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Mutilations génitales: Comment reconstruire psychiquement l'intime?

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À la veille de la journée internationale contre les violences faites aux femmes (25 novembre 2017), la question de la protection des femmes, occupe une place prépondérante dans mes réflexions. Car l'une des violations des droits humains les plus dommageables, reste la violence à l'égard des femmes et des petites filles dans le monde. Cela reste véritablement pour moi, un baromètre de l'État de droit et de l'avancée de la démocratie dans une société!

Et il est d'autant plus consternant que cette violence à l'égard des femmes reste l'une des violations des droits de l'homme les plus répandues. Phénomène endémique depuis la nuit des temps, presque banalisé dans certaines sociétés et dont les répercussions restent les plus dramatiques pour la santé et l'avenir de l'humanité.

Il y a plusieurs types de violence certes, celles que l'on ne voit pas, comme les inégalités et les discriminations persistantes entre les sexes et ce, dans le monde entier, reléguant femmes et petites filles à des citoyennes sous "tutelle", des citoyennes de seconde zone, incapables de jouir et d'exercer leurs droits fondamentaux. Des "humaines" qui n'auront jamais les mêmes droits ou prérogatives, car elles sont nées femme.

Pourtant les mobilisations internationales, onusiennes ne manquent pas et des États africains ont ratifié, signé moults accords et conventions pour protéger les droits des femmes, et le Sommet des femmes de Beijing devait être la porte ouverte à ce renouveau, cet espoir de voir changer les choses pour elles, et ainsi paver la voie vers ce renouveau égalitaire à construire. Les années ont passé, et les choses sur le terrain n'ont pas changé.

Selon un dernier rapport du Secrétaire général des Nations-Unies, des efforts plus énergiques devront être faits pour parvenir à l'égalité des sexes et autonomiser les femmes et les filles, notamment sur le plan juridique, afin de lutter contre les discriminations sexistes profondément ancrées, qui sont souvent la conséquence d'attitudes patriarcales et de normes sociales apparentées.

Quelques chiffres sur la violence sur le genre

La violence à l'égard des femmes est la forme la plus extrême de discrimination. Selon une enquête, et les données recueillies auprès de 87 pays de 2005 à 2016, on estimerait que 19% des femmes âgées de 15 à 49 ans auraient subi des violences physiques ou sexuelles infligées par un partenaire intime au cours des 12 mois ayant précédé l'enquête. Et certaines de ces violences auraient conduit à la mort. En 2012, on estime que près de la moitié des femmes victimes d'homicides volontaires dans le monde auraient été tuées par un partenaire intime ou un membre de leur famille, contre 6% des hommes.

La mutilation génitale un problème mondial et la violence la plus extrême

On estime que plus de 200 millions de jeunes filles et de femmes, ont été victimes de mutilations sexuelles pratiquées dans 30 pays africains, du Moyen-Orient et de l'Asie. Cette pratique est la plus commune dans l'ouest, l'est et le nord-est de l'Afrique, dans certains pays d'Asie et au Moyen-orient, ainsi que dans certaines communautés d'immigrants en Amérique du Nord et en Europe. C'est donc un problème mondial.

Les 10 pays les plus touchés par les MGF, selon Vision du Monde

  1. Somalie : 98%
  2. Guinée : 96%
  3. Djibouti : 93%
  4. Égypte : 91%
  5. Érythrée : 89%
  6. Mali : 89%
  7. Sierra Leone : 88%
  8. Soudan : 88%
  9. Gambie : 76%
  10. Burkina Faso : 76%

La mutilation génitale féminine représente un autre cas d'extrême violence d'un point de vue médical et juridique. Cette pratique aurait baissé de 24% depuis l'an 2000 environ, ce qui augure d'un début de prise de conscience sur les effets dramatiques de cette pratique. Cependant, sa prévalence reste élevée dans certains des 30 pays disposant de données représentatives à ce sujet. Une enquête réalisée dans ces pays vers 2015 révèle que plus d'une fille sur 3 âgées de 15 à 19 ans a subi un type de mutilation sexuelle, contre près d'une sur deux autour de l'an 2000.
En 2016, l'Unicef estimait qu'au moins 200 millions de filles et de femmes avaient été mutilées dans 30 pays: 27 en Afrique, plus le Yémen, l'Irak et l'Indonésie.

Armelle Andro et Marie Lesclingand, chercheuses de l'Institut français d'études démographiques (Ined) dans un rapport rendu public le 12 avril 2017, ont également indiqué que l'Europe et l'Amérique étaient aussi concernées par ces pratiques reconnues par la communauté internationale comme une forme de violation des droits humains et une atteinte grave à la santé.

