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Pérennité des organisations à but non lucratif: Au-delà des fonds

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HUMANS
Bernhard Lang via Getty Images
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Une des choses que j'aime le plus dans le contact quotidien avec les organisations à but non-lucratif est la possibilité de rencontrer les personnes courageuses, généreuses et engagées qui sont derrière leur existence. Ces organisations à but non-lucratif sont capables de générer beaucoup d'impact et les personnes qui les gèrent trouvent souvent des manières ingénieuses de faire avancer leurs organisations, même en milieu parfois hostile.

Cependant, un autre point commun entre ces organisations est la difficulté de pérenniser leurs activités et parfois même l'organisation. Nombre d'entre elles se battent quotidiennement pour préserver les ressources limitées dont elles disposent ainsi que pour en trouver de nouvelles. Certaines finissant dans le cercle vicieux d'avoir à faire le choix difficile entre l'impact et la recherche de fonds.

Est-il prioritaire de se concentrer sur les fonds au dépend de la mission étant donné les ressources humaines limitées? Ou, au contraire, se concentrer sur la mission, au risque de mettre en péril l'existence de l'organisation?

Un choix difficile.

À partir d'observations personnelles, voici quelques recommandations et points de discussion pour les organisations à but non-lucratif qui souhaitent renforcer leurs stratégies de pérennité.

N°1: Il ne s'agit pas que de fonds

Quand on parle de pérennité, on pense immédiatement à la création et le maintien d'un flux de ressources financières. Cela en fait bien sûr partie. Cependant, pour que l'organisation évolue et survive, ses leaders doivent se projeter au-delà des fonds. La pérennité concerne aussi les ressources humaines, les activités, la vision, la mission, les partenariats, l'infrastructure, les technologies mises à disposition, etc.

En d'autres termes, la pérennité doit être inscrite à tous les niveaux de l'organisation : de la gouvernance, aux bénéficiaires en passant par les opérations. Les fonds seuls n'assurent pas la pérennité de l'organisation si les personnes qui la construisent tous les jours s'en vont, si aucun investissement dans une infrastructure solide ou dans le renforcement de capacités n'est fait.

N°2: Choisir ses donateurs et membres avec sagesse

La rareté des fonds peut mener une organisation à accueillir en son sein n'importe qui aurait les moyens de la soulager de son fardeau financier, peu importe ses intentions ou sa mission. Pour le meilleur ou parfois pour le pire, la provenance des fonds peut impliquer de l'influence et du contrôle ; elle est donc importante. Pour la pérennité de l'organisation et de sa mission, il est crucial de choisir ses donateurs et membres avec sagesse. Pour construire la relation, il peut être utile d'échanger sur leur vision, leur manière d'opérer, où ils se voient dans 10, 15 ou 20 ans ou encore comment voient-ils le monde 10, 15 ou 20 ans, de s'assurer de pouvoir communiquer facilement, et du fait que chaque organisation contribue à la mission de l'autre. Un flux financier peut soulager l'organisation de son fardeau aujourd'hui mais il peut aussi devenir un nouveau fardeau menaçant ses valeurs et sa survie demain.

N°3: Renforcer ses capacités, investir dans les personnes

Il arrive souvent que des organisations ayant des difficultés à pérenniser leurs finances adoptent une "mentalité de pénurie". Les budgets se réduisent, ainsi que les investissements dans le renforcement des compétences et des infrastructures. Les capacités ayant besoin d'investissement, la "mentalité de pénurie" peut devenir l'ennemi de l'organisation. Monitorer les investissements est important mais investir dans les personnes, dans les capacités intellectuelles, si ce n'est avec de l'argent, alors avec du temps, des idées, des partenariats, lorsque l'organisation a le plus besoin de se structurer est crucial; continuer de chercher de nouvelles idées et oser essayer des choses dans la limite des ressources de l'organisation. Ceci peut être, par exemple, donner du temps aux membres de l'équipe pour assister à des conférences locales ou d'être volontaires au sein d'une autre organisation à fort impact social de leur choix quelques heures par mois, inviter des experts amis de l'organisation pour qu'ils partagent leur travail avec l'équipe, etc. Toutes les idées ne requièrent pas des millions, mais beaucoup d'entre elles requièrent une vision et parfois du courage.

N° 4: S'ouvrir et networker

Le nombre limité de donateurs et ressources peut mener des organisations à une culture du secret. Ceci est d'autant plus vrai dans des pays où gérer une organisation à fort impact social pouvait être dangereux à cause de restrictions politiques. Afin de rester au contact des problèmes et des opportunités du moment ainsi que s'exposer à de nouvelles idées et tendances, une organisation doit continuer de créer son réseau partout. S'ouvrir ne peut que l'aider à progresser.
Plus le tour de table sera divers, plus grandes seront les chances de tomber sur une bonne idée. Par exemple, les organisations à but non-lucratif et le secteur privé ont beaucoup à apprendre l'un de l'autre. Le secteur privé peut apprendre des organisations à but non-lucratif comment mieux connecter avec les communautés, et les organisations à but non-lucratif peuvent apprendre du secteur privé comment mieux se structurer. Trouver des partenariats gagnant-gagnant avec les organisations dont la mission et les pratiques se ressemblent peut ouvrir de nouvelles portes.

N°5: S'organiser

Certaines organisations choisissent de développer des activités génératrices de revenus ou d'investir lourdement dans leurs capacités de levées de fonds. Certaines se transforment même en entreprises sociales avec des activités commerciales. Il peut arriver alors qu'elles se retrouvent à jongler entre l'implémentation des activités pour lesquelles elles ont été initialement créées et déployer ces nouvelles activités qui pourraient assurer leur pérennité financière.

Souvent, les mêmes personnes font les deux et finissent pas par ne pouvoir faire aucune des deux pleinement. De plus en plus d'organisations choisissent cette stratégie afin de ne plus être dépendantes des donateurs. Cependant, il est clé que ces organisations séparent les tâches, en termes de ressources humaines et parfois aussi d'emplacement géographique. Le développement d'activités génératrices de revenus ne doit ni mettre en péril la mission originale ni démotiver les membres de l'équipe qui les implémentent.

N°6: Les fonds suivent l'impact

Enfin, à la fin de la journée, souvent, les fonds suivent l'impact. L'impact réel attire de manière organique les investissements et les donations. Si l'organisation réalise un travail extraordinaire, les chances que des donateurs la remarquent sont grandes car les héros ne sont pas si simples à trouver. C'est pourquoi la cause, la mission, les valeurs et les personnes qui en bénéficient ne doivent jamais être négligées.

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