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Événements d'Al Hoceima: et après?

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AL HOCEIMA
Youssef Boudlal / Reuters
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SOCIÉTÉ - En un mot comme en plusieurs, les événements d'Al Hoceima sont la conséquence de la gouvernance politique actuelle qui n'est plus en phase avec les besoins de la population. La population marocaine a évolué alors que la gouvernance stagne dans un schéma qui dure depuis des siècles et qui repose sur l'exploitation et les harka en cas de rébellion (siba).

En outre, après l'indépendance, les partis politiques qui encadraient les populations et leur servaient de courroie de transmission ont fait l'objet de scissions et, pour finir, se sont éloignés de leurs bases.

Les Marocains d'aujourd'hui n'ont rien à voir avec leurs ancêtres ni même avec leurs pères et ceci malgré un enseignement défaillant. Ils n'ont plus envie d'attendre le bon vouloir de gouvernants qui, hormis dans de rares exceptions, gesticulent, du matin au soir, pour satisfaire leurs propres intérêts, ceux de leurs proches et peu souvent ceux des gouvernés.

Les nouvelles technologies de l'information et de la communication ne sont pas étrangères à cette promptitude à la revendication. La population ne supporte plus de faire face, au quotidien, à une bataille sans merci pour la moindre miette de ses droits, droits par ailleurs universellement reconnus, alors qu'elle voit des pays où le citoyen est au centre de toute politique publique et où ses droits sont respectés.

Se battre pour trouver un transport en commun qui ne soit pas un clou et qui roule afin de rejoindre son travail (s'il existe) son école ou l'hôpital est considéré, de nos jours, comme une atteinte à la dignité humaine.

Les Marocains d'aujourd'hui ne supportent plus la comparaison de la gestion de leur pays avec celle des pays qui œuvrent au bien-être de leur population et surtout ne la comprennent pas puisque les moyens de bien gérer le pays existent même s'ils sont limités.

Ils ne supportent plus l'enclavement et la négligence dont souffrent plusieurs régions, héritage de la division coloniale du Maroc qui privilégiait la partie utile pour les colons. Soixante ans après l'indépendance du pays, cette différence existe encore et leur est intolérable.

Autre complication, c'est de voir des dirigeants négliger sciemment l'intérêt général sans avoir à rendre des comptes et sans être punis. La population les voit se pavaner alors que les réseaux sociaux les informent de la destitution de responsables, dans d'autres pays, à la moindre négligence, sans parler des conflits d'intérêt qui les font tomber comme des mouches.

Voir des projets grandioses débuter mais tarder ou ne pas aboutir est aussi un point d'interrogation sur leur viabilité et la responsabilité de leur retard ou échec.

Ce sont là des raisons qui ont fait sortir la population dans les rues d'Al Hoceima et qui risquent de faire sortir d'autres Marocains si les gouvernants ne prennent pas en compte les revendications, de quelques lieux qu'elles viennent, et modifient leur manière de gérer.

La population d'Al Hoceima ne fait que réclamer ses droits élémentaires. Cette revendication ne peut en aucune façon être assimilée à une trahison envers son pays, à des intentions séparatistes ou tout bonnement à la sacro-sainte fitna. Elle est pacifique, légitime et une preuve de la bonne santé de toute une population. Continuer à la diaboliser et à la réprimer est la meilleure façon de la faire verser dans la violence car chacun sait que la violence appelle la violence.

Seule une rectification sérieuse, concrète et non sécuritaire de la gouvernance politique apaisera les esprits et fera rentrer réellement le Maroc dans le 21ème siècle. Autrement, les troubles seront indéniablement au rendez-vous, ce qui ne serait bénéfique ni pour la population ni pour les gouvernants qui périront de leur autisme politique.

La gestion juste des évènements d'Al Hoceima deviendra l'indicateur du changement dans la gouvernance de la chose publique ou du moins d'un pragmatisme politique.

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