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Se reconstruire après le traumatisme d'une tuerie de masse

Publication: Mis à jour:
PARIS ATTACK 2015
KENZO TRIBOUILLARD/AFP/Getty Images
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Le Trauma du deuil

Dans beaucoup de situations, le trauma est consécutif à la soudaineté de la disparition. Dans d'autres scénarios, les circonstances de la mort peuvent aussi nourrir le trauma, d'autant que la personne reste profondément marquée et n'arrive pas à faire son deuil "naturellement" si elle est choquée par des circonstances "extraordinaires".

Quand une mort est consécutive à une maladie et que dans le conscient, on est plus ou moins préparés, les thérapies brèves (Sophrologie et Hypnose) peuvent accompagner en atténuant les souvenirs dégradés des dernières semaines.

Les 7 étapes du Deuil

Elisabeth Kubler Ross, psychiatre et psychologue, décrivait les 7 étapes nécessaires au travail de deuil: Le choc, le déni, la colère, la tristesse, la résignation, l'acceptation et la reconstruction. Le deuil peut devenir complexe voire même devenir un pathos si l'une de ces étapes ne s'est pas déroulée correctement.

Les dangers du Deuil pathologique

Si on n'est pas passés par toutes les étapes, on peut rester "bloqués" dans sa souffrance et ne pas arriver "à faire son deuil" de l'absence.

Un Deuil pathologique non traité engendrera toute une panoplie de conséquences psychosociales non négligeables: allant de l'anxiété à la dépression. Ses expressions extrêmes seront les phobies, les crises de panique, les troubles du comportement alimentaire, les TOCs , les pensées morbides et suicidaires...

Casser les blocages du Deuil

Regrets, sentiments de frustrations, culpabilité, déni, non-dits, autant de facteurs psychologiques et émotionnels pour la personne qui les subit et qui est face à un tsunami:
"Je n'ai pas profité de lui, je n'ai pas pu lui dire au revoir, ce n'est pas juste, pas comme ça et pas aussi tôt"! Ou encore "je n'ai pas pu lui dire combien je l'aime, je lui ai pas demandé pardon" etc. et la liste est longue des non-dits. Tous ces éléments bloquent le processus du deuil qui ne peut plus faire son chemin naturellement. Une situation que bon nombre de "familles de personnes décédées" dans des cas d'extrême violence (Attentats, catastrophes etc) vivent aujourd'hui.

Les attentats de novembre un devoir de mémoire pour tous

Nous commémorions hier en France et dans le Monde entier les victimes des attentats du 13 novembre 2015 à Paris et à Saint-Denis, qui ont fait 130 morts et plus de 350 blessés. Mais au-delà de la France, ce billet est pour tous ceux qui ont péri dans le Monde (Tunisie, Turquie, Irak, Syrie, Cameroun, Nigeria, Ouagadougou, Mali, Espagne, UK et dans bien d'autres capitales dans le Monde) arrachés à la vie, dans des conditions tragiques semblables, dans la violence et la folie déshumanisée. Car l'humanité entre dans une ère d'imprévu, de sauvagerie et d'irrationnel mortifère, ou bien souvent, des populations civiles resteront alibis et cibles principales de sombres desseins politiques et idéologiques.

Reconnaitre la souffrance des rescapés et la souffrance de ceux qui ont "perdu" un être cher

Les attentats commis en France, le 13 novembre 2015, par des djihadistes affiliés à Daech avaient arraché la vie à 130 personnes. Des attaques qui avaient fait 2800 victimes au total, des blessés physiques mais aussi des traumatisés psychologiques souffrant d'un grave état de stress post traumatique. Toutes les mesures avaient été faites, pour qu'elles soient indemnisées financièrement et un premier versement avait touché 90% de la population concernée. Dédommagement, si l'on peut considérer que l'on puisse dédommager financièrement la perte d'un être cher, garanti par le Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions (FGTI) qui est en fait approvisionné régulièrement par une contribution sur chaque contrat d'assurance.

Au-delà de la réparation financière

Des cérémonies d'hommages sont régulièrement données pour rendre hommage à ces victimes, pourtant la plaie "morale" est encore là. Car au-delà de la réparation financière, les familles des victimes demandent à ce que l'État reconnaisse aussi un autre type de préjudice: "leur souffrance morale" écrasante qui continue à peser dans leur quotidien, mais qui n'est pas encore assez "comprise" et bien appréhendée.

L'état de Stress Post Traumatique une des manifestations d'une souffrance invisible

L'état de stress post-traumatique survient à la suite d'un événement violent, type attentat, ayant généré une intense détresse, comme c'est également le cas lors d'agressions ou d'accidents.
Un trouble réactionnel nourri en réaction à un événement traumatique: confrontation à la mort, angoisse de mourir, menaces à l'encontre de l'intégrité physique de soi, ou d'un tiers. Ce trouble réactionnel se traduit essentiellement par un sentiment d'impuissance voire d'horreur, accompagné d'une peur intense qui hante dans la durée. Les attentats et les risques imminents de ces derniers, depuis des années, continuellement suggérés par les divers plans Vigipirate, l'actualité, et la surmédiatisation sont autant d'éléments déclencheurs dans les esprits des familles des défunts, mais aussi les blessés et les personnes lambda qui vivent dans des conditions anxiogènes. Même le personnel médical n'est pas épargné!

