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IVG et syndrome post-abortif: Comment réparer le traumatisme de la négation de la vie?

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GENT SHKULLAKU/AFP/Getty Images
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Aujourd'hui, avec la vie moderne, l'avancée de la médecine, et le planning familial du Nord au Sud, à quelques exceptions près (nous en parlerons), l'interruption volontaire de grossesse, reste un acte réfléchi et murement préparé. Beaucoup de recherches, dont une américaine, atteste que la plupart des femmes sont convaincues de leur choix!

Alors ici il ne s'agit aucunement de féminisme, mais du droit de disposer de son corps, comme bon lui semble, sans pour autant faire l'apologie de l'IVG qui n'est en aucun cas, un moyen de contraception qu'une certaine jeunesse (ou pas) devrait utiliser à chaque accident post rapport sexuel.

En France, le nombre d'IVG est estimé à plus de 200.000 chaque année et ce, malgré la libéralisation de la contraception.

8 millions de femmes en France seraient touchées par ce sujet, mais on n'aime pas trop en parler.

L'avortement en Tunisie est légal depuis 1973 et il est pratiqué gratuitement, à la demande de la femme, jusqu'à trois mois de grossesse. La Tunisie est, avec la Turquie et le Bahreïn, l'un des seuls pays à majorité musulmane où l'interruption volontaire de grossesse est légale. Ce qui fait de nous des pays "avant gardistes" capable de gérer rationnellement notre démographie. Un exemple pour tout le Continent Africain et même beaucoup de pays occidentaux, encore sous le prisme de la religion catholique (cf le Canada, les Etats Unis d'Amérique, mais aussi beaucoup de pays de l'Est etc.)

La Tunisie pour rappel, possède un programme national de planning familial incluant des services publics pour la pratique de l'avortement chirurgical et médicamenteux, utilisant des méthodes modernes.

Selon le docteur Selma Hajri, endocrinologue, chercheuse en santé reproductive et coordinatrice du Réseau africain pour l'avortement médicamenteux, affilié au Consortium international pour l'avortement médicamenteux depuis 2010, 25.000 avortements médicamenteux ont été pratiqués dans 15 des 24 gouvernorats de la Tunisie depuis sa mise en œuvre; il était prévu que les services soient étendus à d'autres gouvernorats d'ici la fin 2011. Dans les régions où il est pratiqué, l'avortement médicamenteux représente entre 60 % et 70 % des avortements provoqués, des chiffres similaires à ceux des pays européens où cette pratique a été introduite et mise en œuvre.

Pour le docteur Hajri, "la procédure d'avortement médicamenteux a été acceptée par les femmes et les professionnels de la santé en Tunisie non seulement comme une méthode moderne et sûre, mais aussi comme un moyen pour les femmes d'atteindre une plus grande autonomie et une autodétermination".

Pourtant, cela reste un acte qui est loin d'être anodin et il laisse des traces pour ne pas dire des séquelles.

Beaucoup de médecins ont en effet, mis en avant, un "syndrome post-abortif": dépression, agressivité, difficulté dans l'exercice de la sexualité, échecs successifs etc...

Cette interruption de grossesse est un traumatisme profond, qui touche l'intime, la conception que l'on a de la vie et de la maternité. Un acte lourd de conséquences d'un point de vue moral et psychologique. L'IVG peut laisser aussi des traces, et même lors des prochaines descendances.

Car quand on enlève une partie de soi, une partie de soi n'est plus...

Un acte réfléchi peut-être, mais irréversible, plus de retour en arrière, le conscient le sait, mais l'inconscient peut avoir du mal à l'accepter.

85,5% des femmes qui ont fait l'IVG ne l'oublie jamais, beaucoup doivent faire face à la culpabilité et elle est à plusieurs niveaux, d'ordre social et/ou religieux et moral.
Elles ont "ôté" la vie, elles ont commis un "crime" surtout pour celles qui sont enfermées dans le prisme religieux.
Elles sentent qu'elles ont commis un acte qui n'est pas dans l'ordre de la nature. Car elles sont "femmes" et donc faites pour donner la vie, comment alors la nier?

Alors comment vivre avec...

Comment réparer "ce vide", ce "cimetière" dans le ventre, alors qu'au départ, elles voulaient l'IVG, car elles ne pouvaient garder l'enfant ou le fœtus. Beaucoup auront toutes les bonnes raisons de ne pas vouloir la maternité à venir: maladie, viol, accident, instabilité émotionnelle, rejet du compagnon, précarité, toutes auront les bonnes raisons, mais aucune n'est prête à vivre le après "IVG".

Casser la spirale de la culpabilité

Ne pas subir et faire subir toute sa vie durant les conséquences d'un instant, est un chemin difficile qui demandera beaucoup de courage et de résilience.

La Sophrologie, va aider à accompagner le deuil de cette négation de vie qui a amené le deuil post-IVG. Mais ce n'est pas toujours simple et avant mon intervention, il est possible qu'une dépression amène la femme qui a avorté, à consulter un médecin, ou un psychiatre, avant la thérapie brève.

