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Voilà pourquoi l'Algérie ne pourra pas exploiter le gaz de schiste

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SHALE GAS DAKOTA
Un site de forage au Dakota du Nord, le 1er octobre 2013. Les réserves de gaz de schiste ont donné aux Etats Unis plus d'autonomie en matière d'hyrocarbures. | Ken Cedeno via Getty Images
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À moins d'être taré, comment penser qu'avec un gaz à 2,8 dollars les 30m³ au marché spot, et 5 dollars par gazoduc, des gens qui refusent d'investir plus dans le gaz conventionnel découvert partout dans le bassin méditerranéen en offshore et au Kazakhstan en quantités phénoménales, vont se mettre subitement à investir dans une saloperie qui se trouve dans le pays à l'économie la plus tordue de la planète, avec une administration des plus farfelues, dans des milliers de puits coûtant au bas mot, 7 millions de dollars l'unité, avec un rendement total de 12,5 millions sur 20 ans et à peine 7 millions sur 4 ans.

Le schiste n'est un eldorado que pour les Etats Unis, et aux Etats Unis. Autrement les Chinois et les Argentins qui nous devancent en réserves estimées et en taux de récupération, ainsi qu'en capacités techniques, nous auraient déjà devancés, alors qu'ils sont importateurs nets.

Les cours internationaux, l'autonomie des Etats Unis, et l'offre disponible de la part de pays tous piégés autant que nous par la rente, rendent les occidentaux maîtres du marché, en tant que consommateurs, et n'ont strictement aucun besoin de fracturer chez les autres, même contre des taxes nulles.

Je parie qu'actuellement en mettant des périmètres à leur disposition gratuitement, sans rien nous payer, ils ne viendront pas, faute de rentabilité et de rendement à la tête de puits.

Aux Etats Unis la moyenne des puits en terme de production est de l'ordre de 72 millions de m³ sur 20 ans, avec un pic, à 43 millions sur les quatre premières années dont plus du tiers la première année.

Alors que leur taux de récupération est de 40% des réserves estimées, et le notre de 15%, ce qui laisse présumer que la roche mère n'est pas aussi infestée de bulles de gaz, rendant la production plus complexe, la fracturation plus intense, et la productivité moins attractive.

Pour maintenir une cadence de production de 50 milliards de m³/an, il faut déjà creuser au moins 3000 puits, et ensuite en dégressif chaque année, entre 1600 la deuxième année, et 200 la dernière, quelque chose comme 10.000 puits.

N'en ayant pas foré autant à la verticale depuis 1962, je me demande comment ils comptent faire pour les forer sur les 20 prochaines années, avec 3000 d'un coup, pour avoir la chance de sortir l'équivalent annuel de 9 milliards de dollars au mieux, et 5 selon les cours du spot.

Et comme personne n'est assez plombé pour laisser sa chemise dans une aventure pareille, et chez des gens où même les trucs les plus simples ne marchent pas bien, je suis curieux de savoir d'où ils comptent sortir les 20 milliards de dollars du premier jet, et les 60 pour toute l'affaire sur 20 ans.

Je crois que les Américains qui ont découvert en le dénommé Chikhoune une sorte de poisson-pilote, vers le banc de sardines qui nous sert présentement de pouvoir, ont quelques tubes rouillés à fourguer, et quelques plateformes à louer vu la dépression sur les cours chez eux, en attendant des jours meilleurs, sur leur marché interne.

Pour la nappe albienne, ils s'en foutent royalement, vu que la décantation peut se faire avec le temps, et que dans l'immédiat, ce ne sont pas leurs Indiens qui sont sur les front mais nos indigènes, qui ne sont pas soutenus par les gens du nord.

D'ailleurs lors de la dernière visite aux Etats Unis de notre ministre de la Rente, dénommé ministre de l'Energie à tort, je n'ai pas reconnu un seul responsable des majors américaines, en face de lui, mais des patrons de petites boites de forage, racolés par Chikhoune, alors qu'en 2013, Obama avait fait un forcing, en envoyant trois fois son ministre de l'Energie Hernandez à Alger, et Haliburton avait sponsorisé en partie une rencontre sur le gaz de schiste à Oran.

Ce qui a changé entre 2013 et 2017, est que les Américains qui n'ont jamais projeté d'investir dans cette forme de gaz, ailleurs que chez eux, ont tout simplement conclu que les réserves de change actuelles du pays, ne sont pas de nature à assumer en même temps les trous de gestion locaux, et un marché d'équipements de ce genre, et que les nôtres ne marcheraient pas dans une facture trop salée, faute de moyens.

Mais les petites entreprises de forage en difficulté qui pullulent dans le Dakota et Marcellus, peuvent être racolées par un marchand ambulant comme Chikhoune qui a dû leur promettre de vendre aussi bien des vaches, que des services pétroliers ambulants, à des gens qu'il pense avoir atteint le fin fond de la connerie duquel il ne semble pas être très éloigné.

De ce fait, même en n'ayant aucune confiance en la bonne foi et en la perspicacité de nos managers improvisés, j'ai une entière confiance, en leur terreur de voir les réserves de change plonger plus vite que prévu, et eux avec.

Je suis ce dossier depuis 2005, avec le détail des évolutions des forages américains dans le gaz et le pétrole de schiste, ainsi que les coûts et les courbes de production.

C'est ce qui m'a permis d'avertir en 2013, sur une chute imminente des cours, nos myopes locaux, et sur sa prolongation dans le temps, et je ne me souviens pas avoir vu les américains émettre le projet ou le souhait d'investir ailleurs que chez eux, même à la belle époque des cours confortables.

Je ne vois strictement aucune raison, pour qu'ils s'y mettent aujourd'hui, alors que leur stratégie et l'autonomisation et la casse des marchés, et pas l'approvisionnement à perte, alors que leurs alliés se bousculent avec du gaz donné, sans trouver client.

Pour vouloir investir dans un procédé complexe et coûteux, en pleine déprime des cours, ils faut être un vrai "faregh chghoul" comme il n'y en a que chez nous, et pour penser trouver un preneur même sans impôt, il faut être un rêveur invétéré.

Le plus comique dans cette histoire, est qu'un ministre qui surveille le recul des plateformes de forage américaines, comme une victoire pour les cours de sa rente, compte les remplacer par les siens, dans une logique qui laisse perplexe sur la forme des cerveaux de nos dirigeants.

Faute de rente, leur gouvernance est à nu, et faute de gaz pas de rente, au point où ils ont oublié leur autre gaz conventionnel, et même que d'ici 10 ans, ils peuvent le boire en grande partie, si on en fait pas des produits autres que la matière brute vendue actuellement.

C'est pour cela que je ne vois strictement aucune raison de paniquer, ou même de faire une polémique là dessus.

Et je pense que c'est juste une autre lanterne de Mouloud, du système à bout de souffle, de projet et d'arguments, pour faire patienter le chaland et trouver une autre diversion, celle de la décennie noire semblant avoir fait l'effet d'un pétard. Mouillé.

NB: En annexe vous trouverez les courbes de production moyenne par puits, telles qu'analysées par l'agence américaine de l'énergie en 2016, et le tableau que j'en ai tiré, par conversion et application de la courbe de déclin par années. Ce qui n'a rien à voir avec un discours politique.

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