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Enfants détenus: Comprendre les ravages psychologiques de l'incarcération

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JAIL CHILD
tinnapong via Getty Images
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Quatre jours après avoir été filmée en train de bousculer un soldat israélien, Ahed Tamimi, 16 ans, a été emmené menottée, sous l'œil des caméras de l'armée israélienne. Ahed Tamimi a comparu, le 20 décembre dernier, devant un tribunal militaire israélien. Elle est poursuivie pour avoir agressé un soldat, et risque jusqu'à sept ans de prison. Cette activiste palestinienne de 16 ans nous renvoie à la cruelle problématique de l'incarcération abusive des enfants et les conséquences psychosociales d'une détention longue durée sur leur devenir. Thématique endémique que j'ai par ailleurs abordée, dans mes deux ouvrages "Enfance et Violence de Guerre" Tome 1 et 2 parus aux éditions l'Harmattan en 2015. Autant vous dire, qu'ici je ne fais pas que rebondir sur l'actualité, je voudrais simplement mettre en lumière les dangers de la détention des enfants et les conséquences psychosociales que cela implique.

La Prison n'est pas une "punition dans les normes" pour un enfant

La privation de liberté, est la première sanction symbolique. Mais ce qu'on ignore ou en tout cas que ce l'on veut éluder la plupart du temps, c'est aussi la "peine psychologique" à long terme que la détention constitue sur l'enfant. L'enfermement quel que soit le facteur temporel et les motifs, amène son lot de retombée psychosociale peu anodines. En enfermant un enfant, nous allons "créer" un futur adulte désaxé "déviant" en dehors des normes et des réalités sociales.

De manière générale, la privation de liberté a des conséquences néfastes sur les enfants, d'autant plus quand les conditions de détention sont mauvaises. La prison nuit au développement physique, mental et émotionnel à cause des effets de l'enfermement et de la rupture avec la société. Ces enfants détenus n'ont pas les repères nécessaires à la construction de leur personnalité. La prison les prive aussi souvent des soins et d'une éducation appropriés et peut les exposer à la négligence ou à la brutalité physique ou mentale causée ou tolérée par les gardiens.

Enfants détenus, enfants psychologiquement instables

De nombreux enfants détenus souffrent d'anxiété, de peur, de pensées suicidaires et de comportements destructeurs. Beaucoup tombent malades à cause des mauvaises conditions d'hygiène, de logement et d'alimentation ou commencent à consommer de la drogue. Les suivis médicaux et psychologiques ne sont pas toujours disponibles, ni appropriés.

Ma réflexion ici veut s'intéresser sur les effets prolongés de l'enfermement. Quand on sait les retombées psychiques et comportementales de l'incarcération sur un adulte, qu'en penser quand il s'agit d'un enfant. Et parmi la panoplie des manifestations psychiques, l'état de stress post-traumatique (ESPT) consécutif à l'incarcération, détient le bouquet. Cette jeune fille, Ahed Tamimi, n'est pas préparée, au choc carcéral et à un mode de vie profondément dénormalisant, si le verdict de l'incarcération est décidé. Qu'importe la violation gravissime de ces droits les plus fondamentaux, elle n'est que le dommage collatéral d'une politique déshumanisée aveugle et géostratégique, mais ce que l'on doit aussi réaliser avec horreur, c'est que c'est son enfance qu'on va assassiner en plus de sa liberté.

Le stress de l'incarcération: comprendre son impact

Le coping ou la stratégie de faire face reste aléatoire et peu de recherches se sont réellement attardées aux conséquences collatérales de l'enfermement. Les quelques études disponibles nous brossent un tableau sur le stress causé par l'enfermement et notamment celui du choc à l'entrée en prison (Le Choc carcéral de Lhuilier, Lemiszewska, 2001 ; Harvey, 2004, 2005, 2007. Toutes ces enquêtes ont surtout mis l'accent sur le temps de l'incarcération ainsi que sur l'impact de la détention en termes de récidive et de résistance du crime. En revanche, les effets psychosociaux des longues peines d'emprisonnement (Goethals, 1980b) ont insuffisamment retenu l'attention.

À l'instar des traitements inhumains en prison qui ont été bien analysés et où il y a de la littérature (notamment par Austin, Irwin, 2001 ; Ross, Richards, 2003 ; Liebling, Maruna 2005a, 2005b ; Archer, 2008),mais rien sur la thèse d'un prolongement indéfini de la peine et des conséquences psychiques.

Les enfants privés de liberté, une catégorie vulnérable dans nos sociétés contemporaines

Partout dans le monde, des enfants sont régulièrement mis en détention. Plus d'un million d'entre eux seraient ainsi privés de liberté. Leur âge et les conditions d'enfermement sont cependant très différents d'un pays à l'autre. Dans tous les cas, cette pratique a des conséquences sur le développement et l'avenir des enfants concernés.

Les enfants peuvent être privés de liberté pour de nombreuses raisons, qui varient selon les pays:
  • Délinquance: vol, mendicité, vagabondage...
  • Risque de délinquance
  • Criminalité: agression, meurtre
  • Demande d'asile
  • Pour des raisons discriminatoires
  • Troubles ou handicaps physiques ou mentaux
  • Accompagnement de parents envoyés en prison
  • Protection sociale

... et bien d'autres encore

Quelques chiffres

La majorité des enfants privés de liberté seraient en détention préventive et auraient entre 14 et 18 ans. Le nombre exact d'enfants privés de liberté est impossible à déterminer à cause du manque d'études, mais l'UNICEF estime que plus d'un million d'enfants sont concernés. Leur proportion parmi les prisonniers varierait de 0.5 à 30% selon les pays.

