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Ce que la science dit sur les aliments bio

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BIO FOOD
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"Ce n'est pas pour rien que je cite majoritairement des méta-analyses (c'est à dire des combinaisons statistiques de toutes les études réalisées sur un même sujet) plutôt que des études spécifiques. Il y aura toujours des études positives et d'autres négatives... mais c'est seulement quand on intègre l'ensemble des données disponibles, et qu'on les interprète avec prudence, qu'on peut en conclure quoi que ce soit", écrit sur Facebook Olivier Bernard, dit le Pharmachien.

Je ne suis pas agronome, ni chimiste ou médecin, mais je suis un professeur de philosophie qui enseigne l'autodéfense intellectuelle à ses étudiants. L'un des principes de l'autodéfense intellectuelle consiste à savoir reconnaître par soi-même quelles sont les études scientifiques fiables pour ne pas se laisser piéger par des stratégies marketing. La mode du bio est l'un de ces pièges qui peuvent vous coûter cher. Car bien qu'un produit bio puisse avoir certains avantages, il n'est pas aussi vertueux que son étiquette "bio" et son prix plus élevé peuvent le laisser croire.

En effet, lorsqu'on prend la peine de lire et de comprendre sans préjugé les études scientifiques sérieuses publiées sur le sujet, on découvre qu'il n'existe pratiquement aucune étude scientifique prouvant que le bio est meilleur pour la santé du consommateur. Et contrairement à ce que certains illuminés peuvent penser, ce n'est pas là l'œuvre d'un vaste complot organisé par l'industrie pétrochimique. Tout en restant très vigilant, il est plus raisonnable de présumer que la majorité des scientifiques est de bonne foi.

Une méta-analyse de plus de 150 études, publiée en Allemagne en 1997, a montré qu'il n'y a pas de différence significative entre la valeur nutritionnelle des aliments bio et ceux issus de l'agriculture conventionnelle.

En 2003, l'Agence française de sécurité sanitaire a produit une méta-analyse en compilant des milliers de références provenant du monde entier. Conclusion: il y a très peu de différences entre les produits issus de l'agriculture conventionnelle et ceux de l'agriculture biologique. Il y a un peu moins d'eau dans les légumes et les fruits bio, un peu moins de nitrates en raison de l'utilisation restreinte de produits chimiques, quoique certains engrais naturels autorisés contiennent beaucoup de nitrates. Il y a un peu moins de pesticides aussi, bien que le cuivre de la bouillie bordelaise, un pesticide autorisé pour culture biologique de la vigne, puisse être toxique pour l'humain à partir d'une certaine concentration (culture biologique ne veut pas dire culture sans pesticides!). En revanche, il y a une différence significative de la quantité de polyphénols.

En l'état actuel des connaissances et devant la variabilité des résultats des études examinées, il ne peut être conclu à l'existence de différence remarquable, au regard des apports de référence disponibles (ANC), des teneurs en nutriments entre les aliments issus de l'agriculture biologique et ceux issus de l'agriculture conventionnelle. Concernant les polyphénols, les études montrent un potentiel intéressant de l'agriculture biologique à prendre en compte dans le cadre de réflexions plus générales sur cette catégorie de microconstituants.

Une étude de 2014 montre effectivement une plus grande présence de polyphénols et une moindre quantité de cadmium et de pesticides dans les produits bio (c'est l'étude qui est souvent citée par les partisans du bio). Cela dit, il a été prouvé que ces variations n'ont aucun effet mesurable sur la santé des consommateurs.

Une méta-analyse de 2012 publiée par des chercheurs de l'université de Stanford confirme celle de 1997: "The published literature lacks strong evidence that organic foods are significantly more nutritious than conventional foods."

