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Tunisie: Le soutien scolaire, un secteur informel à réglementer

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Depuis les années 70, une multitude de réformes du système éducatif tunisien ont été engagées par l'État, sans toutefois atteindre les objectifs escomptés...loin de là!

De nos temps, et par voie de fait, l'école publique soit-elle ou privée ne peut plus dispenser aux élèves les apprentissages requis qui les doteraient d'un minimum de compétences. Les raisons de cet échec cuisant sont aussi multiples que variées.

Ce qui explique en partie, l'engouement des familles pour les cours particuliers et les cours de soutien scolaire.

J'avais publié une série d'articles sur ce sujet, mais mes recommandations sont tombées dans l'oreille d'un sourd!

Le soutien scolaire organisé

Par coutume, les établissements scolaires publics, organisent des cours de rattrapage pour leurs élèves. Ces cours se déroulent en toute légalité au sein desdits établissements.

L'élève doit s'acquitter d'un montant mensuel qui varie de 15 TND à 20 TND selon la discipline et la matière enseignée.

L'Organisation Tunisienne de l'Éducation et de la Famille (OTEF) finance en grande partie ses activités par le biais de ces cours de soutien scolaire, puisque 20% des recettes lui sont versées.

Il est patent, que ces cours de rattrapage sont d'un apport estimable pour l'élève qui bénéficie de 2 heures par semaine en s'acquittant d'une somme dérisoire en comparaison avec ce qu'il devrait payer pour des cours particuliers à domicile.

Cependant, la taille des groupes étant limitée à 15-20 élèves, le pécule perçu par les enseignants est modique en comparaison avec ce que ces mêmes enseignants pourraient encaisser pour des cours dispensés à domicile.

Le secteur informel du soutien scolaire

Selon mes estimations et celles du ministère de l'Éducation, ce secteur, générerait un chiffre d'affaire annuel entre 500 et 800 Millions de TND au bas mot.

Pour organiser et réguler cette activité, le législateur devrait légiférer sur la création de Petites et Moyennes Entreprises (PME) pour inciter les chômeurs diplômés de l'enseignement supérieur et les enseignants en exercice, à fournir ce service dans un cadre de transparence fiscale et de légalité.

Ces entreprises pourraient proliférer dans tout le territoire national, sans être soumises au dédale procédurier du ministère de l'Éducation.

En effet, à l'instar des Cabinets de Formation Privés, ces PME devraient seulement obéir aux exigences d'un cahier des charges à élaborer par les services compétents de concert avec des représentants de la société civile.

Les avantages de telles entreprises sont de taille. Je les résumerais en quatre points:

• Réduction du chômage des diplômés de l'enseignement supérieur: Entre 30.000 - 50.000 postes pourraient être crées.

• Renflouement des caisses de l'État en soumettant ces entreprises aux impôts sur les bénéfices ou à un régime forfaitaire.

• Préparation des élèves aux concours nationaux. Ce qui aurait pour effet, la contribution directe à l'augmentation des rendements interne et externe du système éducatif tunisien.

• Réduction des coûts des cours particuliers à domicile, suite à un jeu de concurrence.

Toutes les circulaires émanant du ministère de l'Éducation qui mettent hors la loi les cours particuliers n'ont jamais été respectées et ne le seront jamais: On ne fait jamais de lois qu'on ne peut guère appliquer.

Tant que le niveau d'engagement de l'État dans la réforme du système éducatif n'est pas en phase avec les enjeux, les cours particuliers connaîtront un bien plus grand essor.

C'est pour dire que le chemin de la Réforme sera long et les autorités ont déjà quelques cailloux dans leurs chaussures!

Pour l'heure, sans l'intention d'en faire l'apologie, et à défaut d'une réforme répondant aux aspirations du pays, l'État et le citoyen gagneraient bien plus en organisant ce secteur que de le frapper d'ostracisme.

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