La Convention Internationale des Droits de l'Enfant interdit la condamnation à perpétuité pour les enfants. Pourtant, aux États-Unis, plus de 2500 prisonniers condamnés à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle étaient mineurs au moment de leur crime, certains âgés d'à peine 13 ans.

Les différents lieux de détention

Les institutions dans lesquelles des enfants peuvent être privés de liberté sont notamment les suivantes:

  • Postes de police
  • Centres de garde à vue
  • Prisons (y compris prisons pour adultes)
  • Foyers de détention provisoire fermés
  • Camps de travail
  • Colonies pénitentiaires
  • Écoles spécialisées fermées
  • Maisons de redressement
  • Établissements d'éducation ou de formation professionnelle
  • Camps ou prisons militaires
  • Centres pour immigrants
  • Foyers de jeunesse fermés

Le conditions de détention doivent être monitorées.

Des règles qu'il faut absolument observer...

La détention en prison ou en foyer pour jeunes, qu'elle soit provisoire (pendant l'attente du procès) ou définitive (résultat d'une condamnation), doit être utilisée quand il n'y a plus d'autre solution et être la plus courte possible. Elle doit être ordonnée et enregistrée par une autorité compétente et doit respecter les droits et besoins spécifiques de l'enfant selon son âge, son sexe, ainsi que son état physique et mental.

Détail essentiel, les enfants doivent être séparés des adultes pour les protéger des influences néfastes ("contamination criminelle") et des situations à risque. Les études montrent que les enfants détenus avec des adultes ont cinq fois plus de risque d'être sexuellement agressés et deux fois plus de risque d'être battus.

Ils ont aussi le droit de recevoir des soins, une éducation et toute forme de soutien (psychologique, physique, juridique...) dont ils pourraient avoir besoin. Du matériel de loisir doit également être mis à disposition et leur liberté de culte doit être respectée dans la mesure du possible.

L'usage d'instruments de contrainte est limité à des cas exceptionnels et la torture est interdite. Une autorité compétente et indépendante doit avoir le droit de visiter régulièrement les lieux de détention pour vérifier les conditions de vie des enfants.

Il est important que les enfants ne soient pas coupés du monde extérieur, grâce notamment à des visites de leurs proches. Cela permet de limiter tout mauvais traitement et facilite le retour dans la société après la libération.

Mais ces règles sont souvent non respectées

Très souvent des enfants sont enfermés dans des prisons dont les conditions ne remplissent pas les critères internationaux. Parfois, ils sont enfermés avec des adultes, d'autres fois pour des délits mineurs ou même sans avoir commis de délits. Les conditions d'hygiène laissent généralement à désirer et l'accès aux soins ou à l'éducation est souvent inexistant.

Violations des droits de l'Homme et torture notamment avec les ex enfants soldats en Afrique
Certaines mesures disciplinaires violent les droits de l'homme et la torture est parfois utilisée par les autorités en charge des lieux de détention. Les violences peuvent aussi être causées par d'autres prisonniers à cause du manque de surveillance des gardiens et des mauvaises conditions de détention, même si elles sont plus rares entre enfants. Elles sont physiques (agressions, meurtres, viols) ou psychologiques (menace, manipulation, racket).

"Tous les matins, tu es forcé à travailler. Si tu ne le fais pas, ils te battent, versent de l'eau sur toi et t'enferment dans une pièce. Si tes amis ou tes parents se donnent la peine de venir te voir, alors peut-être que tu mangeras. Sinon, tu ne manges pas" - un jeune ex-détenu congolais de 16 ans.

La prison comme protection sociale
Dans certains pays, il se peut que des enfants soient amenés dans un lieu de détention parce qu'ils n'ont personne pour s'occuper d'eux et qu'ils ont besoin de soins et de protection. La difficulté est que, dans beaucoup de pays, le système de justice pour mineurs d'une part, et le système de protection de l'enfance ou d'assistance sociale de l'autre, se rencontrent au niveau du "lieu de détention". Un établissement pénitentiaire peut donc abriter des enfants qui ont été conduits là seulement pour leur protection.

Enfants en prison avec leurs parents

Partout dans le monde, quand les parents sont mis en prison, les enfants subissent des répercussions. La plupart vivent à l'extérieur, mais certains jeunes enfants sont nés ou emmenés en prison avec leur mère. Dans de très rares cas, ils y entrent avec leur père.

Les conditions et la durée de leur séjour changent beaucoup d'un pays à l'autre. Par exemple, ils peuvent rester jusqu'à 6 ans avec leur mère en Allemagne et seulement 18 mois au Royaume-Uni. C'est parfois tout simplement interdit. Il est difficile de dire quelle solution est la plus appropriée.

Enfants détenus enfants cassés socialement

Les enfants détenus sont souvent victime de discriminations sociales et de la perte de leurs droits civiques, politiques, économiques, sociaux ou culturels. Ils sont isolés de la société.

À leur sortie de prison, beaucoup de ces enfants ont du mal à trouver leur place dans la communauté ou vis-à-vis de l'autorité, surtout si leur détention a été longue. Ils sont perdus au niveau scolaire ou professionnel et les relations avec leur famille ou leurs amis sont parfois difficiles car la prison est souvent vécue comme une honte par le jeune et par ses proches. Exclus, ils retombent plus facilement dans la délinquance.

D'après le Bureau International Catholique de l'Enfance (BICE), certains enfants restent trop longtemps en prison pour pouvoir s'adapter à la vie extérieure. "Ils sont comme des oiseaux en cage qui ne savent pas voler".

À la sortie de prison, les enfants ex détenus doivent intégrer des programmes de citoyenneté tout en se faisant accompagner psychologiquement, pour espérer un jour retrouver leur place en société.

Pour retrouver ses conseils: www.feriel-berraies-therapeute.com

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