Huffpost Maroc mg
LES BLOGS

Des points de vue et des analyses approfondis de l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Ghadir Elidrissi Raghni Headshot

"Oups, je t'ai pris pour un morceau de viande qui bouge, jeune fille!"

Publication: Mis à jour:
MANIFS
DR
Imprimer

HARCÈLEMENT - Il m'a suivie tout au long de la route, toute la journée, du matin au soir. En allant au travail et en mangeant mon sandwich à midi, il était toujours là. Même la nuit je l'entendais encore me chuchoter à l'oreille: "zine manchoufouch". Je n'arrivais pas à dormir à force d'y penser. Il est blanc ou noir, gros ou maigre, grand ou petit de taille. Je ne sais plus s'il est jeune ou vieux. Mais il est partout. Il me dégoûte. Je n'ai même pas besoin de te l'introduire jeune fille ou femme, tu le connais déjà, aussi bien que moi.

Cette ombre qui te traumatise, ce regard qui te met mal à l'aise en marchant dans la rue. Il ne te complimente pas mais te harcèle! J'ai peur qu'on me regarde, peur de mettre ma jolie robe bleue fleurie, ma jupe noire et mon nouveau jean. J'ai peur de me faire belle. Je ne sais plus quoi porter ni comment me comporter dans la rue. Il n'y a pas pire que de se sentir comme une chose.

Assis dans sa voiture, la cigarette à la main, il me regarde passer et descend sa vitre pour me faire un clin d'œil et m'inviter à monter. Il a l'âge de mon père, ou de mon grand-père, peut-être! J'ai envie de m'arrêter et de lui crier au visage: "Laisse-moi tranquille! N'as-tu pas de fille, de femme, de sœur ou de mère?" Je sais qu'il ne me trouve pas belle ni attirante. Je sais ce qu'il veut. Maintenant, ce que j'essaie de comprendre c'est "pourquoi?" et "que faire?".

Pourquoi devrais-je me sentir ainsi mal à l'aise une fois dehors? Devrais-je rester chez moi et m'enfermer pour éviter ces remarques désobligeantes? Eh bien NON. Je refuse de céder, et si j'en parle aujourd'hui, c'est bien pour changer quelque chose. Je sais que je ne suis pas la seule à en souffrir, des centaines de filles éprouvent chaque jour le même sentiment, mais nous n'en parlons pas assez. Plusieurs sont malheureusement harcelées non verbalement mais physiquement. C'est si fréquent que c'est devenu presque normal alors que ça ne l'est pas.

Je l'ai réalisé en rentrant chez moi au Maroc après une année à l'étranger. Il suffit de quitter le pays pendant un temps pour réaliser à quel point les choses vont mal. Un patriarcat bien ancré qui ne permet, malheureusement, aucun épanouissement personnel, social ni même politique pour la femme marocaine.

Je n'en veux pas à cet enfant qui a ouvert les yeux dans cette société et à qui on n'a point expliqué ce qu'est une femme et ce qu'est le respect d'une femme. J'en veux plutôt à ses parents et son école qui sont passés à côté de l'une des valeurs les plus importantes à transmettre et enseigner: le respect.

"Si seulement j'étais un garçon!", ai-je entendu dire, pas une fois, ni deux, ni trois. Beaucoup plus. Même moi je l'ai pensé un jour. Je ne croyais plus en la noblesse de la féminité pendant un moment, mais ce fut une erreur, un manque de confiance en soi et une faiblesse qu'ils veulent nous faire subir. Je sais à quel point la femme marocaine est forte et courageuse.

C'est bien à elle de changer la société et de transmettre ses valeurs les plus nobles à ses enfants. J'estime qu'elle est capable de mettre un terme à cette situation pitoyable avec toute l'élégance du monde. Une éducation réussie afin de changer le destin misérable d'une société. Nous sommes tous et toutes féministes. Si nous ne sommes pas une femme, nous avons certainement des femmes dans notre entourage que l'on aime et qu'on tient à protéger.

Respectons cette femme qui nous a donné la vie ou qui nous donnera des enfants. Il y a mille et une jolies manières de s'adresse à une fille, mais pas en l'insultant, ni en la collant.

LIRE AUSSI:
Close
Manifestation à Casablanca en soutien avec les filles arrêtées à Inzegane
sur
Partager
Tweeter
PUBLICITÉ
Partager
fermer
Image affichée