On évalue à près de 500.000 le nombre des filles ou des femmes mutilées ou exposées au risque aux États-Unis et à plus de 500.000 le nombre des migrantes concernées en Europe, toujours indiqué dans ce rapport.

L'excision une pratique contre le féminin

Perçue comme un rite de "chasteté" et de passage à l'âge adulte, l'excision est l'ablation totale ou partielle du clitoris et de ses petites lèvres. On considère qu'elle doit être faite le plus tôt possible chez la fillette, on la pratique avant l'âge de 5 ans et avant 10 ans pour la majorité des cas. Un rajeunissement de la "pratique" a été constaté ces dernières années avec la montée du conservatisme religieux dans certaines régions mais aussi "la médicalisation" de la pratique qui inquiète les experts de la santé (Égypte, Guinée, Indonésie, Kenya, Nigeria, Soudan du Sud, Yémen). Dans l'idée de réduire les risques sanitaires de l'opération, certaines professions de santé la pratiquent à leur tour. Un acte médical pro excision qui ne fait qu'encourager la pratique alors qu'elle est condamnée par l'Organisation mondiale de la santé et les organisations internationales.

Des croyances cultuelles et sociétales obsolètes

Les mutilations génitales pour certaines sociétés sont considérées comme faisant partie de la l'éducation de la jeune fille en vue de la préparer à l'âge adulte et au mariage.

Ces actes sont donc motivés par des croyances relatives à ce qui devrait être un comportement sexuel approprié (tout comme la ceinture de chasteté de l'époque médiévale en Occident. Bien sûr, ce dernier rite qui n'existe plus, aura eu le mérite de ne pas "être violent et invasif sur la chair de la jeune fille dont on voulait préserver la virginité!).

Ce rite aurait pour objectif de garantir la virginité prénuptiale et la fidélité conjugale.

Quand le religieux y rajoute une couche!

Certaines sociétés se cachent derrière "un pseudo religieux" pour justifier cet acte qui ne fait au fond, que renforcer la répression du féminin en le rendant asexué.

Pourtant, aucun texte religieux n'encourage à cette pratique contre la libido féminine et il est consternant de voir que les autorités religieuses cultivent le clair-obscur à l'égard de cette pratique: certaines les préconisent, d'autres les considèrent comme étrangères à la religion et d'autres encore les éliminent.

Qui interpeller pour que cesse ce carnage de l'intime?

Ceux qui ont un pouvoir d'influencer sur leur société, à savoir les structures locales du pouvoir et de l'autorité, comme les chefs de tribus, des villages, les dirigeants communautaires, les chefs religieux, les circonciseurs et certains professionnels de santé, et même "les anciennes qui l'ont vécue" et qui ont finalement compris ses effets néfastes, toutes ces personnes peuvent contribuer à réfuter l'usage de cette pratique barbare et injustifiée.

Mais avant cela, il faut avant tout casser l'emprise du pouvoir "culturel" et le poids de la "coutume" pour travailler sur les mentalités. Car ce sont bien les mères elles-mêmes ou les tantes qui sont les "complices" ces parents qui continuent de perpétuer la tradition alors qu'elles ont été des "victimes" elles aussi. Comme un genre de mimétisme,car au fond, elles ne font que reproduire ce que font les autres, norme admise malgré tout. Comme si "la mutilation" de son enfant était la seule garante de sa chasteté à venir.

Dans la plupart des sociétés, les mutilations sexuelles féminines sont considérées comme une tradition culturelle, argument souvent avancé pour les perpétuer. Et nous savons que l'identité d'un peuple, c'est aussi sa culture et ses traditions. Des traditions d'un autre temps, qui ont la peau dure, campagne de sensibilisation ou pas!

Dans certaines sociétés l'adoption récente de cette pratique s'explique par la volonté de copier les traditions de groupes voisins. Et très souvent la résurgence ou la recrudescence du rite, trouve son origine d'un mouvement religieux ou traditionnel.

L'excision de plus en plus tôt, pratiquée avant l'âge de 5 ans

Longtemps décrite comme un rite de passage à l'âge adulte, l'excision (ablation partielle ou totale du clitoris et ses petites lèvres) tend à être pratiquée de plus en plus tôt de nos jours: avant 10 ans pour la majorité des femmes dans la plupart des pays concernés et avant cinq ans pour les plus jeunes générations. Depuis plusieurs années, cette tendance au rajeunissement est encouragée par la pratique médicalisée dans plusieurs pays (Égypte, Guinée, Indonésie, Kenya, Nigeria, Soudan du Sud, Yémen). Certaines professions médicales sous prétexte de réduire les risques sanitaires de l'opération, s'y engagent, contribuant à encourager cette pratique dans la durée. L'Organisation Mondiale de la Santé a condamné fermement cette pratique car cela ne fait que nuire à toutes les campagnes d'éradication de cette violence sur les filles.

