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L'État-providence est-il en crise au Brésil?

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DILMA ROUSSEFF
ASSOCIATED PRESS
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Une transformation dans la manière de comprendre les droits sociaux assurés constitutionnellement est en train de se passer au Brésil. De pair avec le drapeau de l'Etat-providence, nomenclature largement connue par les Français, la Constitution brésilienne de 1988 a fait des innombrables promesses aux citoyens: égalité pleine, distribution de richesse et diminution de la pauvreté.

Toutefois, la réalité concrète du pays a toujours été bien plus dure que l'esprit lyrique qu'imprègne la Constitution peut insuffler à première vue. À côté de notre crise politique actuelle, qui a conduit à la destitution de la Présidente Dilma Rousseff, qui attend le jugement définitif de sa procédure d'impeachment au Sénat, une grave crise d'ordre économique vient de frapper à notre porte.

En fonction de cela, en matière de droits sociaux, on raisonne encore une fois à propos de l'effectivité du texte engendré par les constituants, et bien peu à propos des possibilités futures réelles pour concrétiser ces vœux, deux facettes qui se font face dans le scenario de crise.

Si un Français lit notre plan constitutionnel, et s'il considère la réalité brésilienne telle qu'elle y apparaît, il peut croire que nous vivons dans un pays des merveilles. À la fin des années 1980, le pouvoir constituant n'avait que le but ambitieux de transformer le Brésil pauvre en Brésil riche, sans n'avoir, cependant, ni les ressources nécessaires ni une stratégie réaliste pour soutenir les changements voulus.

Après la promulgation de la Constitution de 1988, la relation entre l'argent et la concrétisation des droits sociaux est devenu un tabou au Brésil. Dans ce panorama, la dichotomie entre ceux qui soulignent la nécessité de soutenir les droits constitutionnellement établis et ceux qui dénoncent l'incapacité économique de l'État pour les concrétiser a gagné une dimension effrayante.

Dans le moment actuel de crise, cette rivalité se trouve clairement reflétée par les discours politiques brésiliens. Les partisans de Dilma accusent l'opposition et le Président intérimaire Michel Temer d'avoir une espèce de "plan diabolique" pour détruire l'idéal de l'État-providence au Brésil et les conquêtes sociales acquises au long de notre histoire contemporaine. De l'autre côté, ceux qui constituent l'opposition accusent le Parti des Travailleurs au Brésil (PT), incarné dans les figures politiques de Lula et Dilma, d'avoir construit, d'un point de vue économique, un système de gouvernance publique complètement irréel et irresponsable.

En dépit de ce combat fortement idéologisé, la vérité est que même Dilma, qui réclame la position de porte-parole de la gauche au Brésil, a annoncé, avant d'être destituée de sa fonction présidentielle, l'implémentation inévitable des mesures d'austérité. Sans aucun doute, quelques ingrédients, comme la crise du service public, du régime de retraite, du système de paiement des fonctionnaires, des programmes de promotion économique de l'initiative privée à travers le système bancaire, des programmes d'inclusion et d'assistance sociale, imposeront prochainement des changements sévères dans la manière de penser le rôle de l'État au Brésil.

L'État-providence est-il en crise au Brésil? Si on considère l'État-providence comme l'entité mythique capable de tout promouvoir en termes de droits sociaux, sans rendre compte de ses dépenses d'ordre économique, force est de constater que ce modèle est en crise au Brésil. Cependant, si on considère notre réalité depuis une perspective un peu plus optimiste, il faut reconnaître que, en fin de compte, cette crise a le potentiel de mettre en évidence le problème central concernant la manière de concevoir le rôle de l'État au Brésil: l'opposition, dès le commencement, fallacieuse entre l'intégrité des finances publiques et les droits consolidés dans la Constitution.

La crise économique brésilienne serait-elle capable de réconcilier ceux deux ennemies déclarées? Certainement, l'accord nécessaire entre ceux deux mondes ne consiste point à remplacer la logique des droits sociaux par une logique d'ordre purement économique. Mais il faut considérer, en revanche, que la concrétisation des droits dépend non seulement de la volonté constitutionnelle, mais aussi des politiques publiques intégrées dans la réalité économique de l'État.

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