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Souffrances des infirmières: Casser l'omerta en hôpital!

Publication: Mis à jour:
NURSE HOSPITAL
Regis Duvignau / Reuters
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En septembre 2016 en France, le suicide de 5 infirmières avait mis sous les projecteurs la souffrance morale de cette catégorie de soignants. Plusieurs rassemblements et mouvements de grève d'infirmières avaient depuis éclos ici et là, mais rien de profond en terme de changements. Pourtant, le suicide de cinq d'entre elles, mettait en plein écran les stigmates de la souffrance physique et psychologique de ce personnel médical.

La pression dans les structures hospitalières en France, entre le travail de nuit, les week-end à répétition, les rappels sur les jours de congés, le non-remplacement des absents et des départs en retraite, sont autant d'éléments qui nourrissent la spirale infernale de l'exploitation de cette catégorie en milieu du soin.

Selon des études, 52% des salariés auraient peur d'aller travailler le lundi matin et quand on pense que le stress et la souffrance au travail est à l'origine de 50 à 60% des arrêts de travail, il est clair que nous touchons du doigt un sujet de société qui n'est pas anodin.

De nombreux défis qui doivent nous faire réfléchir sur la sécurité des soins prodigués par ces professionnels de la santé. En partant du postulat bien sûr, que la fatigue du personnel infirmier et leurs conditions de travail déterminerait la qualité des soins prodigués. Il y a une logique dans tout, pour bien traiter un patient il faut que l'accompagnant en soin soit aussi bien traité.
Boucle vertueuse mais qui ne se retrouve pas pour autant.

On parle beaucoup de la souffrance du "patient" ou de son accompagnant (parent, amis) mais peu s'agissant de celui qui l'accompagne et particulièrement pour la catégorie des "infirmières" ou encore les "aides-soignants" en milieu hospitalier, qu'il soit public ou privé.

Pourtant souffrir n'est pas dans le contrat du soignant!

Corvéable à merci, soumis à des horaires sans fins, dispensé souvent de congés à cause de restructurations ou par manque "de postes" à pourvoir et de remplacement, cette catégorie de travailleurs est souvent sur-sollicitée. Et les conséquences en terme de souffrances et de préjudices pour la santé sont importantes, voire criantes.

Des conséquences qui dérèglent profondément la personne en souffrance, en même temps qu'elle désorganise "l'entreprise" de soin dans son ensemble.

Ces situations se retrouvent aussi dans le Sud, dans nos régions et la même pression est exercée, avec des institutions de plus en plus "appauvries" et vétustes suite au post-printemps arabe. Erreurs médicales, infrastructure non adéquates, médicaments en souffrance, matériel périmé, tout est réuni pour rendre la mission du soignant de plus en plus difficile!

Et rien ne lui est pardonné ...

Bien-être en milieu de soin dans un mal être ambiant?

Pour 89% des DRH* le bien-être des salariés est une préoccupation majeure, un facteur de productivité de l'entreprise, ainsi qu'un facteur d'attraction des talents. Dans leur rapport sur la détermination, la mesure et le suivi des risques psychosociaux au travail, remis au précédent Ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité́, le magistrat P. Nasse et le psychiatre P. Légeron recommandent la sophrologie, entre autres techniques de relaxation, pour aider les employés à, je cite: "gérer plus efficacement les exigences et contraintes du travail en améliorant leurs stratégies d'adaptation aux sources de stress ou en renforçant leur résistance au stress en soulageant les symptômes associés au stress". Cette recommandation de la sophrologie par ces deux experts se base à la fois sur l'étude de l'impact du stress sur la performance, réalisée par les Docteurs Yerkes et Dodson, et sur les résultats des différentes expériences d'introduction de la relaxation au sein d'entreprises en France et à l'étranger.

La Sophrologie pour accompagner la souffrance des soignants

La sophrologie est utilisée pour permettre à chacun de rester dans cette zone optimale du stress qui assure la performance et la productivité optimale, bénéfique au collaborateur comme à l'entreprise.

Cette thérapie brève et douce s'adapte et accompagne les troubles en milieu hospitalier.
Car le bienêtre et qualité de vie en milieu hospitalier ne doivent pas être un concept creux et qu'il est impératif que cela ne soit pas du "green washing" pour les RSE, même si pas mal d'entreprises en France et ailleurs, ne l'appliquent pas pour autant!

À rappeler qu'en 2000 une loi avait été établi en France, sur la qualité de vie au travail, suite aux suicides dans plusieurs grandes enseignes. Loi validée par le Ministre de l'époque Xavier Bertrand qui s'attaquait tant aux conséquences psychosociales du travail que les TMS troubles musculo squelettiques dans le cas de la pénibilité du travail. Une responsabilité morale et pénale!

Le bien-être au travail reste l'équilibre entre la sphère professionnelle et la sphère privée et ce sont des attentes légitimes de tout collaborateur et chaque jour, elles sont de plus en plus importantes pour les collaborateurs qui travaillent dans des conditions de "pénibilité" et de sur-sollicitation.

