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Ouiza Bacha ou la passion de la céramique berbère

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Fatma Fetouma
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Je re-publie ces lignes écrites il y a deux ans pour rendre hommage à une femme qui a défrayé la chronique par son travail, son intelligence et sa création puis est partie humblement sans être connue du grand public.

Ouiza Bacha est née en 1943 à Tasaft (Grande Kabylie) dans un village à priori sans grande tradition potière. Elle poursuit ses études à Alger et devient institutrice puis professeure de collège. En 1977, elle accompagne son époux, chirurgien dentiste, en Bretagne pour un travail de spécialité. Là, s'ouvrant à diverses expériences (vannerie, peinture sur soie...), elle s'initie à la poterie et au travail de la terre cuite qui deviennent immédiatement pour elle une véritable passion. "La terre, c'est quelque chose de palpitant, de sensuel. Si vous la touchez une seule fois, vous y revenez". Elle entame sa formation de céramiste auprès d'un maître potier breton spécialiste du grés et va se perfectionner en sillonnant la région à la découverte des différentes techniques et méthodes.

Rentrée en Algérie en 1981, elle crée son atelier et se trouve très vite confrontée au problème de la terre qu'il faut préparer soi même et qui, spécifique à chaque région, ne supporte pas nécessairement les hautes cuissons. Avec l'aide de son époux converti à sa passion, elle parcourra le pays pour reconstituer un matériau adapté aux technologies modernes.

C'est auprès des potières des Ouadhias et de Maâtkas, célèbres pour leurs pièces, qu'elle va continuer à se former à la poterie traditionnelle. Très proche des objets qui l'ont entourée durant son enfance, elle reproduit l'héritage traditionnel en renouvelant sans cesse les formes, les décors, les modes de cuisson et les couleurs. Et le résultat en est surprenant de beauté et de modernité.

ouiza bacha

Une femme très passionnée et convaincue de la valeur culturelle et anthropologique de la céramique berbère, qu'elle s'est efforcée de la faire connaître et de la vivifier en la confrontant à la modernité ...

En 2006, avec le concours de son époux et de l'artiste peintre Nouredine Bouder, elle aménage une maison berbère ouverte à tous à Montpellier et dans plusieurs autres villes en France. Ses œuvres ont notamment été présentées au cours de l'exposition "Ideqqi, art de femmes berbères" au Musée du Quai Branly à Paris en 2007 et au Musée de la civilisation de Québec en 2009.

Elle s'est éteinte le 6 mai 2013, après un long combat contre la maladie et je garde d'elle l'image d'une femme passionnée qui, en discutant avec ma Djedda dans la cage d'escalier, allait chercher du papier calque pour calquer les tatouages sur le front, le menton et les poignets de cette dernière afin de pouvoir es reproduire par la suite sur ses poteries artistiques.

Nous devons saluer en elle la gardienne des savoir-faire ancestraux, la grande artiste résolument contemporaine, la femme, enfin, si fidèle à ses héritages qui a su redonner à cette tradition millénaire ses signes de noblesse".

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