Les symptômes du trouble stress post-traumatique

Les scientifiques classent les symptômes du stress post-traumatique en trois étapes distinctes. La première est un type de "reviviscence" c'est-à-dire que la personne concernée peut avoir tendance à revivre de manière perpétuelle la scène traumatique, à travers ses pensées, ou sous la forme de cauchemars.

La deuxième, fait que la personne fait un "syndrome d'évitement" c'est-à-dire qu'elle va vouloir éviter, consciemment ou inconsciemment, tout ce qui peut lui faire revivre l'événement en question. Ce symptôme d'évitement est aussi appelé engourdissement émotionnel. Et enfin, la personne peut basculer dans un état de vigilance accrue et permanent, bien qu'aucun danger imminent ne la menace.

L'état de Stress Post Traumatique, peut rester enfoui pendant des années puis un jour pointer son nez, et il survient toujours "après coup" ainsi peuvent apparaitre des "troubles secondaires" au travers d'un état dépressif majeur, caractérisé par une extrême lassitude, une fatigue généralisée, et un désintérêt total par rapport aux choses de la vie. À cela peuvent s'ajouter d'autres manifestations comme l'anxiété, des douleurs chroniques, des addictions comme la dépendance à l'alcool, la consommation de drogues licites ou illicites, impactant la libido et ouvrant donc la porte à des troubles de la sexualité. Des troubles associés dits secondaires et toute une panoplie d'effets psychosomatiques (insomnies, mauvaise alimentation, asthénie etc.)

Les thérapies brèves verbales en complément d'un suivi médical et psychologique

La sophrologie est une des solutions pour accompagner la personne à accepter la situation tout en apprenant à mieux gérer "ses symptômes" entendons-nous bien, elle n'effacera pas le trauma, mais elle aidera à mieux vivre les symptômes au quotidien pour contourner ensuite le problème.
Ce type d'accompagnement se fera toujours en parallèle d'un suivi médical et psychiatrique.

La sophrologie met en place des exercices de respiration et de détente corporelle, qui permettront d'évacuer dans un premier temps les pensées anxiogènes et angoissantes. Car tout passe par le corps avant de soulager le mental. L'objectif dans mon travail ici est d'aider la personne à retrouver une confiance en elle et en sa capacité de résilience.

Ici les exercices de respiration ont toutes leur importance pour aider à éliminer les pensées parasites et limitantes tout en aidant la personne à se reconnecter à ses ressources et à ses capacités d'auto guérison mentales.

La Sophrologie va travailler sur "les symptômes et leur vécu dans le quotidien" c'est-à-dire tous ces troubles secondaires générées par le Trauma, qu'ils soient digestifs, musculaires, cardiaques, de sommeil, les compressions respiratoires, les blocages émotionnels, les tensions mentales.

En portant notre ancrage thérapeutique sur les fondements de la Sophrologie à savoir, l'adaptabilité, la réalité objective, l'intégration du schéma corporel et l'action positive, en restant toujours dans la tempérance, l'écoute et la bienveillance. Car la reviviscence, le fait de continuellement revivre le "film d'horreur" nous demande une certaine vigilance quant à la posture thérapeutique. Mais encore une fois, nous agissons en tant que soin de support face aux médecines conventionnelles.

Comment l'Hypnose peut accompagner le Trauma ou L'état de stress post traumatique?

Le passage obligatoire, est pour moi de faire "dérouler le film de la vie antérieure" de mon patient, juste avant "l'évènement traumatisant" et d'ensuite de l'aider tout en m'assurant de sa "sécurité physique et écologique" pour ne pas l'amener à revivre le même stress intense qu'il avait éprouvé la première fois. Pour ensuite, revenir à la scène X et l'amener à la voir sous un autre angle et tenter d'y trouver des apprentissages et du positif qu'il ramènera à sa vie dans le ici et maintenant. Je vais le faire revivre dans son inconscient via une régression en âge par exemple et là il ne "subira plus" mais inversera la donne en termes d'apprentissage.

On peut également utiliser d'autres techniques comme les dissociations.

D'abord dissociation du conscient et de l'inconscient afin de bien séparer les parties en soi ou une dissociation visuelle pour permettre au sujet de se voir et de s'entendre. Cela peut-être aussi une dissociation dans le temps également, voir le avant, pendant, après.

L'Hypnose vous permet de construire "cet épisode manqué" de votre deuil

L'Hypnose est là pour proposer de reconstruire "ce chapitre ou épisode manqué" permettant un espace d'expression thérapeutique dans lequel le processus de deuil est relancé, pour que cette fois-ci, chaque étape se déroule dans son intégralité.

Je vais vous accompagner au travers de votre deuil, pour faire votre deuil convenablement, à votre rythme pour aider à amoindrir les symptômes, voire, les faire disparaitre.

Laissez partir le défunt pour faire son deuil

Lorsque l'absence devient intolérable, l'Hypnose peut vous aider à dire au revoir à l'être perdu. Ainsi, laissant l'inconscient faire son travail de deuil. Petit à petit, à votre rythme vous construisez un chemin vers à la paix, pour commencer à vous ouvrir à la vie que le défunt aurait voulu pour vous.

Et vous réapprenez non pas en l'oubliant, mais en vous habituant à son absence, tout en gardant le meilleur de son souvenir et de son amour qui est lui, immortel.

Vous pouvez retrouver tous les conseils de Fériel Berraies sur son site. Vous pouvez lui écrire à: fbsophro@gmail.com

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