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Prisonnière graciée: Tapage médiatique et perplexité juridique

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KHADIJA AMRIR
Medi1TV/Capture d'écran
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JUSTICE - J'ai assisté récemment, devant le petit écran, comme certainement la plupart d'entre vous, à la sortie retentissante d'une prisonnière qui a bénéficié de plusieurs grâces dont la dernière pour bonne conduite. En effet, sa libération a été couverte par les chaînes nationales qui ont retransmis par la même occasion un évènement de taille: l'accueil de l'ex-prisonnière par le secrétaire général du Conseil national des droits de l'Homme (CNDH), institution constitutionnelle qui l'a soutenue dans sa demande de grâce.

Ma perplexité juridique commence lorsque j'apprends que cette dame a commis un meurtre avec semble-t-il préméditation et pour lequel elle a été condamnée à mort. Cette condamnation a été ensuite commuée en un emprisonnement à perpétuité qui, grâce à une bonne conduite, a fini par une libération.

A l'ouverture des portes de la prison, la libérée a été prise d'assaut par les micros de différents journalistes. Bien maquillée et pimpante, elle a répondu aux questions avec une assurance qui lui a fait dire qu'elle a toujours cru à sa libération un jour ou l'autre. Là, ma perplexité s'est amplifiée au point de me submerger. Comment peut-on permettre un tapage médiatique pour la sortie de prison d'une personne qui, après tout, a ôté la vie à une autre? Et même si l'on est contre la peine de mort, les télévisions marocaines auraient pu avoir une pensée charitable pour la famille de la personne assassinée.

Véritablement, l'accueil relevait du surréalisme. De surcroît, le téléspectateur qui a raté le début de la retransmission, plus exactement les images de la sortie de prison, aurait pu légitimement penser que la personne accueillie l'a été après avoir effectué une mission importante pour le pays. Est-ce que cette libération avait besoin d'un tel tapage médiatique? Est-ce que le CNDH n'aurait pas dû garder une réserve conforme à son statut d'institution constitutionnelle même s'il a joué un rôle dans cette libération? Et en admettant que la graciée ait fait l'objet d'une monstrueuse erreur judiciaire, n'aurait-il pas mieux fallu se battre pour une révision de son procès et pour une réhabilitation?

Ce tapage médiatique pose la problématique de la moralité juridique car en général les lois sont établies pour fixer les normes d'une société et le respect de la vie humaine demeure le plus sacré et le plus durement puni d'entre elles. Il est vrai que de nos jours cette norme est remise en cause presque au quotidien en raison d'une folie meurtrière mondiale mais n'est-ce pas une raison de plus pour garder cette libération discrète ? Ma perplexité juridique demeure grande!

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