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De la part d'une frontalière marocaine

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ALGERIAN BORDER MOROCCO
Youssef Boudlal / Reuters
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SOCIÉTÉ - Cela fait presque un quart de siècle que les frontières terrestres entre l'Algérie et le Maroc sont fermées. Les autorités algériennes qui ont pris cette décision semblent s'y entêter bien qu'un certain nombre de leurs caciques, vu leur âge, sont allés peupler les vertes prairies de Manitou hormis leur chef actuel qui résiste à la grande faucheuse et à qui il faut reconnaître au moins cette force.

Ce qui vient d'être dit n'est pas du simple cynisme mais la preuve, s'il en faut, d'un mépris total pour la population des deux pays et en particulier pour la population frontalière. Car il ne faut pas oublier que les frontières qui les séparent sont longues d'environ 1600 kilomètres et que la population frontalière qui se compte par centaines de milliers de personnes a de tout temps commercé entre elle et noué des liens matrimoniaux et familiaux très forts. Il ne faut pas non plus occulter que les frontières algériennes actuelles ne datent que de la colonisation française.

Dans ce sens, la population frontalière est la plus pénalisée et prise en otage par cette fermeture puisque nombre de familles du même sang, séparées quelquefois par deux ou trois kilomètres, se trouvent obligées de faire un millier de kilomètres pour se rendre visite.

Pour avoir une idée de la force de ces liens familiaux, il suffit de savoir que, nous frontaliers, passions presque toutes nos vacances scolaires et vacances tout court dans le pays voisin que nous connaissions en définitive mieux que le nôtre!

La population frontalière ayant donc un genre de vie particulier, a tout de suite rejeté la fermeture des frontières et s'est organisée pour protéger ses rapports dans... l'illégalité. Ainsi, le commerce est devenu contrebande et les visites familiales, des passages clandestins des frontières.

L'illégalité "vivrière" dans la région était acceptée aussi bien par la population qui la considérait comme une prestation de services que par les autorités elles-mêmes en dehors des rares périodes de crispation.

En fermant leurs frontières, les autorités algériennes avaient pour objectif premier de mettre le Maroc économiquement à terre mais presque un quart de siècle plus tard, ce dernier a consolidé son économie, son système bancaire et entrepreneurial au point de les exporter dans le continent africain. N'en déplaise à Monsieur Messahel qui est soit mal informé soit figé dans une mauvaise foi ou les deux à la fois!

Reste que le vrai perdant est l'espace maghrébin que la population maghrébine appelle de ses vœux sans succès car les savoir-faire marocain, tunisien et, pour être polie, algérien pourraient profiter à sa population et l'aider à acquérir une citoyenneté que les autorités de ces pays seront obligées de respecter au lieu de faire impunément ce qui sied à leurs intérêts étriqués.

Dans cette perspective, la population frontalière algéro-marocaine, du fait de la force de ses liens, pourrait devenir un vecteur de pacification entre les deux pays.

Moi frontalière, j'appelle de tous mes vœux cette pacification et espère être, pour cela, entendue par les frontalières et les frontaliers algéro-marocains ainsi que par toutes les bonnes volontés.

Fatiha Daoudi est l'auteure d'une thèse de doctorat: "Vécu frontalier algéro-marocain depuis 1994, quotidien d'une population partagée", éditions l'Harmattan, 2015.

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