Faut-il rappeler par ailleurs que durant les années 1960 aux États-Unis, des opérations de clitoridectomies (ablation partielle ou totale du clitoris) avaient également été pratiquées dans un contexte de répression de formes de sexualité féminine jugées déviantes par le corps médical.
Il est d'autant plus troublant de constater que dans les sociétés "dites occidentales et progressistes", aux Etats Unis mais aussi en Amérique Latine, en Asie et en Europe, certaines pratiques de chirurgie esthétique génitale, telles que la nymphoplastie (ablation totale ou partielle des petites lèvres) sont devenues des demandes courantes. Que faut-il comprendre?

Des conséquences majeures pour la santé physique et mentale pour la victime

L'OMS distingue les risques immédiats liés aux mutilations génitales féminines (tels que la douleur, les hémorragies, la rétention urinaire, les infections et l'état de choc consécutif à l'intervention) des risques sanitaires à long terme: les infections pelviennes, la stérilité, les difficultés menstruelles, les problèmes pendant la grossesse et l'accouchement (déchirures périnéales plus fréquentes et souffrances fœtales), les fistules vésico-vaginales ou recto-vaginales entraînant des problèmes d'incontinence...

Mais l'on oublie aussi et toujours "les conséquences psychosociales" que cela engendre chez la fillette qui deviendra un jour "femme": comment vivra-t-elle sa sexualité quand elle est atrophiée, et que son intimité a été "ravagée"? Que verra-t-elle dans son miroir quand son image, son identité ont été mutilées?

Une violation des droits reconnue internationalement

Les mutilations sexuelles féminines sont internationalement considérées comme une violation des droits des jeunes filles et des femmes. Elles sont le reflet d'une inégalité profondément enracinée entre les sexes et constituent une forme extrême de discrimination à l'égard des femmes. Elles sont presque toujours pratiquées sur des mineures et constituent une violation des droits de l'enfant. Ces pratiques violent également les droits à la santé, à la sécurité et à l'intégrité physique, le droit d'être à l'abri de la torture et de traitements cruels, inhumains ou dégradants, ainsi que le droit à la vie lorsqu'elles ont des conséquences mortelles.

L'OMS, l'UNICEF et le FNUAP ont publié conjointement en avril 1997 une déclaration définissant les mutilations génitales féminines comme "toutes les interventions aboutissant à une ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme ou toute autre mutilation des organes génitaux féminins pratiquées".

Ces pratiques ne présentent aucun avantage pour la santé des jeunes filles et des femmes.

Les organisations internationales se mobilisent

S'appuyant sur les travaux réalisés au cours des décennies précédentes, en 1997, l'OMS a publié, avec le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) et le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), une déclaration conjointe condamnant la pratique des mutilations sexuelles féminines. Depuis 1997, de grands efforts ont été entrepris pour lutter contre les mutilations sexuelles féminines, grâce à la recherche, à la collaboration au sein des communautés et à l'introduction de changements dans les politiques publiques. Parmi les progrès réalisés au plan international et local, on relève:

  • un plus grand engagement international pour mettre un terme aux mutilations sexuelles féminines;
  • la mise en place d'organes de surveillance internationaux et l'adoption de résolutions condamnant cette pratique;
  • des cadres juridiques révisés et une volonté politique croissante de mettre fin aux mutilations sexuelles féminines (notamment l'adoption d'une loi contre les mutilations sexuelles féminines dans 26 pays d'Afrique et du Moyen-Orient, ainsi que dans 33 autres pays accueillant des populations migrantes originaires de pays où ces mutilations sont pratiquées); et
  • dans la plupart des pays, un recul des mutilations sexuelles féminines et une augmentation du nombre de femmes et d'hommes favorables à leur suppression dans les communautés où elles sont pratiquées.

Les recherches montrent que si ces communautés décident elles-mêmes d'abandonner les mutilations sexuelles féminines, cette pratique pourrait disparaître très rapidement. En 2007, le FNUAP et l'UNICEF ont lancé le programme conjoint sur les mutilations génitales féminines/l'excision pour accélérer l'abandon de cette pratique.

