LES BLOGS

Des points de vue et des analyses approfondis de l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Faten Khayat Headshot

Question de ''bon sens"

Publication: Mis à jour:
THINKING
PeopleImages via Getty Images
Imprimer

Qu'est ce qui fait que, lors d'une prise de décision ou de réflexion sur un sujet quelconque, nous soyons sûrs d'avoir raison?

Qu'est ce qui fait que, dans des cas extrêmes mais de plus en plus fréquents dans cette période que nous vivons, des êtres humains se donnent le droit de tuer leur semblables pour imposer des croyances? Pourquoi y a-t-il toujours eu à travers l'histoire des gens ou des peuples qui exterminent d'autres au nom d'idéologies?

Quelle est cette faculté de la raison humaine responsable de cette attitude, de cette intolérance capable de sombrer dans le meurtre?

Au delà de certains traits du caractère humain comme l'inclination à la domination, le narcissisme ou la vanité; c'est plutôt le "bon sens" qui est le géniteur d'une telle aptitude. C'est le "bon sens", à savoir la capacité à bien juger ou à bien raisonner qui nous donne cette assurance d'avoir raison, de distinguer le vrai du faux, le bien du mal.

Au XVIIème siècle, Descartes entame son livre "Discours de la méthode" par la phrase suivante: "Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée: car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose, n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont".

Mais si chacun d'entre nous a suffisamment d'entendement, pourquoi alors nous trompons nous assez souvent? Pourquoi certains sont sur le "bon" chemin et d'autre pas? Le bon sens n'est-il pas "bon" chez tout le monde?

C'est que, d'une part, la faculté de bien juger se construit et se nourrit de l'éducation parentale dès la petite enfance, des spécificités socioculturelles de l'entourage de l'individu, de doxa et de préjugés, de vérités et de dogmes religieux, des acquis éducatifs tout au long de la scolarité. Tout ceci lui procure un caractère assez subjectif.

D'autre part, le mécanisme du bon sens est fondé sur la manière de mener le raisonnement, l'aptitude à l'analyse profonde, le degré de rationalité de la personne. Un mécanisme qui sera continuellement et inconsciemment biaisé par les aléas psychiques propres à chaque être humain.

Dans certain cas, cette assurance d'avoir raison a besoin de montrer que l'autre a tort. C'est le cas notamment des idées ou de doctrines totalitaires, des adeptes de la vérité unique.

Ceux qui tuent au nom de leurs religions ou de leurs idéologies, ne doutent point de leur bon discernement, ils utilisent textes sacrés et dogmes pour justifier le tort de ceux qui doivent être anéantis.

Pour éviter au bon sens de tomber dans ces cas extrêmes, il faut cultiver chez l'individu la notion de doute, l'esprit critique face à l'hégémonie des idées, le dialogue réceptif et tolérant. Il faut s'exercer à ne pas se précipiter dans des analyses peu profondes, à ne pas laisser le passionnel triompher du rationnel. Il serait judicieux d'enseigner à nos enfants les méthodes et les outils d'une analyse approfondie et multidirectionnelle. Leur rappeler qu'en général nous ne pouvons détenir que des vérités partielles. Seules l'humilité devant la prétention du bon sens, la remise en question continuelle de soi, pourront modérer cette tendance à l'égarement de la raison.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.