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À partir de combien d'attentats la guerre commence-t-elle?

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POLIZEI
FABRIZIO BENSCH / REUTERS
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De Berlin, où un camion noir a foncé sur le marché de Noël, nous parviennent de très sombres images. Des stands en miettes, des corps déchiquetés, des sirènes de police là où résonnaient, quelques instants auparavant, les chants de Noël. Le bilan provisoire est de douze morts et quarante-huit blessés. Selon un message de la police de Berlin, publié sur Twitter, les "enquêteurs estiment que le poids lourd a été dirigé intentionnellement sur la foule venue se promener dans le Marché de Noël de la Breitscheidplatz".

L'événement s'inscrit dans une série de désastres mondiaux. Les déclarations stupéfaites et consternées se succèdent, à intervalles de plus en plus court, depuis assez longtemps. On se joint au deuil des proches, on condamne l'acte en lui-même, on s'évertue à l'expliquer. Les lieux changent, le désarroi demeure.

À partir de combien d'attentats la guerre commence-t-elle?

Nous ne pourrons jamais nous habituer à cette nouvelle normalité. Que valent encore les sapins de Noël décorés quand, sous leurs branches, s'étalent non pas des cadeaux mais des cadavres? À partir de combien d'attentats la guerre commence-t-elle? En sommes-nous encore les spectateurs, où déjà partie prenante?

En des jours meilleurs, nous savons tous que l'histoire de l'humanité est l'histoire du progrès. Même en ces heures fatidiques, au cours desquelles un ambassadeur a succombé à ses blessures à Ankara et un Marché de Noël a été attaqué à Berlin, nous sommes condamnés à l'optimisme. Nous savons pourtant que le chemin vers la lumière passera nécessairement par de sombres catacombes. Là-dessous, on n'entonne pas de chants religieux.

L'attentat sur le Marché de Noël de Berlin, devant l'Église du Souvenir de l'Empereur Guillaume, deviendra l'emblème d'une nouvelle éclipse de la civilisation. De nouvelles folies poussent dans l'ombre des anciennes. Près du clocher en ruine, qui nous rappelle les bombardements sur la ville, se trouve un camion qui a été transformé de sang-froid en instrument de mort.

La guerre est désormais une guerre de disruption, mais le gouvernement ne suit pas.

Le gouvernement achète des drones et des avions de combat pour combattre non pas le terrorisme mais son propre sentiment d'impuissance. Il cherche à nous impressionner, faute d'impressionner les auteurs des attentats. Car ceux-ci se déplacent d'un front à l'autre plus vite que les écureuils entre les arbres du parc municipal. Ceux qui trouvent trop compliqué de placer une bombe dans un sac à dos n'ont qu'à s'asseoir dans la cabine d'un camion. La guerre est désormais disruptive, mais le gouvernement ne suit pas.

La mèche brûle. Elle serpente d'Alep à Nice, de Nice à Berlin, et nous ne savons pas si quelqu'un trouvera la force politique de l'écraser à temps. Nous n'avons même pas commencé à dénouer l'écheveau de la myriade de terroristes et de leurs motivations. Beaucoup ont le sentiment d'être les spectateurs de leur propre biographie. La chance, à notre époque, consiste à se trouver au bon moment sur le mauvais Marché de Noël.

La chandelle de l'espérance ne s'est pas éteinte hier soir. Mais sa lueur a commencé à vaciller.

Ce blog, publié à l'origine sur Achgut.com et repris par le Huffington Post allemand, a été traduit par Fast for Word.

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