En 2008, l'OMS ainsi que 9 autres partenaires des Nations-Unies ont publié une déclaration sur l'élimination des mutilations sexuelles féminines afin de contribuer à une plus grande mobilisation en faveur de l'abandon de la pratique, sous le titre "Éliminer les mutilations sexuelles féminines: déclaration interinstitutions". La déclaration présentait les données recueillies au cours de la décennie précédente sur la pratique des mutilations sexuelles féminines.

L'OMS a publié en 2010 une Stratégie mondiale visant à empêcher le personnel de santé de pratiquer des mutilations sexuelles féminines en collaboration avec d'autres grandes instances des Nations-Unies et organisations internationales.

En décembre 2012, l'Assemblée générale des Nations-Unies a adopté une résolution sur l'élimination des mutilations sexuelles féminines.

En 2013, l'UNICEF a publié un second rapport sur la prévalence des mutilations sexuelles féminines dans 30 pays, analysant les croyances, les attitudes, les évolutions, et les réponses programmatiques et politiques face à la pratique au niveau mondial.

En 2016, en collaboration avec le programme conjoint UNFPA UNICEF sur les mutilations génitales féminines/l'excision, l'OMS a publié les premières lignes directrices fondées sur des bases factuelles pour la prise en charge des complications dues à des mutilations sexuelles féminines. Ces lignes directrices ont été élaborées en se fondant sur un examen systématique des meilleures données factuelles concernant les interventions sanitaires pour les femmes ayant subi des mutilations sexuelles.

Pour garantir une mise en œuvre efficace, l'OMS met au point des outils destinés aux agents de santé en première ligne afin d'améliorer les connaissances, les attitudes et les compétences des personnels soignants en matière de prévention et de prise en charge des complications dues aux mutilations sexuelles féminines.

Les Femmes se mobilisent en Afrique
Les 10 premiers pays* ( source UNICEF) où les femmes pensent que les Mutilations Génitales Féminines (MGF) devraient s'arrêter:

  1. Togo : 95%
  2. Kenya : 93%
  3. Ghana : 93%
  4. Tanzanie : 92%
  5. Burkina Faso : 90%
  6. Irak : 88%
  7. Benin : 86%
  8. Cameroun : 84%
  9. Uganda : 83%
  10. Niger : 82%

De nouveaux pays s'engagent dans l'interdiction des MGF

Après la Tanzanie en 1998 ou le Kenya en 2011, d'autres pays africains sont venus grossir les rangs des nations interdisant l'excision. L'année dernière, le Nigeria a ainsi voté une nouvelle loi pour lutter contre cette pratique, suivi de près par la Gambie. Le texte de loi a été adopté par l'Assemblée nationale à la fin de l'année 2015. En plus d'interdire les mutilations génitales féminines, il prévoit des peines de prison allant jusqu'à trois ans et pouvant être assorties d'une amende de 1200 euros.

Un premier pas législatif qui doit maintenant être suivi par l'ensemble de la population. Car comme le stipule un rapport de l'UNICEF, l'excision des jeunes filles demeure un "problème mondial". Le rythme de progression de la lutte "n'est pas suffisant par rapport à la croissance de la population", ajoute l'UNICEF. "Si la tendance actuelle continue, le nombre de filles et de femmes victimes des MGF connaîtra une forte hausse au cours des quinze prochaines années".

Reconnaitre la détresse physique et psychologique post excision

La femme qui a vécu une mutilation sexuelle ne vivra pas une sexualité normale. D'abord parce que les dommages qu'elle a subi sur son organe et sa psyché vont laisser des traces indélébiles. L'ablation des tissus sensibles du gland du clitoris, et les cicatrices post excision, la renverront toujours à ce qu'elle a subi d'une manière ou d'une autre. Au fond, elle a subi une double violence, une dans sa chair et l'autre dans son âme. Un acte d'une rare violence physique et un trauma considérable, qu'elle vivra dans son quotidien de femme à chaque moment d'intimité.

Entre les douleurs et le plaisir diminué au cours des rapports sexuels, elle revivra en boucle infernale, sans cesse les souvenirs traumatisants liés à l'intervention.

Un traumatisme dont la symptomatologie peut s'exprimer au travers d'un état de stress aigu post traumatique nourrit par plusieurs éléments réunis dans la scène d'excision: la douleur extrême qu'elle a vécu au moment de l'acte, confrontée au choc de la situation (elle a été amenée par une mère, une tante, une grand-mère, quelqu'un en qui elle avait confiance) et elle est confrontée à "un inconnu" à son "bourreau", l'exciseur. Elle se rappellera toujours de ses cris et surtout des personnes qui la retenaient avec force pour "lui faire mal" entre violence, douleur et sang, sa mémoire est imprégnée du drame qu'elle a subi. Alors longtemps pour elle, la sexualité= douleur.

