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Danger de l'errance politique

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HOCEIMA
Youssef Boudlal / Reuters
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POLITIQUE - La contestation populaire qui s'est déclenchée, il y a sept mois, à Al Hoceima ne s'essouffle pas mais, bien au contraire, elle s'intensifie au point de devenir nationale. Les manifestations dans les différentes villes du Maroc et la marche de Rabat qui a regroupé des dizaines de milliers de personnes en sont l'illustration. Elles clamaient leur solidarité avec les habitants d'Al Hoceima dans leurs revendications sociales et réclamaient la libération des contestataires emprisonnés.

Ce bouillonnement populaire ne trouve cependant aucun écho opportun de la part des responsables politiques mis à part le verrouillage sécuritaire. Le ministre d'État aux droits de l'Homme reste coi face aux dénonciations de mauvais traitements lors des arrestations des protestataires, probablement parce qu'il estime qu'il ne s'agit pas d'atteintes aux droits humains ou alors il se terre au lieu d'exercer ses prérogatives.

Le ministre de la Justice, quant à lui, soutient mordicus et sans ciller que l'instruction et les procès obéissent aux règles de l'équité et ne font l'objet d'aucun dépassement. Ceci dit, il n'arrive à convaincre personne puisque les avocats des inculpés, leurs familles et les observateurs continuent à dénoncer les abus.

Dans ce contexte et malgré les multiples et divers appels à une médiation royale afin de calmer les esprits échauffés, l'intervention du chef de l'État est toujours attendue. Il est vrai qu'il a donné des instructions pour que quelques ministres se rendent à Al Hoceima afin d'écouter la population et prendre connaissance de ses revendications. Mais cette mission n'a pas eu le succès escompté puisqu'une grande partie de la population a refusé de les rencontrer car elle ne reconnaît aucune légitimité à ces émissaires et rend même tout le gouvernement responsable de ses maux.

Parallèlement à ce mutisme, les Marocains ont appris par les médias l'offre de médiation de leur pays dans la crise actuelle du Golfe et l'envoi de quatre avions de ravitaillement au Qatar que la crise fait subir un embargo. Cet évènement les pousse à s'interroger sur les priorités de l'État.

Alors que les arrestations se poursuivent dans les rangs des manifestants et que la présence de la police et de l'armée est renforcée, il y a lieu de se demander quelle est la stratégie de l'État, si elle existe, pour faire face à la crise que vit la région d'Al Hoceima et à son prolongement dans les autres villes du pays. Y a-t-il une volonté d'apaisement ou au contraire un entêtement dans un autisme politique qui risque d'embraser la région du Rif et les autres régions du pays?

L'apaisement ne peut venir assurément que d'une réponse responsable aux revendications sociales des habitants de la région d'Al Hoceima mais aussi des autres régions du pays. Ce genre de réponse pourrait être issue d'une équipe gouvernementale restreinte et efficiente et non d'une pléthore de ministres qui se terrent en attendant les instructions.

En outre, pour que l'apaisement soit définitif, la relaxe des personnes arrêtées est nécessaire. Ces conditions réconcilieront les Marocains avec leurs institutions, rétabliront leur confiance en elles et signifieront la fin d'une errance politique dangereuse.

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