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Mon histoire avec le voyage ou comment je suis sortie de ma zone de confort

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VOYAGE - Pour commencer, permettez-moi de définir une zone de confort. Une zone de confort, c'est tout ce qui vous est familier. L'ensemble des habitudes, activités et lieux qui vous procurent inconsciemment de l'aise et du confort. Sur le sol de votre pays, entourés de votre famille et vos amis, vous vous imagineriez rarement ailleurs, dans une terre lointaine et étrangère.

Ce n'était pas facile pour moi de laisser derrière moi une mère chaleureuse, un ami plus qu'un père, une sœur et un frère qui grandiront loin de mes yeux. Tout me manquait, ma chorale, mes randonnées en famille et les tajines délicieux de ma grand-mère, mais j'ai pourtant réussi à le faire et dans les plus belles des façons. Si moi, jeune fille de 20 ans, j'ai bien su m'en sortir gagnante, c'est que vous le pouvez aussi. Je suis confiante que ni l'âge ni le genre ne représentent une limite pour un esprit libre et aventurier.

Mettre les pieds en dehors de cette zone est une décision certes délicate mais agréable. C'est humain et compréhensible de craindre l'abstrait, l'échec et les jugements mais, croyez-moi, cette décision courageuse marquera votre vie pour toujours. Cette transition m'a permis de voir un monde différent. J'ai comme impression d'être moins vulnérable face à l'échec et aux jugements.

Qui aurait cru que j'en serai arrivée là un jour? Je suis convaincue qu'il n'y a meilleure école que la vie et qu'il n'y a plus dures épreuves que celles qu'elle nous fait subir chaque jour. J'ai dû endurer des choses quelques fois joyeuses et d'autres moins. J'ai reçu quelques coups durs et je suis souvent tombée bas pour pouvoir me relever beaucoup plus forte et souriante.

S'il y a une chose que je ne regretterai pas un jour, c'est bien d'avoir fait du voyage non pas une mode mais un style de vie.

En disant voyage, je n'ai nullement en tête Rome, les Maldives ou la Thaïlande. Il y a tellement de coins à découvrir au Maroc et tellement d'activités à faire. Et puis, la méditation est, en soi, un voyage spirituel.

On me dit très souvent: "Tu as eu beaucoup de chance et de moyens pour pouvoir visiter tous ces pays". Pourtant, je ne crois pas en la chance. Je ne crois qu'au travail et à la motivation. La chance ne viendra vers toi que si tu la provoques toi-même.

Concernant le financement des voyages, d'autres rajoutent: "Il est plus facile de travailler tout en étudiant à l'étranger plutôt qu'au Maroc". Je ne suis que partiellement d'accord avec cela. Certes, au Maroc, les emplois à mi-temps se font rares mais cela reste possible. Nombreux sont les jeunes marocains et marocaines qui étudient et travaillent en même temps.

À mon sens, l'obstacle est un terme purement philosophique et qui ne dépend que de notre propre définition de la chose. Selon moi, "vous êtes votre plus grande limite!"

Je vous ai gardé deux beaux témoignages pour la fin. Smail, un Marocain de 23 ans. Surfeur et professeur de yoga, en voyage autour de l'Afrique, et Tomas, 32 ans, de la Slovaquie. Nomade depuis plus de 8 ans.

