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Stop! Les femmes ne veulent plus être des victimes!

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DOMESTIC VIOLENCE
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Encore une autre Journée Internationale de l'élimination des violences à l'encontre des Femmes, passée.

Quel bilan et quel résultat des courses?

Une manifestation qui a réuni 2000 personnes à Paris et dans plusieurs villes françaises, quelques communiqués de presse ici et là, quelques conférences de diverses Associations, quelques "statements" des ONG et grandes machines internationales de New York à Genève et après?

Les femmes sont encore et toujours les premières victimes dans le monde et particulièrement en Afrique et dans le monde arabe; du Nord au Sud.

Elles sont victimes d'une violence multifacettes, un menu bien corsé au programme. Mais faut-il rappeler que les origines de la violence proviennent du fait de la domination masculine au sein de nos sociétés. La violence envers les femmes n'est que la traduction du système patriarcal instauré depuis l'époque néolithique. Ceux qui dominent ne reconnaissant pas les autres dans leur différence.

Et cette violence première est la discrimination.

Il y a d'abord les discriminations qui enfantent divers types de violences perpétrées en temps de guerre mais aussi en temps de paix. Des violences qui touchent les femmes d'abord au sein de la famille (harcèlement et violences conjugales, puis au sein du travail: au sein des usines textiles, dans les administrations, ou sur les champs quand elles travaillent dans les zones rurales ou même en détention). Les femmes sont aussi victimes au sein de l'espace public à travers un harcèlement de trottoir comme on l'a vu particulièrement dans plusieurs pays du Maghreb dont la Tunisie, suite à une étude du Crédif sortie en 2016, attouchements sexuels dans les transports en commun comme en Égypte et ailleurs où c'est criant, sans oublier le harcèlement sexuel et les viols qui bien que tabous dans les sociétés "dites" conservatrices sont une réalité aussi très contraignante face à une donne sécuritaire en question post-printemps arabe: tout est prétexte pour faire violence à la femme.

Le bilan n'est pas positif en 2017 pour les femmes du monde et les années qui s'annoncent avec les profonds remous géopolitiques et économiques qui secouent le monde, n'augurent rien de bon pour nous toutes. Les discours et les forums sur les femmes battent leur plein, la théorie de nos droits est là, mais dans les faits rien ne change immuablement. En cette veille de 2018, bien des femmes seront sacrifiées sur l'autel de la globalisation, ou sur celui, tous cultes confondus, d'un intégrisme religieux rétrograde et liberticide; et les violences physiques bien que gravissimes, seront également accompagnées par des violences plus insidieuses car elles seront morales.

Il faut aussi se rappeler que les violences verbales quant à elles, sont tout aussi traumatisantes, humiliantes car elles continuent leur chemin de destruction durables. D'ailleurs, elles sont souvent annonciatrices de violences physiques!

Les femmes restent la catégorie la plus touchée par la profonde crise économique qui secoue notre planète. Et les mouvements de libération qui laissaient entrevoir de profonds bouleversements, n'ont accouché au mieux d'une souris, au pire de monstres. Les suites du Printemps arabe furent désastreuses pour les femmes et les jeunes. Au Sahel, les femmes font aussi face à de nouvelles mouvances rétrogrades qui leur nient tout droit à l'émancipation. Dans le Nord, beaucoup perdent leur emploi et sont livrées à elles-mêmes; et les femmes mères célibataires, qui deviennent légion dans un monde sans repères et en perte de valeurs, sont les catégories les plus fragilisées. Entre le statut de travailleuse pauvre, à celle de RMIste, ou pire de femme dans les rues, les statistiques sont accablantes du Nord au Sud. Mais au-delà des statistiques, il faut voir le désarroi et la tristesse d'un quotidien ou seul un avenir désespérant est perceptible.

Car dans nos sociétés en crise et en perte d'identité, homme, femme, enfant, personne n'est épargné par les violences au sein des sociétés.

Il faudra véritablement "un tsunamis des valeurs" pour inculquer à la matrice, par le biais de l'éducation, des principes citoyens au long cours. Des principes qui devront être inculqués à nos enfants s'agissant du décloisonnement des genres et là aussi, il faudra un gros travail des mentalités. En Afrique, la question du genre était taboue jusqu'il y a quelques années. Ces dernières années, à force de Sommets dont celui de Beijing, amenant des résolutions et l'engagement de certains pays africains, on assiste à des progrès bien que lents.

Ce n'est que depuis peu que l'on commence à accepter que les femmes africaines ne soient pas uniquement des mères procréatrices soumises; leur voix commence à se faire entendre et c'est un progrès indéniable. Les problématiques relatives aux mariages des adolescentes et de l'excision qui perdurent, démontrent cependant les lenteurs du processus!

En ce qui concerne l'excision, l'on recense environ 150 millions de femmes excisées et victimes d'infibulation dans le monde. La France compte 30.000 femmes et jeunes filles excisées. Il y en a 6.000 fillettes excisées par jour dans les États arabes et en Inde.

Une violence sur les femmes que l'on retrouve aussi dans le Nord

Il faut remettre les pendules à l'heure, le Nord n'a pas de leçons de non-violence à donner au Sud.

La violence est persistante envers les femmes malgré les lois en vigueur, dans les pays occidentaux. Et là ce n'est pas une question de religion ou de coutume ou de condition économique car, contrairement à ce que l'on pense, dans le Nord, ce phénomène est endémique.

Encourager les politiques publiques en direction des victimes et prôner la tolérance zéro envers les auteurs des violences, seraient un premier pas. Il faut savoir qu'une femme meurt en France sous les coups d'un conjoint tous les 3 jours.

Alors que faut-il comprendre? Si ce n'est qu'un certain système de fonctionnement de nos sociétés doit être éradiqué. Que le machisme, la phallocratie et le sexisme ont la peau dure en Occident. Parmi les mesures de prévention en France, on prévoit d'améliorer l'accueil, l'accompagnement et la protection des victimes.

Cette année des militantes féministes ont récolté suite à une pétition plus de 700.000 soutiens en ligne, concrétisés par une mobilisation vendredi dernier (journée internationale de lutte contre les violences) avec le hashtag #SoyezAuRdv. Elles réclamaient à Emmanuel Macron un plan d'urgence contre les violences sexuelles afin d'allouer d'importants moyens dédiés à la lutte contre ce fléau. Ces militantes demandent à ce que soit mis en place, un plan d'action de lutte contre les violences sexuelles afin d'éradiquer ce fléau.

Car les chiffres restent accablants, en 2016, 123 femmes ont été tuées par leur compagnon, ex-compagnon ou amant, soit une tous les trois jours, selon le ministère de l'Intérieur. L'Institut national d'études démographiques estime par ailleurs qu'une femme sur sept a subi au moins une forme de violence sexuelle au cours de sa vie.

On voit bien que, partout dans le monde, les actions se multiplient pour donner aux femmes ce qui leur revient de droit: être l'égal de l'homme. Mais le plus important c'est que dans chaque foyer, celle qui est mère, épouse, sœur, fille soit aimée et respectée en tant qu'individu, en tant qu'être humain. Si nous ne réussissons pas à dépasser ce premier stade de la différence liée au genre, comment envisager de combattre les différences de cultures, de religions, de races, de statut social, qui meurtrissent le monde!

Vous pouvez retrouver tous les conseils de Fériel Berraies sur son site. Vous pouvez lui écrire à: fbsophro@gmail.com

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