LES BLOGS

Des points de vue et des analyses approfondis de l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Fériel Berraies Headshot

Harcèlement moral au travail: Donner de la lumière à une souffrance cachée

Publication: Mis à jour:
OFFICE WORK HARASSMENT
KatarzynaBialasiewicz via Getty Images
Imprimer

Dans un monde de plus en plus globalisé le mal être est aussi devenu global. Du Nord au Sud la souffrance psychique et morale en Entreprise, est devenu un label sans frontières.

Le harcèlement moral est un mal qui survient souvent dans le milieu du travail, mais les tabous font que le plus souvent celui "qui le subit" se tait de peur de perdre son emploi ou d'être stigmatisé.

Le harcèlement moral au travail est situé au croisement de plusieurs domaines: médical, socioéconomique, socio psychologique, judiciaire, éthique et du monde du travail. Tous ces croisements rendent complexe sa prise en charge, car tout le monde ne s'accorde pas forcément sur sa définition, et même certains, réfutent son existence dans la santé au travail.

Pourtant le harcèlement est un fléau social qui fait des ravages en ces temps d'insécurité de l'emploi et de sinistrose sociale. S'il s'installe dans la durée, il peut générer de terribles souffrances et de grands dégâts psychologiques et physiques pour celui qui le vit.

Entre stress, émotions négatives, angoisses, surmenage et surexploitation, couplé par un profond déni, tout finit par se répercuter dans l'organisme.

Comment reconnaitre le harcèlement moral en Entreprise?

Le harcèlement moral est une conduite abusive qui par des gestes, paroles, comportements, attitudes répétées ou systématiques vise à dégrader les conditions de vie et/ou conditions de travail d'une personne (la victime du harceleur). C'est un cadre assez pernicieux car le plus souvent, il s'agit d'un "haut responsable" qui abuse de son pouvoir pour intimider son collaborateur, ou le pousser à ses extrêmes. Le "harcèlement moral" est une technique de destruction; ce n'est pas un syndrome clinique que l'on peut diagnostiquer, d'où la difficulté de pouvoir le prouver médicalement, ou via la médecine du travail. Tout comme pour le burn-out, ces deux situations vécues, ne sont pas reconnues comme étant des "pathologies" à part entière. Pourtant elles sont là!

Une situation qui nourrit, une relation dévoyée entre la proie c'est à dire le collaborateur "victime" et celui qui le violente moralement, c'est à dire son "agresseur".

Entre brimades à répétition allant de petites vexations aux plus insupportables humiliations, la victime vit une lente descente aux enfers, soigneusement orchestrée. La plupart du temps, le harceleur est omnipotent car il est impuni, parce que la victime n'ose pas briser le silence. Elle a peur de perdre son emploi, de ne pas être crue et de devoir affronter "son tortionnaire".

Comment se manifeste cette souffrance?

Elle se manifeste à plusieurs niveaux.

Le harcèlement moral est une technique de destruction et non un syndrome clinique et il peut aboutir au burn-out, ou Syndrome d'épuisement professionnel...

Reconnaitre les mécanismes et les symptômes

Une première phase d'alerte qui apparait avec les symptômes du stress, d'angoisse, d'irritabilité, de perte de l'estime de soi, de sentiment de culpabilité mais aussi par des troubles alimentaires et du sommeil, les décompensations somatiques (modification du poids ou prise de poids, hypertension artérielle) ou comportementales (désengagement social, prise d'alcool ou de traitement anxiolytique par exemple)...

Une seconde phase qu'on appelle décompensation avec deux temps et des troubles psychiques manifestes:

- La névrose traumatique: angoisses, terreurs, pensées récurrentes des scènes professionnelles, insomnies...

- Les troubles psychiatriques graves: paranoïa, tendances suicidaires pouvant aller jusqu'au suicide....

Au niveau physique

Tensions musculaires, douleurs, fatigue. Si l'on ne casse pas la spirale infernale où il est enfermé et que l'on ne parvient pas à évacuer son stress, le burn-out peut en être l'issue fatale.

