a oublié ce qu'est l'activisme. L'époque de la révolution du roi et du peuple est révolue. Même celle de la révolution du peuple l'est. Il serait temps de réaliser que ce qu'il nous faut, c'est une révolution citoyenne et entrer réellement dans une ère de revendication, de rectification et de volition.

Cher.e.s lecteurs et lectrices, oubliez ce que vous savez. Prenez un moment. Respirez.

Et lisez.

Je me souviens d'une après-midi ensoleillée, à Marrakech. J'avais peut-être 6 ou 7 ans. Devant l'immeuble de ma grand mère, je suis assise sur un banc. Je me souviens de mon oncle, qui avait à peu près 18 ans, criant "démocratie" en arabe dans la rue avec ses amis. Ça m'a profondément marquée. Parce que je n'avais pas la moindre idée de ce que ce mot qui avait l'air compliqué voulait dire. Sûrement quelque chose de bien. Après tout, pourquoi mon oncle et ses amis souriraient en clamant ce mot, si ce n'est parce qu'ils étaient contents de cette chose appelée démocratie?

J'ai grandi depuis. J'ai aussi appris, réfléchi et, j'espère, mûri. Ce mot est une farce. Parce qu'il n'y a rien derrière. C'est une promesse. Une promesse irréaliste. Parce qu'on croit que le concept tout seul est une fin en soi. La démocratie n'est qu'un outil et non une politique ou idéologie.
La démocratie que mon oncle imaginait quand il souriait n'est peut-être pas celle dans laquelle il vit maintenant. Et je pense savoir pourquoi.

Simplement parce que l'imaginaire collectif marocain a tendance à rejeter tout ce qui va à l'encontre du statu quo. Y compris les activistes, qu'ils soient sympathiques ou non.

Heureusement, les activistes n'en ont rien à faire de ce rejet. L'activiste est cette personne bornée, franche, rouspétante, dérangeante et scandaleuse. Elle ne s'intéresse pas à ce que l'on pense d'elle. Son but est de pousser les gens et le gouvernement à repenser certains aspects de la politique actuelle.

L'activiste essaie généralement d'aider et d'améliorer sa société. On lui dira parfois que tout ce qu'il dit c'est bien, mais que les gens ont de plus grands problèmes... Un autre oncle plus vieux me dit une fois dans un débat enflammé en arabe: "penser est un luxe". Faux. Ne pas penser est un luxe.

L'excuse du morceau de pain surgit, et pas de nulle part, à chaque fois que quelqu'un -l'activiste- pousse la pensée un peu plus loin que la fois précédente. Le peuple a tout délégué, sa gouvernance, son cerveau et son libre arbitre. Il y a de l'espoir néanmoins car dernièrement, nous revendiquons ce qui nous revient de droit.

Si l'internaute marocain lambda devient un substitut de la police sur les médias sociaux, en critiquant la forme au lieu de se pencher sur le fond, pour qui oeuvrent ces activistes au juste? Le travail des autorités est d'enquêter, le travail du peuple est de contribuer à sa propre liberté. Le peuple chôme, au sens propre et au sens figuré.

Utilisez vos commentaires, chers lecteurs et chères lectrices, comme armes contre l'injustice et comme tremplin vers la liberté. Et non en harangues horripilantes et automatiques contre ceux qui veulent améliorer notre pays et qui sont, comme vous, des citoyens. Cela ne sert à rien.
Les activistes ne sont pas vos ennemis, c'est simplement qu'ils vous dérangent. Mais... pourquoi vous dérangent-ils autant? Que changeriez-vous à leurs méthodes? Et surtout, pensez-vous les comprendre?

N'hésitez pas à commenter, longuement expliquer vos idées et partager cet article. J'essaierai de commencer une série de tribunes sur cette problématique afin de comprendre et de répondre à tête reposée à autant d'arguments que possible. Commençons ensemble un débat sincère qui, je l'espère, durera tout le temps qu'il faudra et se finira par une belle initiative citoyenne.

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