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La violence dont sont victimes les femmes serait-elle liée à une politique sociale déficiente?

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WOMEN CEUTA
Anton Meres / Reuters
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SOCIÉTÉ - La violence dont sont victimes, de nos jours, au Maroc, un grand nombre de femmes pousse à s'interroger sur l'efficacité de la politique sociale du pays. Et pour parler correctement de cette violence, il ne faut négliger aucun de ses aspects, ni le physique ni le moral.

Concernant la violence physique, sa dernière illustration a été l'évènement malheureux qui a eu lieu récemment aux environs d'Essaouira et au cours duquel quinze femmes sont mortes et plusieurs autres blessées, suite à une violente bousculade, à l'occasion d'une distribution caritative de biens de première nécessité.

Il est vrai que s'il n'y avait que des hommes lors de cette distribution, ils auraient subi le même sort avec la même violence. Cependant une question s'impose: pourquoi la quasi-totalité des présents était des femmes? Est-ce par un goût prononcé pour la bousculade ou est-ce parce que les femmes sont de plus en plus dans l'obligation de subvenir aux besoins de leurs familles?

Cette responsabilité qui est relativement récente met souvent les femmes dans des situations de précarité d'autant plus que la plupart d'entre elles ne possèdent pas les formations requises par le marché du travail ou pire encore, sont tout simplement analphabètes. Ainsi de nos jours, le constat est que la précarité sociale, en plus de revêtir un aspect alarmant au Maroc en milieu rural et urbain, est de plus en plus féminine.

Le chômage des hommes mais surtout la mutation sociétale en sont les principales causes. Elles font que les hommes ne peuvent plus être les soutiens de familles d'antan et quand ils le sont, vu les exigences de la vie moderne, ils ont besoin de l'aide des femmes de la famille. De plus, le mariage tardif des filles accentue cette situation puisqu'elles se retrouvent dans l'obligation de se prendre en charge.

Cette mutation sociétale, après des siècles de prise en charge masculine, peut, elle-même, être vécue par les femmes comme une violence. Le rôle de l'Etat, dans ce contexte, est d'intervenir pour rasséréner le climat social et le canaliser par une reconnaissance claire du rôle économique actuel des femmes. Il ne peut le faire que par des politiques publiques qui sécurisent l'espace public et mettent en place une protection sociale contre la précarité.

L'évènement d'Essaouira n'illustre malheureusement pas le cheminement vers ce genre progrès, on reste toujours dans la violence à l'instar des bousculades mortelles dont ont été victimes, il n'y a pas si longtemps, les femmes-mulets qui travaillent quotidiennement aux frontières avec l'Espagne pour subvenir aux besoins de leur famille. Ces femmes transportent souvent sur leur dos des marchandises de contrebande pesant plus que leur poids. L'existence même de ces femmes est une honte pour l'Etat marocain car il a échoué à leur assurer un travail qui sauvegarde la dignité humaine.

Ces deux exemples de violence physique ne sont évidemment pas les seuls dont sont victimes au quotidien les femmes dans les espaces publics et privés.

Ceci dit, il ne faut surtout pas occulter les violences morales qui sont hautement handicapantes socialement même si elles ont la particularité de ne pas laisser de traces physiques. Dans ce registre, les lois et les coutumes discriminatoires envers les femmes, engendrent leur bannissement ou du moins leur fragilisation dans les espaces publics. Une fragilisation qui est en lien direct avec le déficit de leur représentation aux postes de responsabilité et dans les hautes instances. Cet état de fait les maintient dans une situation de minorité alors même qu'elles représentent la moitié de la population.

Ce contexte force à déduire qu'une politique sociale réellement efficiente devrait avoir pour objectif principal la promotion de l'égalité des chances et de l'égalité des sexes. Ainsi, la réforme des lois et de coutumes discriminatoires est plus que nécessaire car ces dernières perpétuent la précarité des femmes, fragilisent la société entière et intensifient sa violence.

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