Au niveau psychique

Perte de confiance, d'estime de soi, la victime, n'ose plus se projeter et refuse de voir la réalité en face. Plongée entre souffrance, culpabilité, insécurité, elle perd tous ses moyens, si en plus elle peine à apporter la performance attendue par son entreprise, elle se persuade qu'elle est incapable et que sa place est en danger au sein de l'Entreprise et qu'au fond, elle mérite peut être ce qui lui arrive.

Quand on interroge les collaborateurs sur ce qui les stresse en Entreprise voilà ce qu'ils répondent:

  • Surcharge de travail et peu de temps pour le faire
  • Crainte de ne pas être compétent
  • Conflits et incivilités entre les personnes (entre les employés, entre employés et management)
  • Impossibilité de se projeter (du poste, de l'entreprise, etc...), et/ou face à la conjoncture
  • Peur des conséquences possibles d'une erreur
  • Non valorisation des efforts fournis
  • Changements répétés et non prévenus à l'avance
  • Non-respect des règles du contrats (horaires, salaires, primes, etc....)
  • Sur-compétition à l'intérieur de l'entreprise
  • Sous-charge de travail

Accompagner la souffrance au travail par les thérapies brèves

Sophrologie

La sophrologie permet de se réapproprier son corps afin de l'investir une nouvelle fois et de renforcer la confiance en soi. Avec des techniques de respiration, des exercices doux et dynamiques et des visualisations mentales positives, il va se remettre "en selle".

Le collaborateur va apprendre à prendre du recul et à se recentrer pour analyser et comprendre ce qui lui arrive. Le collaborateur va se retrouver et réinvestir son potentiel, apprendre à se redresser physiquement pour s'armer mentalement: évacuer la culpabilité et la mauvaise estime de soi, réduire l'anxiété, retrouver une nouvelle dynamique mentale pour rebooster ses capacités.

Hypnose

Le travail se fera sur le changement de comportement, et comment appréhender une nouvelle zone de sécurité où il ne subit plus mais devient acteur de son changement, une nouvelle façon de vivre le bureau et de casser le pattern. Travailler sur la résilience et pour trouver une nouvelle attitude positive. La tâche du psychothérapeute est d'aider l'individu à passer d'un stade à l'autre du cycle en l'aidant à modifier l'histoire et les troubles issus du harcèlement. Pour au final le projeter dans un avenir avec moins de souffrance psychologique. Pour comprendre que la faute est celle du harceleur et non la sienne et ainsi briser la culpabilité.

La santé au travail et la qualité de vie au Maghreb devrait viser les objectifs suivants:

  • Promouvoir et maintenir le plus haut degré de bien-être physique, mental et social des travailleurs dans toutes les professions;
  • Prévenir tout dommage causé à la santé de ceux-ci par leurs conditions de travail; les protéger dans leur emploi contre les risques résultant de la présence d'agents préjudiciables à leur santé
  • placer et maintenir le travailleur dans un emploi convenant à ses capacités physiologiques et psychologiques; en somme, adapter le travail à l'homme et chaque homme à sa tâche.
  • Casser la langue de bois pour une reconnaissance du harcèlement moral dans la médecine du travail et l'amélioration de la qualité de vie au travail

Sur un plan pratique et légal, les cas de harcèlement au travail relèvent classiquement de la responsabilité de l'employeur, ce dernier doit y apporter des solutions en faisant cesser la souffrance du salarié quitte à réprimer le plus rapidement possible le harceleur et à servir des dommages et intérêts à la victime en cas de recours en justice ou d'abandon de l'entreprise pour inaptitude.

C'est ensuite au Médecin du Travail de le déclarer inapte de façon temporaire à son poste afin de le soustraire de la source de souffrance et pour l'orienter vers son médecin traitant pour une prise en charge thérapeutique et un arrêt de travail.

Vous pouvez retrouver tous les conseils de Fériel Berraies sur son site. Vous pouvez lui écrire à: fbsophro@gmail.com

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.