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Dans les banlieues d'Alger...aujourd'hui méconnaissables!*

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BANLIEUE ALGER
Facebook/Fawzi Sadallah
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Dans les trois banlieues de la ville d'Alger ottomane, à savoir la banlieue d'Al-Bab Al-Jedid (Porte Neuve), de Bab Azzoune (Porte d'Azzoune), et celle de Bab El-Oued (Porte de la Vallée), la suprématie absolue des Andalous/Maures dans le domaine de l'agriculture est bien notable.

Ces banlieues, des bois sauvages s'étendant sur de larges collines de part et d'autre de la jeune capitale algérienne, se sont vite vues transformées en jardins féeriques, de style très oriental, par le génie de ces Ibériques musulmans chassés de leur patrie par les rois chrétiens Isabelle la catholique et Ferdinand.

Jamais Alger n'a été ainsi auparavant. Les voyageurs européens furent émerveillés par sa jolie verdure, par ses oliviers et par une large variété d'arbres fruitiers qui embellissaient le paysage tels que les pommiers, les orangers, les abricotiers, les cerisiers, les amandiers, sans oublier les larges terrains de vignoble...

Ce sont ces andalous/Maures ont introduit pour la première fois à Alger et dans toute l'Algérie plusieurs fruits et légumes inconnus jusque là dans ces contrés. Citons entre autres les artichauts, les petits pois, l'aubergine, la tomate, la pomme de terre, le poivron, le citron, les vignes.

Ils ont également ramené avec eux plusieurs variétés de fleurs qu'ils utilisaient dans la fabrication de parfums dans des laboratoires spécialisés et ont réussi à s'imposer dans ce domaine qu'ils ont quasiment monopolisé en Algérie et ailleurs dans le monde arabo-musulman et en Europe.

banlieue alger

Au centre de chacun de ces vastes jardins d'Alger, on construisait des palais et des villas selon le modèle architectural d'Al-Andalous (de Grenade, Séville ou Ronda...) qui en faisaient, et sans exagération, les plus belles et les plus raffinées du monde méditerranéen, ayant laissé de grands échos dans les mémoires et récits de voyages, à l'instar de celui du portugais Joào Carvalho Mascarenhas qui visita Alger en 1627.

Ses descriptions des vergers et palais d'Alger subjuguaient le fameux historien français des années 1950 Fernand Braudel qui les a reprises dans ces œuvres d'Histoire méditerranéenne.

L'interprète de Mascarenhas, lui ira jusqu'à assurer qu'en 1830 à la veille de la colonisation de l'Algérie par la France les maisons de campagnes entourant la médina d'Alger étaient au nombre de 10000 maisons, alors que le nombre des jardins et vergers s'élevait à 20 000.

andalous

Quant au Britannique le Docteur Shaw qui s'est installé à Alger entre 1720 et 1732, il était fou amoureux de cet œuvre agro-esthétique andalou-moresque et en dit, bien qu'il ne portait pas les Algériens dans son cœur : "Les collines et les vallées des environs d'Alger sont couvertes de maisons de campagnes et de jardins, où les plus riches habitants vont passer l'été. Toutes les maisons sont badigeonnées à la chaux, et entremêlées d'arbres fruitiers et autres qui produisent l'effet le plus agréable, vues de la mer...".

Quant à Fernand Braudel lui-même, il glorifie la beauté de la campane d'Alger en disant : "Les jardins, gloires de mainte ville méditerranéenne, sont, près d'Alger, somptueux, entourant les maisons blanches d'arbres et d'eau jaillissantes...".
Braudel n'hésite pas à parler avec émerveillement des "Rais d'Alger ... dans leurs maisons de ville et leurs villas du Sahel, où, dit il, les jardins sont les plus beaux du monde...".

Parmi, ces jardins somptueux, jardins à la mode andalouse, dont une importante partie sera malheureusement détruite ou vandalisée par les forces militaires coloniales dés les premiers jours de la colonisation, ainsi que par des colons venus des quatre coins d'Europe, dont des Français, des Maltais et des Minorquins, les Archives de l'époque ottomane citent : Le Djenan (verger) de Sidi Mohamed Al-Harrar à Ain Essoultane, Bhirat Al-Haffaf à Al-Hamma, Djennat (jardin assimilé au paradis) Maammar Al-Dabbagh à Bir Khadem, Djennat Sidi Mohamed Al-Aattar Ben Romman à Bir Khadem, Djenane Bent Al-Djiyyar à Beni Mesous, Djennat Ibraahim Ben Al-HAssar à Oued Erromène, Djennat Al-Fahriyya à Ain Errbot (Champs de Manœuvres), Et enfin la Djenna achetée par Al-Hadj Ahmed Ben Said Al-Andalousi à Fahc Essad à l'extérieur de la porte Bab El-Oued au mois du Ramadhan de l'année 1643....

Et bien évidemment, nous ne citons ici que quelques jardins appartenant à des Andalous/Maures, sans parler des propriétés du reste des habitants de la ville et ses proches banlieues...

Nos ancêtres, qui sont aussi les ancêtres de nos amis et voisins espagnols, et que nous avons trop oublié, étaient des gens très raffinés...ils avaient du goût...Nous, e leur ressemblons plus et depuis déjà bien longtemps!

*Source : Fawzi SADALLAH: La diaspora andalouse en Algérie et dans le monde. Dar Kortoba. Alger 2016.

couverture du livre

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