Comment se réapproprier son corps par la Sophrologie

Cette thérapie brève permet d'évacuer toutes les émotions parasites qui au départ, aliènent la pensée de la femme. Pour aider à faire en sorte que le corps se libère du fardeau moral, et du traumatisme que l'acte médical a engendré dans la psyché.

Tout un cheminement et un travail sont nécessaires pour aider corps et esprit à faire la paix et s'ouvrir à la sérénité. Dans tous les cas de perte ou deuil en rapport à un enfant ou fœtus, la Sophrologie peut intervenir: en situation de deuil périnatal, d'interruption médicale de grossesse, d'échec de FIV ou d'IVG.

L'IVG: casser les tabous et donner le droit de disposer de son corps malgré tout!

Lorsqu'on parle d'interruption volontaire de grossesse (IVG), beaucoup de préjugés et de raccourcis touchent les femmes qui y ont recours. On les juges "irresponsables", issues des "classes sociales défavorisées"... et pourtant les femmes n'ont jamais été aussi "informées" et "accompagnées" mais la société continue à les stigmatiser.

En France, la loi Santé (promulguée le mercredi 27 janvier 2016) a supprimé le délai de réflexion obligatoire pré-IVG. Avant, celui-ci était de sept jours.

85% des Françaises sont favorables à l'IVG et 7 femmes sur 10 sont pourtant sous contraception!

Mais les mentalités rétrogrades perdurent: alerte en Europe

Le Conseil de l'Europe a en effet, alerté sur la régression des droits des femmes dans certains pays qui votent des "restrictions rétrogrades" en matière d'accès à la contraception et à l'avortement.

Il existe des lacunes de certains États européens en ce qui concerne la contraception et l'IVG, selon les nouvelles conclusions d'un rapport du Conseil de l'Europe. Le droit à l'avortement est reconnu dans 40 des 47 Etats-membres du Conseil de l'Europe. Selon les Etats, ce droit peut être régi par de restrictions comme un délai dans le temps pouvant aller de 10 à 24 semaines de grossesse.

Ce nouveau rapport donne un aperçu des obligations des États dans le domaine de la santé et des droits sexuels et reproductifs des femmes. Il rappelle que certains d'entre eux dérogent à la règle et au droit et insiste sur les recommandations à mettre en place en urgence. "Ces dernières années, des menaces résurgentes pour la santé et les droits sexuels et reproductifs des femmes ont émergé en Europe", insiste le Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, Nils Muižnieks.

Des États hors la loi menacent la santé et les libertés des femmes en Europe

L'Arménie, la Géorgie, la Macédoine, la Russie et la Slovaquie ont adopté récemment "des mesures renforçant les critères à remplir pour les femmes afin d'avoir accès à l'avortement". Et en Pologne, "une loi a réintroduit l'obligation d'obtenir une prescription médicale pour accéder à un moyen de contraception d'urgence".

Des procédures qui causent des risques pour la santé des femmes, mettant en péril leur droit à la vie, à la vie privée, à la santé, à la liberté de "disposer de leur corps et de décider pour elles-mêmes".

Plus paradoxal encore, en Italie, sept professionnels de santé sur dix refusent d'autoriser un avortement, sous couvert de la clause de conscience, explique le rapport. En Turquie, une femme mariée doit obtenir le consentement de son époux pour avorter.

Alerte droits des femmes en péril!

À la lumière de ce net recul, le Commissaire européen a présenté 54 recommandations pour aider les États européens à répondre à l'urgence dont:

-Renouveler l'engagement politique en faveur des droits des femmes et se prémunir contre des mesures rétrogrades qui sapent la santé et les droits sexuels et reproductifs des femmes;
-Établir des systèmes de santé qui défendent et favorisent la santé et les droits sexuels et reproductifs des femmes;
-Garantir l'accessibilité, la disponibilité et l'accessibilité de la contraception moderne;
-Assurer l'accès de toutes les femmes à des soins d'avortement sûrs et légaux;
-S'assurer que les refus de soins par les professionnels de la santé pour des raisons de conscience ou de religion ne mettent pas en péril l'accès opportun des femmes aux soins de santé sexuelle et reproductive.

In fine la femme droit avoir le droit de décider

Les droits sexuels et reproductifs font partie des droits des femmes et sont garants de l'égalité des sexes. Les États ont le devoir de fournir à toutes les femmes des soins et des services de santé sexuelle et reproductive accessibles, abordables et de bonne qualité "sans les stigmatiser ou les mettre en danger".

Alors oui pratiquer l'IVG est un acte lourd et il faut en mesurer les conséquences, mais le refuser est un acte liberticide qui peut nuire à la vie de la femme concernée et condamner son futur tout autant!

Notre corps est notre temple et nous devons avoir le droit d'en disposer.

Retrouvez les conseils de Fériel Berraies, thérapeute sur son site: www.feriel-berraies-therapeute.com

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