LES BLOGS

Des points de vue et des analyses approfondis de l'actualité grâce aux contributeurs du Huffington Post

Farouk Ben Ammar Headshot

Tunisie: Les grèves politiques peuvent rétablir la dictature et restaurer la colonisation

Publication: Mis à jour:
Imprimer

Les grèves générales sont une arme redoutable aux mains des syndicats et un chiffon rouge pour l'État. Les syndicats sont un autre rempart contre toute dérive autoritaire et toute exaction à l'égard des peuples.

Quand le ton est donné par le puissant syndicat des enseignants

Les dernières contestations du syndicat des enseignants tous cycles confondus, sont, sur certains aspects, légitimes, mais ont indéniablement une portée politique.

Après des mois de mobilisation, la vaste vague de contestation entamée par les enseignants, ne s'est pas essoufflée, et a bien eu la tête du chef du département de l'Éducation nationale.

Désormais, ces mouvements contestataires se sont étendus à d'autres secteurs plus ou moins sensibles: le secteur de l'Énergie.

Ces sit-in aspirent essentiellement à tenir la dragée haute au gouvernement pour lever un coin du voile sur le dossier épineux des ressources pétrolières du pays.

Alors, une question s'impose: les syndicats créeront-il, sciemment ou non, les conditions favorables au déclenchement d'une grève générale qui pourrait entraîner le pays dans une spirale de contestations incontrôlables?

Pour l'heure, je ne veux pas me hasarder à donner des réponses à cette délicate question.

Le cas échéant, et pour rétablir l'ordre, le pouvoir en place, acculé de toutes parts et surtout pris de court par l'ampleur des contestations, aurait alors recours à des moyens plus répressifs qui prêteraient le flanc à la critique nationale et internationale.

Le récent discours du 10 Mai 2017, du président élu, et qui se veut apaisant, laisse présager un éventuel recours à la force.

Putsch militaire: Une thèse invraisemblable

Il est force de constater que le "vote utile" a débouté bien des électeurs. Des électeurs désormais avisés qui ne feront pas l'erreur une seconde fois...on ne manquerait pas de le savoir bientôt lors des élections municipales prévues fin 2017... si jamais celles-ci sont tenues: la démission inopinée des membres de l'Instance Supérieure Indépendante des Élections (ISIE), éclaboussée par un scandale de mauvaise gestion et de détournement de fonds, conforte cette possibilité!

Certains partis politiques, qui ont la réalité du pouvoir, mais avec une image esquintée, un bilan éreinté, déjà discrédités et réduits à une coquille vide, pourraient se mettre à l'œuvre pour se maintenir au pouvoir, des décennies durant, en repoussant les élections législatives de 2019 à la Saint-glinglin tout en s'assurant la neutralité de l'institution militaire...ce n'est qu'une thèse!

Pour ce faire, un triste scénario se présente: La déclaration de l'état de siège. Une pratique bien rodée dans plusieurs pays.

Cependant, au vu de la complexité de la situation sécuritaire aux frontières du sud tunisien, aggravée par des luttes fratricides entre les diverses factions libyennes, le risque de l'établissement d'une dictature militaire en Tunisie est à écarter: L'armée nationale n'en a guère les moyens.

En effet, l'armée nationale tunisienne, toujours fidèle à sa grande tradition dans la défense de l'intégrité de nos territoires, a plusieurs chats à fouetter essentiellement la sécurisation des frontières du sud-est pour contrer toute velléité d'invasion par l'État Islamique: Une tentative d'établir un Califat, mise en échec, a été déjà faite au mois de Mars 2016 à Ben Guerdane lors de laquelle périrent 47 personnes dont 11 soldats tunisiens.

À la lumière de ce qui précède, l'instauration d'une "dictature légitime" civile dans le pays serait envisageable, avec le risque de déclencher des guéguerres entre les divers clans politiques, surtout la gauche qui se considère victime d'alliances conclues en aparté entre les partis politiques dominants.

Et d'ajouter, dans un contexte de lutte généralisée contre le terrorisme, certain personnel politique stipendié et soutenu par des affairistes vraisemblablement bénéficiaires de la loi de la réconciliation économique, s'évertue-t-il à créer des troubles dans le pays de façon que les forces de la police régulière n'arrivent plus ni à protéger les institutions de l'État ni les citoyens?

Les grèves sauvages sont un moyen et un prétexte pour y parvenir.

Dans ce climat délétère et explosif, le président de la République, en sa qualité de chef suprême des forces armées, serait amené à proclamer l'état de siège, il l'a dit à demi-mot dans son dernier discours.

Cependant, la proclamation de l'état de siège pourrait déclencher une insurrection populaire, voire une guerre civile, que l'armée nationale ne pourrait jamais contenir avec ses 40.000 hommes occupés par la sécurisation de l'environnement du pays.

Dans ce cas, le président pourrait faire appel à des forces étrangères, les lois internationales le permettent.

En outre, la France a le droit d'intervenir militairement dans ses anciennes colonies en invoquant le "Droit d'Ingérence Humanitaire", c'est inscrit dans le droit international sur initiative française: Cas du Mali et de la République Centrafricaine.

Aussi, on se rappelle tous de la proposition, d'une ex-ministre française des Affaires étrangères, du savoir-faire français à la police tunisienne face aux manifestations populaires de Janvier 2011 qui ont abouti à la fuite de l'ex-président tunisien.

Ce cauchemardesque scénario pourrait avoir des conséquences dévastatrices pour le pays, sur son indépendance et sur sa souveraineté.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.