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Tunisie: Va-t-on vers un changement brutal de régime?

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CORRUPTION
Professor25 via Getty Images
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Rien n'est plus exclu, dans un pays qui vit une instabilité politique qui a atteint son paroxysme ces derniers mois. Tous les ingrédients d'un changement de régime, qui se veut providentiel, sont réunis.

On a finalement compris que le terrorisme est intimement lié à la loi de la réconciliation économique. Une réconciliation qui ne résoudrait pas le problème de la corruption et de l'évasion fiscale ni du blanchiment d'argent.

Le seul remède est la lutte contre la grande corruption: La hache de guerre est déterrée.

L'effet a été direct, l'arrestation d'une poignée de contrebandiers a suffit à accorder une trêve sécuritaire au pays, et un Ramadan sans incidents.

Aussi, le rapport DAVOS de 2016 cite la corruption comme le plus grand frein au développement de la Tunisie.

Par ailleurs, les bailleurs de fonds traditionnels ont également conditionné leurs aides à l'éradication de la corruption, même partiellement.

Même les engagements de plusieurs pays à l'issue de la conférence Tunisia 2020 ne seraient honorés qu'après avoir fait un nettoyage et dans l'administration et dans le monde des affaires.

Une lutte aux airs de chasse aux sorcières....oui...mais des apprenties sorcières pour le moment!

Pour l'heure le paysage politique tunisien, très explosif, se présente, sommairement, comme suit:

• Une lutte acharnée contre la corruption, largement soutenue par les tunisiens, bien que limitée à une vague d'arrestations de petits contrebandiers et de spéculateurs de tous acabits, du menu fretin.

• Démantèlement de réseaux mafieux au profit d'autres clans adversaires dont la vertu et le patriotisme ne sont guère des qualités cardinales et qu'il est impératif de neutraliser...une tâche des plus ardues!

• Une armée neutre et occupée à assurer la sécurisation des frontières et appelée à protéger les sites de production du pays.

• Un marasme économique des plus graves accentué par un contexte économique mondial très défavorable.

• Des partis politiques devenus des coquilles vides dont la crédibilité est fortement affectée...les élections municipales de 2017 leur offre une opportunité inespérée pour redorer leurs blasons.

• Des syndicats encombrants que le gouvernement en place traîne comme un boulet au pied.

• Un chef du gouvernement écarté de son propre parti politique.

• Des membres de l'assemblée nationale suspectés de corruption et sont dans leurs petits souliers.

Je pourrais en citer à la nausée....je laisse le soin au lecteur avisé de compléter la liste.

Cette grande vague d'arrestations de petits contrebandiers fortement appréciée par la plèbe, est certes un grand coup médiatique qui a permis au gouvernement en place d'engranger des points.

Au demeurant, une simple interdiction de voyager a été émise à l'encontre des quelques grands barons de la corruption ayant encore droit de cité: Brouillage des pistes ou un acte liminaire à mener la lutte jusqu'au bout?

En réaction, le mouvement contestataire d' "El Kamour" reprend de plus belle, mais cette fois fortement instrumentalisé par des partis politiques qui craignent pour leur avenir devenu de plus en plus incertain...un levier de pression redoutable.

Et d'ajouter la demande du gouvernement US de rouvrir le dossier de l'attaque sur l'ambassade américaine en 2012 qui pourrait compromettre des partis politiques adversaires.

La Maison Banche favorable aux dictatures!

Le chef du gouvernement a entamé une visite à Washington du 9 -12 Juillet, et qui s'est limitée au pentagone pour traiter des problèmes du terrorisme...paraît-il?

Avec sa politique isolationniste, il est clair que le président US préfère traiter avec les régimes despotiques et les dictatures. Il ne cherche qu'à préserver les intérêts économiques de son pays pour reconquérir la confiance des américains et faire oublier les scandales liés à son élection: Contrats faramineux de ventes d'armes, de matériel militaire et paramilitaire...à des pays belligérants!

Pour préserver les intérêts de son pays, le président US, serait favorable à l'instauration de dictatures en Afrique du nord...le printemps arabe pour lui n'est qu'un petit souffle d'air pour les populations...une petite recréation démocratique.

En l'état actuel des choses, le peuple ne s'opposera pas à un changement brutal de régime mais ce faire requiert le soutien de certains caciques: il faut parfois pactiser avec le diable!

Un peuple galvanisé par la lutte contre la corruption serait enclin à cautionner un changement de régime salutaire...un autre saut dans l'inconnu, car les pièces de monnaies ont toujours un avers et un revers.

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