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Tunisie: Le phosphate entre réalité économique et instrumentalisation politique

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PHOSPHATE TUNISIA
Zoubeir Souissi / Reuters
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En Avril 2016, la Compagnie des Phosphates de Gafsa (CPG) annonce la découverte d'une mine de phosphate dans la région de Tozeur au sud tunisien, avec des réserves de 500 millions de tonnes de phosphate.

Pour mémoire, en septembre 2013, le ministère de l'Industrie avait déjà annoncé qu'un gisement de phosphate a été découvert à Tozeur et à Nafta par une entreprise joint-venture Tuniso-australienne.

La capacité annuelle de production de ce gisement est évaluée à près de 3 Millions de tonnes. L'entrée en production est prévue en l'an 2018.

La même entreprise aurait aussi découvert un gisement de phosphate dans la région de Kasserine. L'exploitation de ce gisement est en cours d'étude.

L'étude de faisabilité de ce projet pour la production de phosphate, lancée en septembre 2015, baptisé "Chaktma", devra être achevée fin 2016. Une entreprise fut créée à l'occasion: la "Compagnie des Phosphates de Jedlyane", entreprise éponyme de la région.

Le responsable de cette compagnie a fait savoir que le projet, qui serait opérationnel à partir de 2017, si le financement nécessaire est disponible, devrait garantir une production annuelle de 1.5 million de tonnes de phosphate et créer 500 postes d'emploi permanents.

En Avril 2016, le tant médiatisé projet de Phosphate de "Sra Ouertane" est de nouveau remis au goût du jour par la chefferie du gouvernement lors d'une visite au gouvernorat du Kef. Une région où le chômage est devenu endémique.

Dans ce qui suit, je relaterai les divers événements qui marquèrent ce gisement.

C'est en 2008, qu'un appel d'offres international fut lancé par le ministère de l'Industrie, ayant pour objet: "La Réalisation d'une Plateforme Chimique Basée sur l'Exploitation de la Mine de Phosphate de Sra Ouertane".

La reprise de l'exploitation de ce gisement était alors justifiée par la hausse des prix du fameux minerai.

Dans ce cadre, la revue spécialisée "Industrial minerals" dresse la chronologie suivante:

Au mois d'août 2009, l'entreprise indienne "National Mineral Development Company" (NMDC) annonça son intention de soumettre une offre pour l'exploitation du gisement de "Sra Ouertane".

Le groupe indien ciblait une production annuelle de 5 millions de tonnes de phosphate.

Le même mois, la compagnie brésilienne "VALE" entre en lice avec des entreprises asiatiques pour l'exploitation de ce gisement.

On ne connait pas l'issue de cet appel d'offre!

Derechef, en Mai 2011, le gouvernement fait part de son intention de rouvrir la fameuse mine.

Selon le gouvernement, le projet, dont le coût est estimé à environ 15 millions de dinars tunisiens, devrait générer 2.000 emplois.

Huit (8) mois plus tard, en février 2012, le nouveau gouvernement déclare le parachèvement des études techniques sur l'exploitation du gisement de phosphate de "Sra Ouertane".

La "Société d'Etudes d'Exploitation du Phosphate de Sra Ouertane" est ainsi créée. Sa mission première est la quête d'investissements.

Des études préliminaires estimaient des réserves de 10 milliards de tonnes à ciel ouvert.

Avec des objectifs plus ambitieux, les investissements requis passent de 15 millions de dinars en 2011 à 4 milliards de dinars en 2012.

A titre d'information, d'après le "United States Geological Survey" (USGS), les réserves mondiales en phosphate économiquement exploitables s'élèveraient à 15 milliards de tonnes. Je laisse au lecteur tirer ses propres conclusions.

De nouveau, en mai 2012, le gouvernement, un autre, annonce le démarrage en juin 2012 de la production d'acide phosphorique par une entreprise indienne.

Une joint-venture Tuniso-Indienne fut créée: la "Tunisian Indian Fertilizers" (TIFERT), ciblant une production annuelle de 360.000 tonnes d'acide phosphorique. Encore des promesses envolées!

Toujours en quête d'investisseurs potentiels, le ministère de l'Industrie organisa un séminaire international, qui se déroula en février 2013 à Tunis, ayant pour thème: "La maîtrise des techniques d'extraction de l'uranium et les métaux rares à partir du phosphate".

Cette fois, pour attirer les investisseurs, le gouvernement joue la carte des métaux lourds contenus dans le minerais, dont l'uranium, le cadmium, etc...

Un an plus tard, en février 2014, un conseil ministériel, consacré à l'examen de faisabilité du projet de "Sra Ouertane", fut tenu.

À l'issue du conseil, fut approuvée la démarche proposée par la "Société d'Etudes pour l'Exploitation du Phosphate de Sra Ouertane", relative au relancement de l'étude de faisabilité du projet.

Encore, des millions de dinars furent dépensés pour des études rangées dans les tiroirs.

Le Qatar: L'investisseur providentiel

En mai 2013, lors de sa visite officielle au Qatar, le chef du gouvernement s'est entretenu avec le nouvel émir sur plusieurs thèmes, entre autres le gisement de phosphate de "Sra Ouertane".

"Le Qatar intéressé plus que jamais par le gisement stratégique de phosphates à Sra Ouertane" avait indiqué la TAP reprise par de nombreux médias.

En Juillet 2013, le Qatar et la Tunisie signèrent un mémorandum d'entente pour remettre à jour l'étude de faisabilité du projet.

Coup de théâtre, en septembre 2013, le Qatar décide, unilatéralement, de ne pas investir dans le projet.

L'accord signé entre les deux pays, restera encre sur feuille.

Une pénurie de phosphate horizon 2100

L'Institut de Géophysique Américain (USGS), estime les réserves mondiales en phosphate économiquement exploitables à 15 milliards de tonnes.

À la cadence actuelle de production annuelle mondiale, ce chiffre suscita l'inquiétude de certains observateurs sur une fort probable pénurie dans les décennies à venir, puisque les réserves évaluées ne pourraient satisfaire la demande mondiale que pendant 85-90 ans.

La réaction de certains pays fut immédiate, en investissant dans des zones riches en ce minerai afin d'assurer leur sécurité d'approvisionnement.

De leur part, les USA conclurent un accord commercial préférentiel avec le Maroc, en vigueur depuis 2006.

Prix du phosphate: tendance baissière jusqu'en 2025

Depuis septembre 2013, les prix du phosphate enregistrèrent une régression de 40%.

Un rapport de la BIRD (Banque Mondiale) prévoit que cette tendance baissière continuera jusqu'à l'an 2025, de quoi faire reculer les investisseurs potentiels.

La Banque attribue cette tendance essentiellement à des facteurs technologiques et une progression effrénée de la production mondiale, provenant essentiellement du Maroc et de la Chine.

Une affaire à suivre!

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