- Smail nous parle de son voyage autour de l'Afrique et ce qu'il pense de la zone de confort: "Cela fait 6 ans que je pars en voyage pour surfer autour du monde. Je travaille généralement avec mon père dans un restaurant pour une durée de 6 mois et je voyage le reste du temps.
J'ai visité plusieurs destinations mais je suis particulièrement tombé amoureux de l'Indonésie. À présent, je suis en voyage autour de l'Afrique. J'ai décidé de parcourir mon continent et le berceau de l'humanité. J'en profite également pour apporter de l'aide aux régions démunies en installant des filtres pour une eau propre et potable.
Ce qu'il y a de plus magique ici, c'est la bonté des gens. Ils ne quittent jamais leur joie et leur sourire. Ils fêtent la vie chaque jour comme il le faut. En allant au Libéria, je ne savais pas trop les risques que je courais: Ebola, malaria et d'autres virus.
Un jour, et après deux semaines à surfer près de la jungle, je me suis senti très fatigué, j'arrivais à peine à marcher. Les signes étaient malheureusement ceux de la malaria. Je me suis fait hospitaliser d'urgence à Accra. Je vais mieux à présent, je suis récemment sorti de l'hôpital. J'en profite pour me remettre.
Pour ce qui est de mon voyage en soi, je n'ai pas vraiment eu de transitions brusques depuis mes 12 ans. À cet âge-là, je prenais déjà la route. J'ai toujours eu un amour particulier pour le voyage et l'aventure. Ceci m'a beaucoup aidé à forger ma personnalité mais j'ai été chanceux de ne pas tomber sur de mauvaises personnes.
Malgré ce que j'ai dû endurer au cours de ce voyage en Afrique, je n'ai pas de regrets et je suis sûr de ne jamais en avoir. L'Afrique est à prendre avec ses galères et ses maladies. Sa joie et ses souffrances. Tout ceci fait de nous ce que nous sommes. Il est très important de sortir de sa bulle et d'aller à la découverte du monde."

- Tomas partage également avec nous son histoire avec le voyage et sa sortie de sa zone de confort: "Je viens de la Slovaquie. J'ai 32 ans et je suis marié depuis presque 5 ans. Ma première aventure en temps que nomade date d'il y a 12 ans. Après l'école et l'armée, j'ai difficilement pu trouver du travail car j'ai refusé de travailler pour le gouvernement. Je ne suis pas le genre de personnes à subir des ordres à longueur de journée, je ne voulais pas être l'homme au pistolet non plus. J'ai donc postulé partout, pour être enfin embauché en République tchèque, pas très loin de chez moi.
J'ai toujours eu cette envie de voyager depuis tout petit. À 6 ans, quand on me demandait quel était mon rêve le plus fou, je répondais: parcourir le monde pour enfin, m'installer dans son coin le plus beau.
Donc Prague fut ma toute première destination. Et c'est là où l'aventure a démarré et mon amour pour le voyage a commencé à grandir et à évoluer.
Après quelques années à Prague, mon colocataire français et moi-même avons décidé de revenir chez nous. Cette fois-ci, j'ai été vite embauché par une grande banque et je suis vite devenu l'un des banquiers les mieux payés dans la région. J'ai fait une très bonne carrière dans un laps de temps très court. En bref, ma zone de confort grandissait. Comment laisser tomber tout ceci et recommencer à zéro dans un autre pays lointain?
La situation devenait de plus en plus complexe dans le pays, le système monétaire aussi et surtout, mon rêve de petit garçon que je voyais partir. Un jour, en me regardant dans le miroir un matin, je me suis décidé à tout vendre et partir. Aujourd'hui, et après 8 ans de voyage, j'en parle avec beaucoup de joie et de fierté. Je n'aurai jamais été le même sans ce style de vie qui fait tout mon bonheur et ma stabilité. J'ai croisé ma femme en Inde. Il s'est avéré qu'on vient non seulement du même pays et de la même ville, mais aussi du même quartier. Elle aussi avait décidé de partir à la découverte du monde. On fait notre vie, en attendant des enfants nomades aussi".

L’avenir est incertain. Je ne sais si j’existerai demain mais je suis vivante aujourd’hui alors j’en profite. En m’éloignant, je suis bien consciente de ce que je laisse derrière moi mais je suis encore plus consciente de la valeur de ce que je rate en m’enfermant chez moi.

Je vous propose d'aller à la découverte de vous-même: mettez-vous à l’épreuve! Et sachez que votre sortie de la zone de confort peut vraiment se faire tout en étant au Maroc.

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