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La constitution, tout simplement

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MANIFESTATION SOUTIEN HIRAK RABAT
AIC PRESS
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Photo: Altercations entre manifestants et policiers lors d'une manifestation à Rabat en soutien aux détenus du Hirak d'Al Hoceima, le 8 juillet 2017

JUSTICE - La mise en œuvre de seulement deux principes fondamentaux de la constitution pourrait faire émerger le Maroc sur le plan international. Ce sont l'indépendance de la justice et la reddition des comptes.

En effet, l'effectivité de l'indépendance de la justice garantira la protection des droits de la population et la sanction des différents abus. Elle sera, à elle seule, le moteur du rétablissement de la confiance dans les différentes institutions publiques.

Il semble cependant que, malgré la récente réforme de l'organisation judiciaire et la mise en place du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, les évènements que vit actuellement le Maroc ne font que consolider la méfiance envers la justice.

L'incarcération des manifestants de ce qui est appelé le Hirak du Rif et l'ouverture de leur procès hors du chef-lieu de la manifestation, donc loin de leurs familles, ne peuvent être en aucun cas les expressions d'une justice mature et indépendante. Ces manifestants pacifistes, même en cas de sévérité et d'absolue nécessité de procès, auraient pu être jugés en état de liberté provisoire car, constitutionnellement, ils sont encore présumés innocents.

Dans ce contexte, un fait est à prendre en considération: la majorité de la population marocaine et des observateurs sont désormais convaincus que les revendications des manifestants du Rif sont économiques et sociales et par conséquent ne méritent nullement la mobilisation actuelle des ressources humaines et des deniers publics que nécessite l'organisation de leur incarcération et celle de leurs procès.

En se penchant sur leurs revendications, il semble clair qu'elles sont le résultat d'une mauvaise gestion de projets économiques et sociaux qui devaient induire la région du Rif dans un meilleur-être sous forme d'opportunités de travail et de prise en charge sur le plan de la santé. Et là, nous nous trouvons face à la nécessité de la mise en œuvre du principe constitutionnel de la reddition des comptes, autrement dit la recherche et l'interrogatoire du décideur qui a failli à sa responsabilité.

Car toute responsabilité, à quelque niveau où elle se trouve, devrait être évaluée au moins annuellement pour ne pas arriver à des situations difficiles à résoudre. Celui qui a failli devrait être pénalisé, voire démis de ses fonctions.

Par ailleurs, la responsabilité, si l'on opte pour le progrès, a un corollaire incontournable: le mérite en ce sens que le responsable doit être en phase avec la responsabilité qui lui est octroyée. Il doit, pour pouvoir l'assumer, posséder aussi bien les capacités intellectuelles que managériales.

Cependant, ce que l'on constate fréquemment c'est l'absence de lien entre l'octroi de la responsabilité et le mérite. Pire encore, ce dernier est considéré comme négligeable face aux liens familiaux ou partisans. Et ainsi, nous voyons rarement la personne qu'il faut à la place qu'il faut, ce qui constitue en soi une grave fissure dans l'édifice de la gouvernance publique telle que reconnue sur le plan international car le mérite facilite la reddition des comptes.

Pour conclure, il semble évident qu'en recourant tout simplement à sa constitution par la mise en œuvre des principes de l'indépendance de la justice et celui de la reddition des comptes, le Maroc évitera les situations malsaines comme celles que vivent la région d'Al Hoceima et d'autres régions. Il pourra même prétendre à l'émergence.

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