Des heures qui n'en finissent, des repas sautés, des gardes qui n'en finissent pas la nuit, des weekend que l'on finit par repousser à l'infini, dans un climat délétère et de pression continuelle. Beaucoup d'infirmières et d'aides-soignantes se retrouvent dans une pression infernale d'harcèlement moral par le management, incapables de défendre leur "droit" à leur propre bien être. Une ligne qui est souvent dépassée, poussant à des situations extrêmes.

Quand la machine du soin s'enraye

Soigner l'humain quand on est une infirmière, est un boulot non-stop qui finit par nuire à l'écologie du soignant lui même. Mais face à une institution qui reste "aveugle" et hermétique à cette souffrance morale inavouée parfois (peur des représailles et de perdre son emploi) faute de moyens, comment parvenir à rétablir l'équilibre tout en restant dans la performance et l'opérationnalité?

Le burn-out est une réalité très forte et même si les signes annonciateurs sont là, il est difficile parfois de le quantifier, quand est ce qu'on atteint "le point de non-retour" et pour autant, l'institution est-elle prête à l'entendre? Si 20% des infirmiers et 25% des aides-soignants se sentent menacés par le burn-out, un quart et un tiers sont effectivement en état d'épuisement professionnel mais sont, obligés de continuer de travailler.

Comment reconnaitre le burn-out des soignants?

Certains signent ne trompent pas, parmi eux la baisse d'empathie envers le patient, la fatigue émotionnelle, le stress, les pleurs. Mais surtout la faute professionnelle "grave" sur le patient, par épuisement. Il suffit de bien peu de choses pour faire l'erreur fatale et là toute la responsabilité de l'hôpital est engagée!

Le recours aux psychotropes et la prise régulière durant l'année, sont autant de signes alarmants à prendre en considération.

Les DRH sont souvent les premiers à constater les effets négatifs (absentéisme, maladie, accidents etc) de cette organisation de travail et d'un mode de management qui a signé ces limites, mais le bât qui blesse vient aussi du fait qu'ils ont aussi la charge d'appuyer toutes les restructurations de l'Entreprise et la performance prime sur les considérations de bien être des collaborateurs.

Médecins, infirmiers ou psychologues du travail, sont les interlocuteurs privilégiés de cette souffrance physique ou psychologique dans le milieu de soin, puisqu'ils la vivent en premier lieu et de ce fait, se doivent d'être à l'initiative d'une réelle prise de conscience quant au changement de management pour qu'il soit plus "responsable".

Pensées suicidaires à l'appui

Et quand on a touché le fond, d'autres comportements "pathologiques" s'ajoutent à la liste des réjouissances. Et là, c'est la médecine du travail qui doit réagir, mais le fait-elle à temps?!

En France comme en Tunisie, cette réalité est très criante. Certaines études ont démontré que parmi ce personnel, il y aurait deux à trois fois plus de pensées suicidaires que dans la population générale,12 % des infirmiers diplômés d'État (IDE) et 15 % des aides-soignants (AS) pensent au suicide durant l'exercice de leurs fonctions.

Aides-soignants des personnes âgées, la catégorie la plus vulnérable

Le constat est plus "alarmant" pour les soignants qui exercent dans les EHPAD (établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes): ils sont davantage concernés par une charge de travail trop lourde et les heures supplémentaires.

Environ 40 % des infirmiers et aides-soignants y éprouvent ainsi une lassitude professionnelle. Autres chiffres impressionnants : plus de 80 % estiment même que leur moral s'est détérioré sur les 24 derniers mois. La souffrance psychique y est particulièrement forte avec 64 % des aides-soignants et 53 % des infirmiers.

Des cadres en souffrance aussi

La moitié des cadres infirmiers fait part d'une souffrance psychique ; un quart est en plein burn-out et un tiers témoigne de tous les signes d'un épuisement professionnel.

Une souffrance morale au travail non reconnue par l'administration

Deux tiers des soignants dénoncent le manque de reconnaissance de la donne par l'administration.

9 infirmiers sur 10 sont ainsi favorables à la création d'une consultation spécialisée dédiée.

Les Thérapies brèves en milieu hospitalier

Les soignants en souffrance se doivent d'être pris en charge et la plupart du temps ils sont en demande, reste à voir si l'entreprise est à l'écoute ou pas!

Ils sont demandeurs de séances de groupe ou d'ateliers en Sophrologie pour apporter un mieux-être à une même catégorie de collaborateurs ou pour améliorer la cohésion d'une équipe. Des accompagnements individuels peuvent aussi être prévus pour accompagner des collaborateurs dont il faut renforcer les capacités.

L'état mental du personnel infirmier est crucial, il est le socle de de tout, c'est à dire que la santé mentale est aussi cruciale que la santé physique et qu'elle est nécessaire au rôle de l'infirmière dont la mission est de soigner, sous réserve que toutes les conditions soient réunies en vue de prodiguer la qualité des soins attendus!

Vous pouvez retrouver tous les conseils de Fériel Berraies sur son site. Vous pouvez lui écrire à: fbsophro@gmail.com

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