Des études prouvent que les femmes excisées craignent les rapports sexuels et vont des années durant porter en elles le stress post-traumatique, l'anxiété, la dépression et la de perte de mémoire. Ou quand douleur physique s'accompagne à douleur psychologique.

Adultes, elles ont une vie de couple et une sexualité perturbée

Quand la douleur physique s'ajoute à la détresse psychologique et que le rite à été pratiqué en famille, la prise en charge doit être globale, chirurgicale et psychologique et la reconstruction prendra du temps. Une fois opérée, la victime doit enchainer par un suivi psychologique d'une durée allant de six mois à deux ans, car elle a besoin de reconstruire sa sexualité. Mais elle pourra aussi développer après cours des troubles de la sexualité. Nous en aborderons un: le vaginisme.

Vaginisme un des troubles post excision: Comment la Sophrologie peut aider

Le vaginisme est une phobie de la pénétration et 12 à 17 % des femmes sont touchées par ce trouble (hors contexte de l'excision) mais dans le cas de l'excision, on sait d'emblée l'origine du trouble.

Le vaginisme se définit comme l'impossibilité, persistante et récurrente, chez une femme à avoir une pénétration vaginale qu'elle qu'elle soit. Il se manifeste par des spasmes involontaires des muscles péri-vaginaux perturbant la qualité des rapports sexuels. Ce trouble est révélateur en fait d'un réel mal être inconscient qui impose au corps, un réflexe de défense.

La femme qui a vécu l'excision, a peur d'avoir mal et a toujours le souvenir des douleurs vécues alors qu'elle était enfant.

C'est réellement un trauma qui la hante et qui peut être un handicap conséquent pour sa vie de femme. Isolée dans sa souffrance et vivant dans un environnement ou la sexualité de la "fille ou de la jeune femme" est vécue dans le non-dit, elle prise au piège de sa détresse.

Le vaginisme dans notre région est un tabou mais une réalité aussi!

Beaucoup de femmes dans les pays du Sud (Afrique, Monde Arabe) souffrent en silence du vaginisme et affrontent leur nuit de noce et leur vie conjugale comme une véritable épreuve.
Beaucoup de femmes choisissent le silence par peur du qu'en dira t-on et d'être rejetée par la société, et leur conjoint. Elles culpabilisent de ne pas avoir une vie sexuelle normale, elles se disent "qu'elles ne sont pas normales, que leur conjoint finira par aller chercher ailleurs".

Angoissées elles entretiennent une mauvaise image d'elles-mêmes et alors qu'au départ "elles craignaient uniquement la pénétration". Elles sont vite confrontées aux "troubles du désir" qui viennent s'ajouter à la balance et ainsi impacter leur libido.

Une spirale infernale qui s'installera sur la durée, car la diminution de la fréquence des rapports sexuels accentuera la peur et augmentera la souffrance de la jeune épouse.

Pourquoi la Sophrologie marche par rapport au vaginisme?

Thérapie brève, la Sophrologie propose un travail de mentalisation et de lâcher prise qui permet la maîtrise des peurs par le biais de la relaxation.

Le Protocole pour lutter contre le vaginisme est un protocole pour l'accompagnement de comportements pathologiques. Il aura pour objectif de l'accompagner afin de l'aider à retrouver un comportement sexuel adapté.

Pour cela, je vais procéder par un accompagnement en plusieurs étapes:

Le curatif d'urgence pour:

  • L'aider à évacuer son angoisse
  • L'aider à gérer sa peur d'avoir mal
  • Et stimuler sa capacité à lâcher prise

La reconstruction de son image de femme "normalement sexuée" sera cruciale. Pour cela, il me faudra l'aider à reprendre confiance en elle, dans son corps de femme "prête à accueillir" à vivre le plaisir mais aussi à donner "le plaisir" et cerise sur le gâteau: la vie (si nous parvenons à la pénétration).

Notabene: ce Protocole en Sophrologie n'est possible, que si la patiente est déjà en accompagnement avec un médecin et un psychiatre. Car le vaginisme est une phobie avant tout et et il faut un travail dans la durée, car il reste solidement ancré chez la femme.
La Sophrologie interviendra alors en tant que soin de support et ou de complément, mais elle ne se substituera jamais aux traitements conventionnels, elle viendra accompagner en plus et permettre certes l'aboutissement vers l'objectif initial.

Vous pouvez retrouver tous les conseils de Fériel Berraies sur son site. Vous pouvez lui écrire à: fbsophro@gmail.com

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