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Sauvons un vieil hôpital de Rabat

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PATRIMOINE - Il est vrai que la vocation première d'un hôpital est de sauver et non d'être sauvé. Cependant, dans la ville de Rabat, un hôpital agonise. Ses murs sont atteints d'une lèpre qui les ronge sous le regard perplexe de la population et l'indifférence des responsables de la ville. Pourtant, venir en aide à ce haut lieu de la médecine militaire relève de l'humanitaire. En effet, cet hôpital, l'ancien hôpital Marie Feuillet est un bijou architectural qui pourrait faire sans difficulté partie du patrimoine mondial.

A chacun de mes passages devant cette maalama*, je suis bouleversée par la beauté de son architecture mauresque et par son état chaque jour plus délabré. Après le déménagement de l'hôpital vers sa nouvelle adresse dans un quartier résidentiel de la ville, a commencé sa décrépitude. L'entretien est désormais réservé à la version moderne laissant l'ancien lieu pourtant chargé d'histoire livré à l'érosion.

A mon sens, même si on n'a pas une connaissance précise de son histoire, on ne peut que s'arrêter devant sa majesté et s'offusquer de son sort actuel.

J'avoue que je m'interroge souvent sur les raisons de ce laisser-aller ou désertion pour rester dans le vocabulaire militaire. Est-ce qu'on attend que les murs de ce lieu tombent jusqu'au dernier pour pouvoir justifier sa démolition et offrir le terrain à la spéculation immobilière qui depuis des décennies s'acharne à défigurer le pays?

Ma hantise est de voir cette maalama se transformer en un lotissement comme on en voit un peu partout sur lequel pousseraient des immeubles laids qui ressemblent plus à des clapiers qu'à des logements pour êtres humains. Et même quand ils sont d'un standing moyen, ils deviennent rapidement des lieux où se dissémine la misère de la condition humaine.

Pourquoi est-ce si difficile pour les responsables de la ville de se mobiliser pour sauver ce haut lieu de l'histoire et bijou architectural? Est-ce si ardu de trouver et convaincre un mécène du bien fondé de son sauvetage? Est-ce rêver que de les voir s'échiner à transformer un féroce spéculateur immobilier en un restaurateur de cette maalama même si c'est pour une exploitation rentable?

Au fait, au lieu de rester à se demander où se situe la responsabilité de la détérioration ne serait-il pas plus intelligent d'initier une action participative et de rédiger une pétition pour la sauvegarde du monument, droit désormais constitutionnel?

*Mot arabe désignant un monument de grande valeur