Depuis 1997, au moins trois méta-analyses montrent que les aliments bio ne sont pas significativement meilleurs pour la santé. C'est énorme. Il y a bien sûr des études isolées qui soutiennent la conclusion inverse et c'est normal. En science, les consensus absolument parfaits sont rares. Il est raisonnable de s'en remettre au jugement d'une majorité de scientifiques (surtout lorsqu'il s'agit de méta-analyses) de la même façon qu'on devrait faire confiance à son médecin quand son diagnostic a été confirmé par d'autres médecins. Si la grande majorité des études scientifiques réalisées sur la question du rapport entre la consommation d'aliment bio et la santé s'entendent pour conclure que l'effet de la consommation d'aliment bio sur la santé n'est pas significatif, alors il semble rationnel de croire nous aussi à cette conclusion. Pourquoi? Parce qu'il s'agit de l'avis d'un consensus d'experts. Ce n'est pas une confiance aveugle en la science, car avant qu'il soit raisonnable d'accepter un avis d'expert, des conditions doivent être respectées:

  1. L'expert doit être reconnu comme tel par ses pairs.
  2. L'expert doit donner un avis dans son propre champ d'expertise.
  3. L'expert doit être impartial et il ne doit pas y avoir apparence de conflit d'intérêts.
  4. L'avis de l'expert ne doit pas contredire l'avis de la majorité des autres experts du même domaine.
  5. Il faut s'assurer que celui qui cite un avis d'expert le cite correctement. Les gens persuadés d'avoir raison lisent souvent avec un gros marqueur noir pour cacher ce qui pourrait améliorer leurs opinions.

En ce qui concerne les fameux polyphénols, l'important, pour en obtenir l'apport nécessaire, est de manger suffisamment de fruits et de légumes, qu'ils soient bio ou non. En effet, ce ne sont pas les produits biologiques en tant que tels qui exercent une influence significative sur la santé des consommateurs, mais des facteurs associés comme avoir une alimentation plus variée et plus riche en fruits et légumes que la moyenne des gens. Les consommateurs de produits biologiques mangent généralement mieux que la moyenne des gens et font plus d'exercice. Il est donc très difficile de déterminer si leur état de santé est influencé par la consommation de produits biologiques ou par l'ensemble de leurs saines habitudes de vie. Il est prouvé que l'équilibre alimentaire favorise la santé, mais rien à ce jour ne prouve que les produits biologiques soient significativement meilleurs pour la santé.

Ceux qui nous vantent les vertus des produits "naturels" sont rarement capables de nous expliquer la différence entre qui est naturel de ce qui ne l'est pas.

Autrement dit, l'important est d'avoir de bonnes habitudes de vie, que l'on consomme des produits bio ou non. Consommer des produits bio n'est pas forcément bon pour la santé. Mieux vaut manger une grande quantité de tomates cultivées avec des produits chimiques que de manger des frites bio ou fumer du tabac bio (ce tabac est cependant meilleur pour l'environnement et pour la santé du producteur, qui n'a pas à manipuler de pesticides de synthèse). Et gardons à l'esprit qu'un charcutier bio qui refuse de mettre du nitrite dans son jambon peut, malgré toutes ses bonnes intentions, tuer ses clients avec la toxine botulique, un poison mortel tout à fait naturel.

Les partisans du bio veulent nous convaincre que la vie serait meilleure si nous étions plus près de la nature, ils ont une vision aussi idéalisée que naïve de la nature, un peu comme celle de Rousseau au XVIIe siècle: "Tout est bien sortant des mains de l'Auteur des choses, tout dégénère entre les mains de l'homme" (Jean-Jacques Rousseau, Émile, livre premier). J'invite celui qui croit que la Nature fait bien les choses à considérer que le virus du SIDA est un produit 100% bio (je sais que certaines théories conspirationnistes attribuent à des labos du gouvernement américain l'invention du virus du SIDA, mais c'est comme la théorie selon laquelle Jésus de Nazareth est ressuscité).

Ceux qui nous vantent les vertus des produits "naturels" sont rarement capables de nous expliquer la différence entre qui est naturel de ce qui ne l'est pas. La démarcation entre ce qui est synthétique et ce qui est naturel est loin d'être claire. Les produits naturels sont souvent mélangés de façon artificielle par l'homme. Une substance peut aussi être d'origine totalement naturelle, mais être transformée en laboratoire ou mélangée avec des substances artificielles. "Naturel", "bio", les appellations d'un commerce d'indulgences bourgeoises destinées aux biens nantis qui veulent s'acheter une bonne conscience.

Ce billet est également publié sur la version québécoisedu HuffingtonPost.

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7 aliments qui ne valent pas la peine d'être achetés bio
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